Paris - Toulouse : Monuments en péril

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    Paris - Toulouse : Monuments en péril
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Locomotives et exemples du rugby français sur les plans sportif et économique durant la décennie précédente, les deux clubs sont en perdition depuis plusieurs années. Constat et Explications

Murrayfield, 22 mai 2005 : le Stade toulousain battait le Stade français, après prolongations (18-12), en finale de Coupe d’Europe. Ceci au milieu d’une décennie hexagonale que les deux clubs survolaient. Les exemples, les symboles, les locomotives. Allant jusqu’à s’inventer une historique et folklorique rivalité passée à la postérité sous le doux nom de clasico, que les présidents René Bouscatel et Max Guazzini s’amusaient à entretenir.

Sur le plan sportif, Parisiens et Toulousains raflaient tout. Sur celui du spectacle, l’écurie de la capitale - entre paillettes, calendriers, maillots et hymnes saugrenus ou délocalisations grandioses au Stade de France - faisait office de précurseur. Sur celui économique, le fameux modèle imaginé et bâti par Claude Hélias du côté de la Ville rose, lequel s’appuie sur un vertueux et démocratique équilibre des forces et richesses (l’association du club majoritaire au capital et les Amis du Stade qui en détiennent une autre grosse partie avec la propriété du stade Ernest-Wallon), était reconnu et envié de tous. Ou quand les projets se mettaient au service de la réussite et des titres… Mais qu’en est-il dix ans plus tard ? Si les ressemblances perdurent entre les deux entités, elles sont plutôt à ranger au rayon des morts lentes. Certes, Toulouse est parvenu à aligner deux Brennus d’affilée au début des années 2010 (2011 et 2012) mais son déclin était déjà en marche. Certes, Paris s’est rappelé aux bons souvenirs en amenant sa génération dorée jusqu’au sommet du Top 14 en 2015. Mais ceci n’était qu’un glorieux mirage, au vu des deux terribles exercices qui ont suivi.

 

Des déficits structurels

 

Les acteurs en présence ont parfois du mal à l’admettre, surtout lorsque ces derniers se réfèrent au prestigieux passé, mais la vérité est implacable : tous deux sont désormais entrés dans le rang. Il n’y a qu’à observer l’actuel classement, pour voir que Paris veut assurer officiellement son maintien pendant que Toulouse bataille pour ne pas perdre de vue le wagon des qualifiables. Un accident ? Cela pourrait être le cas si, bien au-delà du terrain, Stade français et Stade toulousain faisaient encore office de références. Il n’y a qu’à regarder dans le rétroviseur pour se rappeler l’épisode tragi-comique de la mise en vente du club parisien en 2011 avec l’arrivée fantasmée puis avortée de la FACEM avant que Thomas Savare ne vienne in extremis sauver la maison. Résultat ? Six ans et quelques dizaines de millions d’euros engagés plus tard, l’homme d’affaires cherche à se débarrasser de son bien, jusqu’à imaginer une improbable et impopulaire fusion avec le Racing de Jacky Lorenzetti. La douloureuse morale de cette histoire, quand on voit la peine de Savare à remplir un Jean-Bouin flambant neuf ? La magie n’opère plus dans la capitale et Paris est un gouffre financier. Et il n’y a pas là de quoi s’en réjouir. Pas plus que de constater les difficultés récurrentes des Toulousains pour boucler les fins de saison. Cela fait maintenant quatre ans que le club le plus titré de France termine chacun de ses exercices en déficit. Ce sera encore le cas en juin si bien qu’à force de piocher dans les fonds de réserve, la situation comptable nette sera, pour la première fois depuis une éternité, nulle en bord de Garonne.

Or, la DNACG impose de constituer des fonds de réserve à hauteur de 15 % de la masse salariale brute. L’équation est donc simple : le Stade toulousain, dont les déficits sont devenus structurels comme chez son meilleur ennemi, doit absolument procéder à une rapide recapitalisation pour répondre aux attentes du gendarme financier. On parle de trois millions d’euros pour passer sans encombre les prochaines échéances, de trois supplémentaires pour se relancer. Persévérer ou se réinventer ? Toulouse n’a plus le choix et doit s’adapter. Avec la perspective de s’en remettre définitivement à un partenaire privé (Fiducial ? Airbus ?) ou à hypothéquer ses installations pour éviter d’enterrer son modèle. « Peut-être finira-t-on par se rendre compte que le modèle du Stade toulousain, que l’on annonçait obsolète, est celui qui vaut encore le mieux », assurait Ugo Mola la semaine dernière. 

À la condition de savoir le révolutionner. Parce que le plus inquiétant, davantage que les difficultés pour Paris et Toulouse depuis plusieurs années à attirer les grands talents dans leurs girons, est que ces deux monuments de notre rugby sont en perdition alors qu’ils se trouvent dans deux des plus forts bassins économiques français. 

Jérémy Fadat
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