LA SQUADRA VUE D'ITALIE

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    LA SQUADRA VUE D'ITALIE
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Florian Cazenave, actuellement joueur de Reggio, évoque les limites du rugby italien, qui se retrouvent au travers de sa sélection.

Depuis près de trois ans, Florian Cazenave évolue en Italie, à Reggio Emilia, club promu en Eccellenza. Le demi de mêlée, ancien Perpignanais et futur Briviste, a progressivement découvert les rouages et spécificités du rugby transalpin, depuis les écoles de rugby à sa sélection, et nous livre son analyse de la spirale négative dans laquelle s’est enlisée la Squadra Azzurra.

Sélectionneur : « O’shea est un bon tacticien mais… »

« Conor O’Shea est bien perçu en Italie et est particulièrement réputé pour être un bon tacticien. Ce qu’il avait mis en place face à l’Afrique du Sud et en Angleterre a d’ailleurs fonctionné. Mais il a beau imaginer les meilleures stratégies du monde, il lui manque beaucoup de choses tout compte fait : du talent, un vivier, de la confiance… Dans le fond, l’Italie joue pour perdre le moins sévèrement possible et ça se ressent dans le rugby qu’elle pratique. »

Mentalité : « pas de culture de la gagne ni de confiance…  »

« Il y a un paramètre, important, qui n’est pas évident vu de France. À 95 %, les joueurs viennent de deux équipes. Cela pourrait être un avantage en termes de repères mais, dans les faits, ça ne l’est pas. Déjà, il n’y a pas d’émulation car les joueurs sélectionnés ont peu de chances de perdre leur place. Ca ne tire pas le collectif vers le haut. Surtout, il n’y a pas de mentalité de la gagne. C’est même tout le contraire. Les franchises où évoluent les internationaux, les Zebre et Trévise, prennent trente ou quarante points chaque week-end. Dans ces conditions, comment voulez-vous travailler dans la confiance et la sérénité ? C’est presque impossible. Ce qui se passe en Ligue celte face aux clubs irlandais, gallois ou écossais se reproduit dans le Tournoi. Pour ne rien arranger, il se dit que les Zebre ne sont plus payés depuis un petit bout de temps… »

Niveau technique : « une formation limitée qualitativement »

« Dans un passé récent, il y a eu une bonne génération, de Dominguez à Castrogiovanni… Un grand nombre de ces joueurs venait d’ailleurs d’Argentine. Désormais, le niveau global est bon mais il manque de joueurs à fort potentiel. Le problème de la formation se répercute au niveau de la sélection. Quand tu vis en Italie, tu comprends mieux la complexité de former de bons joueurs. La grande majorité des enfants préfèrent aller au foot et au basket, les deux sports les plus populaires, le rugby étant très peu médiatisé. Il y en a tellement qu’il y a un processus de sélection dès les plus jeunes catégories. Ceux qui ne sont pas retenus se tournent ensuite vers le rugby. Il y en a peu et, en plus, ce ne sont donc pas généralement ceux qui ont le plus de talent et d’aptitudes qui s’y retrouvent. D’ailleurs, quand tu les vois s’entraîner, tu prends conscience du problème : ils travaillent davantage la coordination que les gestes purs du rugby. D’où une formation limitée qualitativement. En grandissant, il leur manque ensuite de la concurrence. En France, si tu n’as pas un niveau suffisamment satisfaisant, tu ne pourras pas jouer en Crabos, en Reichel… En Italie, il n’y a pas cet écrémage. Les championnats jeunes s’arrêtent à 18 ans et, après, la majorité des jeunes se retrouvent, au mieux, en Excellence, équivalent de la poule élite de Fédérale 1. Il y a quelques bons joueurs dans ce championnat mais leur progression restera limitée et ils ne pourront franchir de palier. »

Vincent Bissonnet
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