Léon Loppy : « Toulon – Castres, un derby de phases finales »

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    Léon Loppy : « Toulon – Castres, un derby de phases finales »
Publié le , mis à jour

À deux jours du barrage de Top 14 entre Toulon et Castres à Mayol (vendredi 21h), l’ancien troisième ligne international français Léon Loppy (1 sélection ) évoque cette confrontation. Un match qui a toujours une saveur particulière pour lui qui a porté les couleurs du RCT et du CO dans les années 1990.

Que vous évoque cette rencontre entre Toulon et Castres ?

Forcément, les années 1990.. Trois demi-finales et deux de perdues quand mêmes (rires) (le RCT s’était incliné à Gerland en 1993 17-16 après avoir gagné à Béziers 18-12 l’année précédente, N.D.L.R) Mais de toutes façon, ça a toujours été de très rudes affrontements et Marc de Rougemont (talonneur du RCT, N.D.L.R) ne dira pas le contraire puisqu’en 1995 en demi à Toulouse (défaite du RCT 18-13 au Stadium) Loppy était capitaine N.D.L.R), il se fait fracturer la mâchoire et n’avait pas pu participer à une tournée d’été avec l’équipe de France. À mon époque Castres c’était le petit Mayol, avec des tribunes à ras le terrain, une belle ambiance. Mais ces deux équipes ont toujours été très solides devant et maintenant en plus ça joue beaucoup derrière donc ça risque d’être un bel affrontement, une belle confrontation.

 

Les demi-finales 1992, 1993, 1995, quel souvenirs précis en gardez-vous ?

Au-delà d’être des confrontations avec un engagement maximal, ce furent de belles confrontations. Si l’on joue au rugby c’est pour jouer des matchs comme ceux-là, c’était vraiment intéressant. En 1992, le RCT est une surprise, on a fait ce que le Stade français a réalisé cette saison en Challenge européen ( Toulon terminera champion de France face à Biarritz, N.D.L.R). On avait connu l’enfer toute la saison et à la fin on se retrouve au paradis. Le groupe était très jeune, c’était la fin d’un cycle et nous étions repartis avec des minots de 18 ans, les Périé, Delaigue, Teisseire, Orsoni... Il y avait une très bonne gestion de Jean-Claude Ballatore, l’entraîneur qui arrivait à faire le mélange entre jeunesse et expérience. Le match à Béziers face au CO, on le gagne en étant à 14 en fin de match après un coup de poing de notre deuxième ligne Yvan Roux sur Jean-Philippe Swiadek, le troisième ligne de Castres. On n’était pas forcément plus forts mais tout nous réussissait. 

En 1993, cette demi-finale à Lyon, je l’ai toujours en travers. Yann Delaigue, notre demi d’ouverture marque sous les poteaux mais l’arbitre siffle un en-avant. C’est la plus dure que j’ai joué, Castres était bien armé. En 1995, c’est l’une des plus belle équipes de Castres que nous avons affronté, ils étaient au-dessus de nous. Guy Jeannard, leur deuxième ligne avait fait un match terrible, Frank Comba doit s’en souvenir (sourires). Moi, j’avais passé mon après-midi à me battre avec celui qui est devenu mon ami José Diaz (troisième ligne de Castres, N.D.L.R). J’en garde de bons souvenirs.

 

Y’avait-t-il une rivalité entre les deux clubs à l’époque ?

Non pas spécialement. Aussi parce que dans les années 90 c’était un peu l’émergence de Castres alors que Toulon avait déjà eu de très belles heures dans les années 80. Lorsque nous les rencontrons en 1993, le CO enchaînait une deuxième demi consécutive, c’était un peu nouveau pour eux. Après effectivement  une rivalité s'instaure, au bout de la deuxième demi-finale il commence à y avoir un esprit de revanche, les matchs se tendent un peu. À Gerland par exemple, j'ai le souvenir d'un match à couteaux tirés, très dur physiquement, mais ce match était quand même fantastique. Ce sont des gros matchs. C’était aussi le Sud -ouest contre le Sud-est. Chacun avait ses arguments mais on les craignait. Castres bénéficiait d’un demi d’ouverture d’exception avec Francis Rui. En 1993, il avait cassé ses crampons à bouts carrés juste avant la demi-finale et c’est Aldo Gruarin (ancien pilier du RCT dans les années 1960-1970 et vendeur d’équipements de sports à l’époque) qui l’avait dépanné. Quand nous avions appris ça, nous étions fous. Et au final, ils nous avaient battus parce que Rui avait tout enquillé.

