Opposition de style

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Publié le , mis à jour

Je croyais la chose devenue impossible, perdue à jamais dans l’entrelacs du souvenir. Le jeu moderne se voulait – à l’exception notable des All Blacks de Nouvelle-Zélande – si semblable, si commun, si uniforme dans ces grandes lignes, que je désespérais de voir ressurgir ces fameuses oppositions de style qui faisaient le sel des rencontres d’autrefois. Nous y revoilà, pourtant ! On ne saurait trop s’en plaindre.

La dernière Coupe du monde, déjà, en avait donné des signes avant-coureurs. La finale qui s’annonce est, de ce point de vue, saisissante. Tout, à ce jour, oppose Toulon à Clermont. A preuve, bien sûr, leurs demi-finales. La première, cadenassée, austère comme un séminariste, d’une violence inouïe dans le combat de près, d’une âpreté insoutenable, répondit assez bien aux plans de jeu de Toulon sur ces derniers mois. Conquête, occupation, agression constante de la ligne adverse par des charges d’aurochs, défense acharnée : on tient là une stratégie minimaliste mais qui n’en demeure pas moins, jusqu’à plus ample informé, rudement fonctionnelle. Elle a ses défenseurs, ses thuriféraires. Bon an mal an, elle s’inscrit d’ailleurs assez bien dans le patrimoine toulonnais où le combat, comme on sait, préfigure depuis toujours l’alpha et l’oméga de tout. Il est arrivé que le RCT, dans l’Histoire, joue sur une gamme de plus haute portée. L’engagement n’en demeurait pas moins la référence absolue. La seconde, à l’instar d’une superbe finale du championnat d’Angleterre, opposant les Wasps à Exeter, fut son antithèse. La passe, le rythme, le mouvement, la recherche des intervalles, scandèrent les mérites de Clermont. Le beau, n’est pas forcément l’ennemi du bien. Ce jeu-là, autrement présentable aux mères de famille et aux enfants en bas âge, suscite l’engouement des foules, oppose la richesse de l’évitement au seul postulat de la guerre. Il se veut plus chiadé, plus complexe dans sa mise en œuvre. Il n’en n’est pas obligatoirement plus efficace. Et la finale, à cette échelle, s’annonce particulièrement indécise. En attendant, voici revenu le temps des querelles de chapelle. Jadis, elles occupaient le Sud-Est au Sud-Ouest, Béziers à Bayonne, Toulon à Agen, Grenoble à Mont-de-Marsan. Les cafés du Commerce étaient pleins de ces débats, colères rentrées, passions exacerbées, par où le «jeu d’attaque » le disputait à l’esprit de combat. Tout cela, un rien caricatural bien sûr : le «grand Béziers», dans son genre, était aussi une équipe très offensive et le Mont-de-Marsan des frères Boniface fut sacré champion de France après un match à zéro passe. N’empêche ! L’intelligence voulait qu’on puise dans ses forums populaires matière à s’enflammer, à défendre ses goûts, à privilégier une culture. Les journaux même de l’époque avaient leur préférence. Le rugby y gagnait du ton. Il ne me déplairait pas, pour tout dire, que l’on en revienne à ça, le temps au moins d’une finale. Ce fondu-enchaîné entre passé et présent, situe peut-être, à y bien regarder, la vraie culture de ce jeu en France. On s’y arrêterait à moins.

PS : on s’en voudrait que la Ligue dénonce le comportement des supporters clermontois pour envahissement de la pelouse après match. Outre que leur comportement fut bon enfant, ils perpétuent là une tradition du rugby dont on a tout lieu d’être fier. C’est la force et l’honneur de notre sport de pouvoir mêler les supporters de toutes les équipes dans une ambiance d’une convivialité parfaite. Par où susciter un peu de clémence...

Jacques Verdier
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