[DOSSIER EQUIPE NATIONALE] Du bleu au rouge...

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    [DOSSIER EQUIPE NATIONALE] Du bleu au rouge...
Publié le , mis à jour

Pour habituer les joueurs à l’intensité d’une rencontre internationale, le staff des bleus a pris l’habitude d’amener les joueurs à des niveaux de fatigue élevés lors de certaines séances d’entraînement. Explications, avec également d'autres exemples.

Évidemment, il y a cette donnée du temps de jeu effectif qui témoigne. Quand un match de Top 14 peine à atteindre trente-quatre minutes, une rencontre internationale franchit régulièrement la barre des quarante. Seulement, cette statistique apparaît aujourd’hui obsolète. Pour répondre efficacement à la problématique de la haute intensité, le XV de France est en partenariat, depuis quelque temps, avec Prozone, qui installe un système de « tracking » sur chacun des matchs de l’équipe de France à domicile. À l’extérieur, l’accord de la Fédération adverse doit être donné. Le sélectionneur du XV de la Rose, Eddie Jones, par exemple, a refusé pour le match d’ouverture, son homologue irlandais Joe Schmidt, lui, accepté pour la rencontre de samedi prochain, à condition de partager les données.

Pour Guy Novès et son staff, les chiffres récoltés, tant pour leurs joueurs que pour leurs adversaires, sont précieux. Ils sont détaillés après chaque match, chaque entraînement, par le département « analyse et performance » sous la direction de Julien Piscione. Ce système de mini-caméras installées tout autour de la pelouse mesure, entre-autre, les mètres par minute réalisés par chacun des joueurs. En Top 14, quand un troisième ligne réalise 65 mètres par minute, c’est la panacée. Seulement, les chiffres des Blacks, lors du dernier match contre la Nouvelle-Zélande, dépassent les 80 mètres par minute. Les standards internationaux, rarement approchés en championnat, sont de 70 mètres par minute pour un pilier, 90 pour un demi de mêlée. « Aujourd’hui, au niveau de la distance globale parcourue, nous rivalisons avec les meilleures nations, souligne Yannick Bru. Seulement, plus le jeu va vite, plus nous sommes en dette. Quand Whitelock court aussi longtemps qu’un de nos deuxième ligne, il court plus vite sur la durée. »

Dubois : « L’objectif, c’est d’atteindre des niveaux de fatigue retrouvés en match »

Évidemment, ces données sont aussi pondérées. Et pour cause. Ces chiffres prennent en considération les collisions, les poussées en mêlées ou encore les accélérations violentes. Mais pas seulement. Dans sa démarche de planification des séances d’entraînement, le staff des Bleus prend aussi en compte différentes données : distance globale parcourue par semaine ou encore le volume horaire passée sur le terrain. Avec tous ces paramètres, le staff des Bleus structure ses semaines de travail. « On essaie lors de certaines séances (souvent le mercredi matin pour une rencontre du samedi, N.D.L.R.) de mettre les joueurs dans le rouge pour qu’ils s’habituent à l’enchaînement des tâches à très haute intensité, expliquait, il y a peu, Jean-Frédéric Dubois. L’objectif est d’atteindre des niveaux de fatigue retrouvés en match car les fautes de mains qu’on peut voir après de longues séquences sont souvent liées à ce manque d’habitude de jouer dans des zones de fatigue élevée. » Un exemple ? Pour la touche, le travail est imbriqué au cœur de séances dites de « pré-fatigue ». Objectif : s’acclimater à jouer juste après une répétition d’efforts violents. « Plus on avance dans la semaine, plus les séances sont courtes mais intenses », précise tout de même Yannick Bru. À Nice depuis jeudi, les Bleus ont ainsi passé beaucoup de temps sur le terrain, flirtant parfois avec le surentraînement. Pour mieux faire oublier le rythme du Top 14.

Ces autres exemples

Ailleurs en Europe et dans d'autres disciplines, les championnats surpuissants ne sont pas synonymes de triomphe de la sélection nationale. En effet, le rugby français n’est pas le seul à souffrir d’un championnat trop puissant. Un simple tour d’horizon de l’Europe et des autres sports collectifs le montre. Parmi ces exemples, deux sont particulièrement saisissants : ceux du handball allemand et du foot anglais. Quiconque s’est rendu en Allemagne a pu se rendre compte de la passion du peuple germanique envers la petite balle ronde. Avec le Danemark, elle est considérée comme le berceau de ce jeu, a accueilli trois Mondiaux, a participé à 22 des 24 éditions et sa Fédération compte près de 570 000 licenciés. Les équipes de Kiel, Hambourg Gummersbach ou Flensburg font partie des géants d’Europe, et ont remporté plusieurs fois la Ligue des Champions.

Et la sélection nationale dans tout ça ? Avant son réveil en 2016 où l’Allemagne a décroché une médaille de bronze aux JO et un titre de champion d’Europe, la Mannschaft a connu une traversée du désert longue d’une dizaine d’années, débutée après son titre mondial en 2007. Pile au moment où les clubs allemands dominaient pourtant le hand européen. Bizarre ? Pas tant que ça. Car c’est précisément à cette période que les clubs allemands recrutaient les plus grands joueurs mondiaux, comme Nikola Karabatic qui évolua à Kiel de 2005 à 2009. Ces stars, comme celles qui peuplent aujourd’hui le Top 14, ont logiquement barré la route aux jeunes allemands. Et, au fil des années, l’aura de la sélection allemande a peu à peu faibli.

Le calvaire des footeux anglais

Si le hand allemand semble se relever de ses années où il a oublié sa formation, le foot anglais ne semble en revanche pas prendre ce chemin. Car la Premier League, ce championnat de foot qui génère des droits télés pharaoniques (11 milliards d’euros entre 2016 et 2019 si l’on additionne les droits du marché anglais à ceux de l’international) ne se préoccupe guère de la sélection nationale. Rien qu’en 2015, les vingt équipes de l’élite anglaise avaient dépensé près d’un 1,2 milliard d’euros pour leur recrutement, soit deux fois plus que les clubs espagnols, trois que les Allemands, et huit fois plus que ceux de Ligue 1. Capables de s’attacher les services de n’importe quelle star mondiale, les clubs anglais (dont la majorité est entraînée par des techniciens étrangers) n’ont que faire des joueurs du cru. On sait qu’un club anglais doit pourtant compter huit joueurs anglais dans son effectif. Mais selon une statistique indiquée par nos confrères de SoFoot, seuls 10,2 % de joueurs formés en Angleterre ont évolué en Premier League lors de la saison 2014-2015. Barrés par d’autres, les joueurs anglais ne peuvent se développer. Et les Three Lions traînent leur misère sur les terrains du monde, à l’image de ce mondial brésilien où les Anglais ont terminé derniers de leur groupe. Tout ce que l’on ne souhaite pas au XV de France…

Par Arnaud Beurdeley et Simon Valzer

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