 

Après Toulon, vous avez aussi joué à Castres entre 1996 et 1998, comment cela s’est fait ?

Sous le maillot rouge et noir, à chaque déplacement à Castres, j’avais été très bien accueilli. Je voulais changer d’air, me remettre en question et arriver dans une plus petite ville. J’avais le choix entre deux clubs, celui d’une très grande ville, Paris (le Stade français, N.D.L.R) et Castres, j’ai choisi Castres. Bernard Laporte, entraîneur du Stade français n'avait pas trop apprécié ni compris mais à l'époque, le Stade français n'était pas encore en première division.

 

Quel regard portez-vous sur cette équipe castraise ?

Ces quatre, cinq dernières années Castres est devenu une référence de par son jeu, un équilibre a été trouvé. Ils ont eu un petit creux dans la saison mais ils reviennent bien. Et puis il y a Christophe Urios qui a mis son empreinte sur l’équipe.

 

Justement, vous le connaissez bien pour avoir joué contre. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?

Le joueur n’a rien à voir avec le manager, c’est le jour et la nuit (rires). Dans son rôle de manager, il a su mettre son empreinte sur l’équipe et il a cette façon de manager, en étant très proche de ses joueurs, qui font le boulot pour lui. Après en tant que talonneur c’était un monstre, un guerrier, j’avais l’impression de jouer contre une bête assoiffée de sang parce qu’il donnait tout. Maintenant, quand on voit ce qu’il est arrivé à faire à Oyonnax et à Castres ça n’a vraiment rien à voir, ce n’est plus la même approche. Il entraîne dans un gant de velours.

 

On imagine que Christophe Urios en colère, ça ne doit pas être une partie de plaisir, même dans le costume d’entraîneur ?

Il n’a pas besoin de crier Christophe... Quand il commence à mettre la mâchoire en avant tu comprends qu’il y a danger.

 

En 2013 (victoire de Castres, 19-14, N.D.L.R) et 2014 ( victoire de Toulon, 18-10, N.D.L.R) , les deux équipes se sont retrouvées en finale de Top 14, qu’en avez-vous pensé ?

Ce sont deux équipes qui ont un jeu un peu similaire. C’est en train de redevenir un derby de phases finales ces dernières années comme lorsque je jouais. Dans les huit de devant, il y a un ou deux récupérateurs de chaque côté, un troisième ligne plus filiforme dans l’aspect sauteur/coureur. Castres joue un petit peu plus alors que Toulon est plus physique.

 

Quelles sont les forces et les faiblesses des Tarnais et des Varois ?

La force du CO c’est sa cohésion, idem pour Toulon puisque que le groupe s’est ressoudé ces dernières semaines avec Richard Cockerill qui a trouvé une osmose. L’impact de Matt Giteau n’est pas à négliger non plus, il y est pour beaucoup. La faiblesse de Castres pourrait se trouver dans sa dépendance à son demi d’ouverture Benjamin Urdapilleta même si cela tend à disparaître. Toulon , on ne sait pas si l’état de grâce va durer. Ils ont réduit la voilure dans le jeu. Je pense qu’ils se sentent bien. Ils ont quand même la chance d’avoir de grands joueurs à tous les postes. Leur saison en dents de scie les dessert mais ils peuvent terminer très fort.

 

Cela va être aussi un gros duel en troisième ligne...

Il y a deux perforateurs en numéro 8 avec Tulou ou Mafi à Castres et Vermeulen à Toulon. Sur les côtés, c’est complémentaire dans les deux camps. La différence va se faire je pense à l’expérience et à la maîtrise et la gestion de l’événement. Il y en a un peu plus pour l’équipe qui reçoit, Toulon a des joueurs habitués à cette pression. Mais les Castrais n’ont pas à rougir non plus de ce qu’ils montrent dernièrement. Jelonch et Babillot ont montré par exemple de très belles choses cette saison. Le dernier match à Mayol (victoire du RCT le 15 avril 23-14, N.D.L.R) n’avait pas été si simple pour les Toulonnais. Ils sont avertis.

 

Dernier mot, quel est votre pronostic ?

Cela va se jouer à pas grand-chose comme à chaque fois, les deux équipes ont leurs chances. En tout cas, un match comme ça c’est interdit que je le rate (rires) , je serai donc à Mayol. Je suis bien entendu neutre,  j’espère juste que le meilleur gagnera.

 

Propos recueillis par Enzo Diaz

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