Défense à l’écossaise : la référence ?

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    Défense à l’écossaise : la référence ?
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Pour combler un certain manque de densité physique, les Ecossais de Vern Cotter ont développé un système défensif dans lequel ils délaissent l’axe du ruck pour monter plus fort sur les bordures. Un dispositif qui exploite un flou dans la règle, mais qui peut s’avérer payant, à condition d’être bien utilisé.

Pression. Nombre de techniciens du rugby moderne n’ont plus que ce mot à la bouche. Comment mettre l’adversaire sous pression ? En attaque, en défense ? Qu’importe. Le plus souvent possible. Seulement, le jeu de rugby a pour particularité de se jouer avec une ligne de hors-jeu. Une ligne imaginaire qui traverse le terrain de façon perpendiculaire à hauteur du ballon. Donc, depuis plusieurs années, les techniciens réfléchissent aux méthodes pour grappiller de précieuses moitiés de secondes pour grignoter cette fameuse ligne de hors-jeu à divers moments du jeu, et notamment dans les rucks. Pour ne pas avoir à subir cette ligne de hors-jeu, Écossais et Italiens (qui se sont eux-mêmes inspirés des Chiefs d’Hamilton en Nouvelle-Zélande) ont trouvé la solution : il suffit de ne pas en créer ! Donc ne pas créer de ruck, c’est-à-dire ne pas envoyer de défenseur pour contester le ballon. La ligne de hors-jeu n’est donc pas créée, et les défenseurs, ainsi en surnombre sur les bordures, peuvent se ruer sur le premier attaquant. Les écossais l’ont fait à merveille contre l’Irlande lors de la première journée, et les Italiens ont considérablement gêné les Anglais à Twickenham ce dimanche. Aussi, l’on vit le demi de mêlée italien Giorgi Bronzini se placer impunément dans le camp anglais pour empêcher Danny Care de transmettre le ballon à George Ford. Le Transalpin était-il en faute ? Pas vraiment… « En fait, ce système se base sur une irrégularité de la règle », explique Joe El Abd, entraîneur en charge de la défense à Castres : « Ce n’est pas parce qu’il y a plaquage qu’il y a forcément ruck. Les Écossais se servent de cette nuance pour monter très vite sur les bordures, quitte à délaisser le cœur du ruck. Pour l’attaque, c’est très gênant car il est impossible d’envoyer du jeu au large, et l’on peut commettre des fautes de main. » C’est de cette manière qu’ils ont considérablement gêné l’attaque irlandaise lors de la première journée, et vaincu les hommes de Joe Schmidt : « J’ai vu CJ Stander et Sean O’Brien se faire renvoyer dans leur camp par un, deux ou trois Ecossais d’un coup. De fait, leur libération de balle était lente, et leur attaque complètement déréglée », analysait l’ancien deuxième ligne international écossais Jim Hamilton après le match. Obnubilés par leur désir de créer une dynamique et de prendre la défense écossaise de vitesse, les Irlandais ont mis un long moment à s’adapter. Et quand ils l’ont fait, il était déjà trop tard…

Nécessité d’alterner

Les amateurs du XV de France auront toutefois noté que les hommes de Vern Cotter ont radicalement changé leur façon de défendre la semaine suivante, face aux Bleus, à qui ils ont livré (et remporté) une terrible bataille dans les rucks. Un combat dans lequel l’effet de surprise a forcément joué un rôle : « Toute la semaine, on prépare différents scénarios, et au dernier moment, on se rend compte que l’adversaire a tout changé ! Alors il faut s’adapter, et vite », prolonge El Abd. Alterner pour surprendre, encore et toujours. Car ce système est loin d’être infaillible, et comporte des failles. La première, c’est qu’il est risqué : « Comme il repose sur une ambiguïté du règlement, il n’est pas sûr à 100 %. L’arbitre peut considérer qu’il y a eu ruck, et dans ce cas on se retrouve pénalisé pour une position de hors-jeu. Et cela peut vite faire cher. » Sans oublier le risque de se faire percer : au cœur du ruck déjà, comme le numéro huit irlandais Jamie Heaslip a fini par le faire, mais aussi un peu plus loin puisque « la montée défensive est si rapide qu’elle n’est pas toujours rigoureusement suivie par toute la ligne de défense », complète El Abd. Les attaquants auront alors vite fait de s’engouffrer dans les intervalles d’une défense en tiroir…

Le contre-exemple anglais

Que faire alors, pour minimiser les risques tout en mettant l’adversaire sous un maximum de pression ? Les Anglais ont une solution. Ils gardent le cœur du ruck, mais optent souvent pour une montée toute aussi rapide et plus homogène, dans le droit esprit du « Wolfpack » façonné par Paul Gustard, adjoint d’Eddie Jones et ancien bâtisseur de la défense des Saracens : « Les Anglais préfèrent ce système en mur, avec un alignement de quatre ou cinq défenseurs qui montent fort autour du ruck presque en défense inversée mais pas tout à fait, sans pour autant délaisser le cœur du regroupement. C’est une solution plus sûre, dont on connaît l’efficacité », conclut El Abd. L’on a hâte de voir lequel de ces deux systèmes vaincra, le 11 mars prochain, quand le XV de la Rose accueillera celui du Chardon à Twickenham…

Simon Valzer
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