[Dossier Technique] Fabien Galthié : « Une cellule pour chaque forme de jeu »

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    [Dossier Technique] Fabien Galthié : « Une cellule pour chaque forme de jeu »
Publié le / Mis à jour le

Le système de jeu en cellules est de plus en plus présent dans le rugby actuel. Pour le décrypter, Fabien Galthié, ancien demi de mêlée du XV de France, nous livre un éclairage sur les principes de formation des cellules. 

Quels principes président à la constitution d’une cellule ?

Tout d’abord, il est important de dire que la cellule n’est que la base d’une organisation plus globable, et qu’elle ne peut être dissociée du reste. Cette organisation repose sur l’utilisation de plusieurs cellules, où chacune est en relation avec la suivante. Après, on les construit en fonction du jeu que l’on veut développer : de défi, de passe, de vitesse ou au pied… Toutes les cellules ne se ressemblent pas, et il y en a presque une pour chaque forme de jeu : celles pour le jeu au près sont différentes de celle du jeu au pied.

On parle souvent de cellules pour défier ou pour passer, mais à quoi ressemblent des cellules pour le jeu au pied ?

On les utilise pour sortir de son camp de façon organisée. Le but de déposer le ballon dans une zone où l’on va fragiliser la réception. Par exemple, si l’on tape une grande diagonale au pied, on va disposer du côté opposé à la frappe une cellule constituée de joueurs aériens avec un qui saute et va au ballon, un pour lutter au sol et un dernier pour récupérer. Pour donner du confort au botteur, on va disposer autour de lui une cellule de joueurs perforants en leurre, qui vont attirer l’attention de la défense sur eux. Donc même dans un jeu au pied, deux cellules peuvent être en mouvement.

Ces cellules sont-elles figées ou les joueurs sont-ils libres d’aller se placer où ils veulent ?

Les deux. L’important, c’est de savoir ce que l’on veut faire et que les joueurs se répartissent correctement. Dans une cellule destinée à prendre la ligne d’avantage, il faut qu’il y ait Atonio ou Picamoles, mais pas les deux en même temps. L’autre doit aller se placer dans une autre cellule, pour le temps de jeu suivant. Certains joueurs sont désignés comme « capitaines de cellule », dans le sens où ils sont les receveurs prioritaires. Même chose pour un joueur comme Gourdon, au bénéfice de sa capacité à faire le bon choix.

On parle aujourd’hui de « 2-4-2 », de « 1-3-3-1 »…

Oui, c’est nouveau. C’est depuis que l’on a choisi de répartir les avants sur toute la largeur, afin de les dispenser de déplacements inutiles. Pour reprendre le cas de l’équipe de France, ce système n’était pas en vigueur avec Saint-André, car les avants se contentaient de courir après le ballon, en position de premiers soutiens. Les trois-quarts, eux, passaient leur temps à s’éloigner du ballon. Avec leur « 2-4-2 », les avants néo-zélandais gardent leur énergie pour les actions de jeu.

Comment choisir un système plutôt qu’un autre ?

Déjà en fonction de ses convictions d’entraîneur, ensuite en fonction de l’adversaire que l’on veut surprendre et enfin les conditions météo : sous la pluie, il faudra privilégier des cellules de jeu au pied, sur la largeur ou la profondeur, et des cellules de défis pour les premiers temps de jeu. Aussi, certains systèmes sont plus efficaces ou sûrs que d’autres. Par exemple, le « 2-4-2 » est très très flexible. Les Blacks l’utilisent en accordéon : en fonction de l’avancée, de la libération, du sens du jeu, de la vitesse dont la somme représente ce qu’ils appellent le « momentum », les avants s’étirent ou se resserrent au centre du terrain. Ils ne sont jamais figés.

Peut-on changer de plan à la mi-temps ?

Même si c’est difficile à faire, il est toujours bon de pouvoir compter sur une « animation B », qui surprendra une défense qui s’est adaptée pendant une mi-temps ou une heure. Pour reprendre un exemple récent, c’est ce qui s’est passé pendant Angleterre-France. À 20 minutes de la fin, les Anglais ont radicalement changé leur façon de jouer en passant d’un jeu de contournement à un jeu direct avec les entrées de Te’o, Haskell et Nowell, le replacement de Farrell à l’ouverture et de Daly en 13, les Anglais ont surpris les Français.

Existe-t-il un risque en cas de turnover, sachant que les cellules permettent tout de même de répartir équitablement les avants sur toute la largeur ?

Forcément, et c’est d’ailleurs pour cela que les meilleurs ballons sont ceux de turnovers. Les cellules n’y changent pas grand chose : en un clin d’œil, les attaquants doivent être capables de changer de rôle et de se replacer pour combler les fragilités.

Simon Valzer
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