Allô, Emile ? Qui êtes-vous ?

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    Allô, Emile ? Qui êtes-vous ?
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Affable, drôle et habité d’une incroyable douceur, Paul Alo-Emile, le droitier parisien est un personnage atypique et attachant.

Vous êtes au Stade français depuis plus d’un an et on vous connaît pourtant très peu. Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis né à Auckland en 1991. Quelques années plus tard, mes parents ont décidé d’emménager en Australie. J’avais quatre ans lorsque j’ai posé le pied à Brisbane. Je suis issu d’une grande et belle famille samoane, le deuxième enfant d’une fratrie de huit (quatre filles et quatre garçons, N.D.L.R.).

Ah oui…

Oui, c’est assez courant chez nous. On suit juste la tradition. La plus jeune de mes sœurs a 13 ans, le plus vieux du clan a 26 ans. à la maison, c’est assez petit (trois chambres), plutôt bruyant mais nous y sommes très heureux. Papa est chauffeur de taxi. Il connaît le Queensland sur le bout des doigts. Je l’ai toujours vu beaucoup travailler pour veiller à ce que nous ne manquions de rien.

L’avez-vous aidé ?

Bien sûr. à 16 ans, je faisais partie de l’académie des Reds et, à côté, j’avais un petit boulot de paysagiste. Je me levais à 5 heures du mat’, j’allais m’entraîner à 6 heures, avant que le soleil ne tape trop. Je déteste les températures élevées car je transpire énormément... Après ça, j’allais m’occuper des parcs des ronds-points de la ville. Puis le soir, je repartais m’entraîner.

Faites-vous partie d’une famille de rugbymen ?

Pas vraiment, non. Mon père ne voulait pas que je joue au rugby. Il disait que ce n’était pas fait pour moi. Alors, j’ai commencé par le tennis. Le soir, en rentrant à la maison, j’étais triste et je disais à mes parents : « Ce sport n’est pas fait pour moi ! Je suis nul ! ça ne peut pas marcher ! Je suis trop gros pour ça ! » Mon père m’a dit que puisque je voulais jouer au rugby, je devais lui prouver que j’en étais capable.

Qu’avez-vous fait ?

Tous les matins, aux aurores, je devais faire un footing d’une heure dans les rues de Brisbane. Maman me suivait en voiture et m’encourageait : « Allez, continue ! C’est bien, mon fils ! » J’ai souffert, si vous saviez… (rires) Mais j’ai aussi perdu quelques kilos et papa m’a laissé démarrer le rugby. J’ai marqué trois essais lors de mon premier match.

Avez-vous commencé au poste de pilier ?

Oui, j’ai toujours été pilier parce que j’ai toujours été le mec le plus costaud de la classe (il pèse aujourd’hui 135 kg pour 1,80m). J’aime les combats en mêlée. En Australie, ils étaient moins vicieux. En Top 14, c’est parfois un peu sale. Les mecs te visent l’arcade au moment de l’impact. Ils rentrent en travers, veulent te tester à coup de tête. En fait, ils cherchent à te déstabiliser. Moi, j’essaie de garder mon calme.

De quelle manière ?

Je pense aux écritures de la Bible. Il y est dit que la colère ne doit jamais guider nos réactions. Vous savez, je suis un très fervent chrétien. Je fais partie de l’Assemblée Chrétienne de Paris. Nous nous réunissons le dimanche, à Charenton (Val-de-Marne).

Etes-vous marié ?

Je suis marié depuis environ un an. Mon épouse fait également partie de la même église. Elle est originaire d’une petite ville d’Australie appelée Bundaberg. Ce lieu est notamment connu pour sa bière au gingembre... En fait, nous étions fiancés depuis plusieurs années et j’ai profité d’une semaine de repos, en février 2016, pour la rejoindre en Australie et l’épouser. Dans la foulée, nous sommes rentrés à Paris et avons emménagé tous les deux.

Un de vos coéquipiers parisiens nous racontait dernièrement que les préceptes religieux étaient très rigoureux pour les couples non-mariés, au sein de votre église. Est-ce vrai ?

Oui. Nous ne pouvons faire l’amour avant le mariage. Dans la Bible, il est écrit que l’acte d’amour est un don de Dieu et ce n’est pas quelque chose que je souhaitais déprécier. Mais je comprends et respecte que d’autres aient choisi une autre voie. Je suis très tolérant.

Patienter jusqu’au mariage ne fut-il pas trop difficile ?

Non. Je ne me suis pas marié pour le sexe. Si j’ai épousé ma femme, c’est pour partager le restant de mes jours avec elle. Le rapport charnel est une bénédiction, un bonheur de la vie de tous les jours. Mais je ne pouvais le concevoir sans amour et sans le blanc-seing de Jésus Christ.

Regrettez-vous d’avoir quitté l’Australie alors qu’on vous annonçait chez les Wallabies ?

Non, pas un seul instant. Je suis heureux à Paris ; ma femme aussi.

Vous revenez à peine de blessure. Quel était le problème, au juste ?

Je souffrais d’une hernie discale et j’ai été opéré à Paris, en début de saison. J’ai du observer six mois de repos complet. Ma communauté m’a aidé durant cette période. Netflix (un site internet dédié aux séries télévisées), aussi. Je regardais Downtown Abbey ; tout le monde se foutait de moi.

Pourquoi ?

C’est une série britannique assez particulière, très précieuse qui se déroulent au début du XXe siècle. On y voit des ladies et des lords buvant le thé en se racontant de vieilles histoires de famille, dans une langue très chatiée. Je trouvais ça beau. Alors je me faisais chauffer un thé et je les regardais faire. Mais je vous l’accorde. Ce n’est pas un show pour rugbymen.

Comment votre retour à la compétition s’est-il déroulé ?

Les trois premières mêlées, contre La Rochelle, ont été très difficiles. Puis c’est revenu, un peu comme une seconde nature. Je m’attends à un gros combat contre Bordeaux-Bègles. Kitshoff est un un sacré client (NDLR : il ne sera finalement pas dans le groupe). Le chauve costaud (Vadim Cobilas), aussi...

Le Stade français n’est pas en très bonne posture. Ca vous inquiète ?

Non. Je n’aime pas perdre et nous devrions être beaucoup plus haut au classement. Le Stade français est truffé de très bons joueurs. Ensemble, nous avons partagé du sang, de la sueur et des larmes et notre unité est restée la même. Il y aura des jours meilleurs.

Marc Duzan
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