Duane Vermeulen, la quête de l’héritier

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    Duane Vermeulen, la quête de l’héritier
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Duane Vermeulen tentera, ce dimanche, de mener ses troupes au succès et d’ajouter un titre à un palmarès qui en manque. La plus belle manière de se montrer digne de ses prédécesseurs et d’honorer la mémoire de son père. Sa plus grande motivation.

Duane, alias « celui qui règne sur terre. » Les parents Vermeulen ne pouvaient trouver prénom plus prédestiné pour leur fils, parti de l’anonymat de sa ferme de Nelspruit pour devenir un des grands seigneurs de ce jeu. Deux ans après sa première sélection, en 2014, le surpuissant numéro 8 ne s’était-il pas imposé comme un des meilleurs à son poste, au point d’être intégré au gotha des prétendants au titre de joueur mondial de l’année ? Six mois après son arrivée sur la rade, ce meneur né ne s’était-il pas affirmé comme un des cadres du triple champion d’Europe puis, dans la foulée, comme son capitaine ? Loin des yeux mais pas du cœur, la vox populi sud-africaine n’a-t-elle pas eu de cesse d’exprimer, depuis le dernier Mondial, sa volonté de lui voir confier le brassard des Boks ? à 30 ans, Duane Vermeulen s’est affirmé comme une référence internationale de ce sport. Qui peut aujourd’hui trouver à redire à son état d’esprit, exemplaire, à son investissement, extrême, et à son niveau de performance, d’une régularité épatante ? Pas Guilhem Guirado en tout cas : « Je l’avais vu jouer une ou deux fois en Afrique du Sud avant mais je ne savais pas qu’il était aussi fort, nous expliquait dernièrement le capitaine des Bleus. Je me suis rendu compte de sa valeur à Toulon. C’est un élément indispensable et un exemple à suivre pour tous. » Ce portrait flatteur comporte une petite part d’ombre : son palmarès ne récompense pas, pour l’heure, la carrière de Duane Vermeulen. Dans son armoire à trophées figurent juste deux Currie Cup, remportées en 2007 avec les Free State Cheetahs et en 2012 avec la Western Province. Côté accessits et honneurs, en revanche, on retrouve, pêle-mêle, une finale de Super 12 perdue avec les Stormers en 2010, deux deuxièmes places de Four-Nations en 2013 et 2014, une médaille de bronze à la Coupe du monde 2015 et une d’argent ramenée de Barcelone en juin dernier. Le troisième ligne avait même été privé de l’événement catalan : convoqué avec les Boks pour la tournée de juin, il s’était blessé à une épaule lors du premier test face à l’Irlande, était retourné en France pour se soigner et avait assisté, depuis les tribunes et en chemise blanche, au sacre du Racing 92. Drôle de compromis. « Avec Duane sur le terrain, le dénouement n’aurait sûrement pas été le même », nous avait confié un de ses partenaires.

 

Les promesses dites

Une embûche de plus placée par le destin sur les sentiers de sa gloire. Ses premières années ont été émaillées par des blessures récurrentes. Une fois son avènement arrivé, il a subi le contrecoup d’une sélection morose. Puis, à Toulon, il a débarqué à la fin de l’ère Laporte et doit depuis assumer une délicate transition. Le sommet de dimanche représente une opportunité rêvée pour rattraper le temps et les titres perdus. « Ce n’était pas agréable d’avoir été spectateur de la demi-finale et la finale, l’an passé, nous déclarait le joueur à l’automne. Mais j’ai la chance de me rattraper. Nous avons connu une saison sans titre. Il faut impérativement en ramener à Toulon! » Ce compétiteur ne saurait tolérer plus longtemps cette posture de perdant magnifique. « Tu ne joues pas pour être le second, clame le capitaine rouge et noir. Mon but a toujours été clair : je veux être numéro 1. Quand tu es compétiteur, tu ne veux pas seulement participer. » La promesse d’une vie dite à son beau-père, le jour où son rêve a pris corps, continue de résonner dans un coin de sa tête : «Je vais te montrer que je peux devenir un grand joueur. Un des tout meilleurs au monde. Le meilleur, peut-être, même. » Par-delà le clinquant des trophées et de la notoriété, tentations universelles, ce perfectionniste est animé par une double obsession : être un digne héritier et rendre fier les siens. Son histoire personnelle donne à sa quête une dimension émotionnelle toute particulière.

