Sébastien Bourdin : « Utiliser l’avant-bras comme une arme »

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    Sébastien Bourdin : « Utiliser l’avant-bras comme une arme »
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Sébastien Bourdin le préparateur physique de Clermont et spécialiste de lutte nous parle de « l'arrachage ».

D’où vient cette recrudescence de ballons arrachés ?

Je pense que cela vient de deux phénomènes : le premier vient des défenses de type « choke » que l’on a beaucoup vu en Coupe d’Europe, qui cherchent à maintenir le porteur de balle debout et à l’enfermer pour que l’arbitre rende le ballon aux défenseurs. Cette tendance fait que l’on défend plus haut, et que les défenses ont aujourd’hui vraiment le temps d’arracher le ballon. Cela vient aussi des attaquants qui vont moins rapidement au sol aussi. Comme ils cherchent à gagner absolument la ligne d’avantage, ils restent debouts avec des coéquipiers qui poussent derrière eux. Ces deux choses font que les opportunités d’arracher sont plus nombreuses.

 

Clermont-Ferrand a choisi d’intégrer la lutte à son entraînement afin d’améliorer les attitudes au contact. L’arrachage en fait partie ?

Je viens effectivement du monde de la lutte, et Franck Azéma aime s’intéresser a ce qui se fait ailleurs. Les treizistes avaient été les premiers à s’intéresser à la lutte pour travailler. À Clermont, nous ne travaillons pas ce geste spécifique, mais il est sûr que les séances de lutte permettent aux joueurs d’acquérir des réflexes au niveau de leurs appuis au sol, de leur centre de gravité ou des positions dans lesquelles ils auront le maximum de force au contact. Toutes ces connaissances servent à un mouvement de ce type.

 

Comment le met-on en œuvre ? Seul ou à deux ?

On peut travailler ce geste avec de petits exercices (lire ci-dessus, N.D.L.R.) et procéder en binôme oui, avec un joueur qui bloque et l’autre qui arrache. Après, les principes de l’arrachage sont simples : il est inutile d’essayer d’arracher avec les mains, les doigts ou d’attraper le maillot, c’est inefficace. L’idée est de se servir de l’avant-bras comme d’une arme, en serrant les coudes pour réduire le bras de levier et avoir de la force et casser le poignet pour faire du bras une sorte de pelle, ou de chistera. Le tout en se plaçant le plus près possible de l’adversaire, bien au contact.

 

Quel rôle jouent les appuis ?

Il est essentiel : ce que l’on appelle le polygone de sustentation doit être le plus large possible.Les pieds écartés, les jambes fléchies, le centre de gravité bas. De cette façon, on va pouvoir arrêter l’attaquant. Pour arracher, il faut au préalable supprimer le mouvement. Solidement campé sur ses appuis, le défenseur sera plus puissant du haut du corps pour passer son bras sous celui du porteur. Après, il peut passer par en haut ou par en bas, l’important est d’analyser rapidement la posture adverse, repérer un point faible et faire un choix.

 

L’arrachage peut-il entrer dans une stratégie d’avant-match ? On sait par exemple que Louis Picamoles porte toujours son ballon du même bras…

Les joueurs peuvent effectivement travailler avec les analystes vidéos et les entraîneurs pour préparer au mieux leurs duels, et ce genre de détail fait typiquement partie d’une bonne préparation de match. Les joueurs de haut niveau suivent leurs opposants semaine après semaine, repèrent leurs habitudes, etc...

Simon Valzer
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