Massif et central

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Rémi Lamerat - Jonathan Davies : Le premier a remplacé le second, cet été sous le maillot de Clermont. Leur entraîneur Franck Azéma décrypte ce duel musclé.

JONATHAN DAVIES

Le caractère

« Fox » est un garçon très pragmatique dans son approche du rugby. Il quantifie tout, de sa préparation physique à ses actions, sur le terrain, pour ne garder que le qualitatif. C’est sa culture anglo-saxonne, le filtre à travers lequel il perçoit le rugby. Il est aussi très dévoué à sa sélection. Je ne lui en veux pas, parce que ces joueurs sont programmés comme cela depuis tout jeune. C’est ce qu’on leur inculque. Mais cela génère une contrepartie : leur fédération est omniprésente dans son quotidien. Jonathan est un bon mec, mais je trouve qu’il n’a pas assez profité de son expérience chez nous, qu’il est trop resté dans sa zone de confort. Il aurait pu se mettre plus en danger, pour puiser autre chose dans notre culture. Une autre approche du jeu et de la vie de rugbyman. C’est dommage.

 

Les plus

On met en avance sa puissance, en premier lieu. C’est une vérité. Il est aussi très précis sur tout ce qui touche à la technique individuelle. Mais sa grande force, c’est sa qualité de lecture en défense. C’est un bon plaqueur, certes, mais c’est surtout un plaqueur qui ne se trompe jamais de cible. Il lit très vite les situations, les forces de l’adversaire dans la ligne et la composition de sa ligne. En fonction, il analyse et il s’adapte. Cette assise, en plus, il la transmet aux autres. Il communique beaucoup, défensivement, ce qui rassure et apporte de la confiance autour de lui.

Enfin, il est plus à l’aise au pied qu’on le dit. C’est un gaucher, déjà. Ensuite, il décrypte très vite le fond de terrain adverse. Il en comprend la composition et les faiblesses pour mettre l’adversaire en difficulté par le pied, si besoin.

 

Les moins

Je trouve qu’il a perdu en vivacité, par rapport à ses premières années. De graves blessures sont passées par là, c’est peut-être la cause. Mais « Fox » n’a plus cette explosivité, cette vitesse qu’il pouvait mettre quand il jouait un duel. Sur ce point, il est inférieur à Rémi qui fait beaucoup plus mal lorsqu’il s’engage. Son rapport à sa sélection en fait aussi un joueur plus inconstant.

 

RÉMI LAMERAT

 

Le caractère

Rémi a une approche extrêmement généreuse du rugby. Il voudrait tout jouer, tout le temps et à fond. Il ne calcule pas. Cela transpire dans son jeu et ce n’est pas un hasard s’il était acclamé par le public, seulement deux ou trois matchs après son arrivée. Cela va avec, mais c’est aussi quelqu’un de très humble, qui écoute beaucoup et qui veut sans cesse apprend. Et comme il est intelligent, il absorbe vite et progresse aussi vite. De tous ces facteurs, il se dégage un garçon qui ne cultive pas son leadership mais dont l’enthousiasme rejaillit sur tous ceux qui l’entourent. À l’entraînement mais aussi en match.

 

Les plus

Sa force et sa générosité en font un joueur redoutable à l’impact. Il est féroce, destructeur sur l’homme, ce qui lui permet d’être presque toujours dans l’avancée. Il lit aussi très bien les espaces, ce qui en fait un meilleur franchisseur que Jonathan. Rémi a également beaucoup progressé sur la lecture des situations. C’est quelque chose que nous avions ciblé à son arrivée. Nous ne voulions plus qu’il soit seulement ce joueur costaud qui prend le milieu du terrain. Rémi a vite adhéré. Il fallait qu’il soit aussi capable de jouer devant la défense. Aujourd’hui, il est capable de bien mieux analyser les situations offensives, de jouer un surnombre ou de changer sa ligne de course quand la situation le réclame.

 

Les moins

Son engagement défensif est immense, mais il n’a pas encore le rayonnement collectif de Jonathan. Il fait très bien son boulot, mais il ne s’engage pas encore assez auprès des autres pour les piloter et donner ses consignes. Ce n’est pas dans son tempérament, de par son humilité. Il doit encore progresser là-dessus. Il le sait, il doit aussi faire du tri dans ses ballons au contact pour éliminer du déchet. Mais franchement, il a déjà beaucoup progressé. En club, il est désormais régulier dans ce secteur. En équipe de France, la marche au-dessus, il a un peu forcé son jeu lors du match en Angleterre. Mais il trouve de la constance.

 

BILAN

Quand il est arrivé chez nous, Jonathan était un produit fini. On constatait chez Rémi une marge de progression plus importante. Mais il bosse. L’été dernier, quand ils se sont croisés, je vous aurais dit que Davies était au-dessus de Lamerat. Aujourd’hui ? Attention, il y a match. Et je ne suis vraiment pas sûr que Rémi le perde…

Léo Faure
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