 

« Dans un sens, je vis le rêve de mon père »

À l’heure où l’Afrique du Sud de Nelson Mandela s’apprêtait à célébrer ses improbables champions du monde, à l’automne 1995, ce fils de fermier devait affronter le décès de son père, victime d’un cancer et d’une santé abîmée par le temps passé à ferrailler balle en main. «Le souvenir de mon père est très important, nous confiait-il au printemps dernier. Il évoluait dans les championnats de province et aimait profondément ce sport. Je regrette qu’il n’ait pas pu me voir vraiment jouer… Même si je l’ai peu connu, il a une grande influence. Il m’a donné des conseils que j’emmènerai dans ma tombe. Il me disait de ne jamais reculer. De défendre ma place. Envers et contre tout.» Des consignes appliquées avec une conviction extrême sur les terrains. D’où il poursuit le combat. Vingt ans après, l’étoile d’Andre continue de guider ses pas. Duane Vermeulen en parle avec pudeur et sincérité : « Je porte son nom. C’est important à mes yeux de l’amener le plus haut possible. Je veux qu’il soit fier de moi d’où il est. Tout ce que je fais sur le terrain ou presque, c’est pour lui.» Et le gamin de la province du Mpumalanga de prononcer, du bout des lèvres, cette profession de foi : «Dans un sens, je vis son rêve. » En devenant Springbok à l’automne 2012, il avait porté son patronyme à la postérité. Cinq ans après, il continue sa ruée vers l’or avec la même ardeur. En exécrant encore et toujours l’échec, vécu comme un crève-cœur. Un désaveu pour sa personne, ses efforts, son histoire. À Toulon, terre de champions, il a trouvé un club à la mesure de ses ambitions : « Depuis trois ans, ce club remporte tout, avait-il déclaré lors de sa présentation officielle. Je veux être dans cette aventure. » Mourad Boudjellal le voulait justement à ses côtés afin de poursuivre cet âge d’or. Dans le Var, le Springbok s’est imprégné de la culture de la gagne et il a trouvé, au passage, de nouvelles sources d’inspirations : la prunelle de ses yeux, ses deux jeunes fils, à qui il entend amener fierté ; mais aussi les Masoe, Wilkinson et autres Botha. L’esprit de ces glorieux prédécesseurs l’accompagne dans sa marche royale : «Les anciens joueurs nous ont laissé un héritage, à nous d’être à la hauteur, clamait-il en début de saison. Il nous faut écrire notre propre histoire. » Brassard au biceps, il mesure l’importance de sa mission : « C’est un grand honneur et une énorme responsabilité. Ça veut dire qu’il faut assumer le palmarès et se hisser au niveau des grands joueurs passés par le RCT. » En être digne constitue, à ses yeux, une obligation. Un devoir, pas une éventualité. Quand Duane Vermeulen pénétrera à la tête de son équipe sur la pelouse, ce dimanche, le film d’une vie défilera sans nul doute furtivement devant ses yeux : le souvenir lointain de son père, ses rêves de gamins, ses joies et galères d’après, sa quête effrénée… Comme une ultime source de motivation avant l’impact. Quatre-vingts minutes, des dizaines de plaquages et charges plus tard, le seigneur recevra peut-être le couronnement tant attendu : le Bouclier de Brennus, un des trophées les plus mythiques de son sport. Un titre à la mesure du grand joueur qu’il est devenu.

Vincent Bissonnet
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