[DOSSIER EQUIPE NATIONALE] Le paradoxe celte

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Les pays celtes à qui on promettait l’enfer au début du siècle, ont profité à fond de la création du Pro 12. Une compétition transnationale fermée, taillée sur mesure pour aider les équipes nationales.

Si l’on cherche un championnat vraiment adapté à ses équipes nationales, il suffit de s’intéresser à la Ligue celte, alias le Pro 12, une compétition souvent ignorée, voire méprisée côté français et qui a pourtant fait ses preuves. Ce championnat a été lancé en 2001 avec des équipes issues de trois nations : Écosse, Irlande, pays de Galles, rejointes en 2010 par l’Italie. Il faut se souvenir qu’au début de XXIe siècle, tout le monde était persuadé que le Tournoi des 6 Nations allait perdre de son intérêt car il semblait promis à un mano a mano franco-anglais pour l’éternité. Les deux mastodontes en termes de licenciés devaient tout écraser sur leur passage.

Les vedettes ontdu repos, et les jeunes des opportunités

Mais depuis 2001, le constat est limpide : le pays de Galles a conquis trois grands chelems : 2005, 2008 et 2012 (il n’avait plus réussi cet exploit depuis… 1978). Le pays de Galles a aussi gagné le Tournoi en 2013. L’Irlande, elle, a conquis le grand chelem 2009, un exploit inédit depuis… 1948. Elle a aussi empoché les éditions 2014 et 2015 (ce qu’elle n’avait plus fait depuis 1985) et elle a réussi à battre les All Blacks pour la première fois de son histoire en 2016. L’Écosse, quant à elle, évolue un cran en dessous, c’est vrai. Mais elle a, semble-t-il, stoppé la descente aux enfers qui s’amorçait dans les années 2000. La qualité de ses récentes prestations en fait foi. L’Italie fait figure d’exception dans ce bilan mais la pauvreté de son réservoir semble un handicap difficile à surmonter.

Il est difficile de ne pas faire le lien entre le retour en force des nations celtes et les caractéristiques de leur championnat. Il est organisé comme une ligue fermée (la première d’Europe). L’absence de descente délivre les équipes de la pression du maintien. Elles ont donc le loisir de développer un rugby offensif et inventif. Autre conséquence : les équipes peuvent donner plus de repos à leurs joueurs majeurs. Exemple sur trois ans : (septembre 2013-juin 2016), Jeamie Heaslip a commencé 29 matchs de championnat, Louis Picamoles, 40. Ils sont donc plus frais pour les rendez-vous internationaux et… européens.

Mieux encore, les équipes peuvent lancer des jeunes sans prendre trop de risques et elles sont moins tentées de casser leur tirelire pour recruter des étrangers (ça tombe bien, elles ont moins d’argent que les clubs français). Les talents en herbe sont donc valorisés sans attendre. L’ailier gallois George North a débuté à 18 ans avec les Scarlets en 2010 et s’est retrouvé international deux mois plus tard. Aurait-il eu la même chance en Top 14 ? Le nouveau pilier droit de l’Écosse, Zander Fagerson, a aussi vécu son premier match à l’âge de 18 ans en 2014 avec Glasgow. Combien de Français ont-ils la même opportunité à un poste aussi sensible ? À noter qu’avant la création de la Champions Cup en 2014, les équipes ne bataillaient quasiment pas pour la qualification européenne tant les critères de l’ERC étaient généreux. L’ECPR a certes durci la situation, mais les avantages comparatifs du Pro 12 demeurent. Cette compétition est largement derrière le Top 14 en termes d’affluences et de ressources financières, elle a aussi ses propres problèmes. Mais pour optimiser le potentiel de ses trois nations, elle a trouvé la bonne martingale.

Jérôme Prévot
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