Ugo Mola : « je l'ai fermée et j'ai bossé »

  • Ugo Mola : « je l'ai fermée et j'ai bossé »
    Ugo Mola : « je l'ai fermée et j'ai bossé »
Publié le , mis à jour

Attaqué personnellement par Albacete et Elissalde, Ugo Mola a préféré garder le silence durant tout l’été. A la veille de la reprise, l'entraîneur principal du Stade toulousain revient en toute franchise sur son intersaison, ses nouvelles prérogatives auprès des trois-quarts mais aussi sur le renouvellement nécessaire du club ou encore sa condition d’entraîneur.

Vous avez subi des attaques acerbes. Pourquoi avoir gardé le silence ?

Il y a eu tant d’actualités au club plus importantes que le ressenti d’Ugo Mola. Quand René (Bouscatel) est venu nous chercher avec Fabien (Pelous), notre mission était le renouvellement de cycle. On l’a acceptée, il fallait en assumer les conséquences. Deux ou trois m’ont critiqué personnellement et le club dans son ensemble. Régler ses comptes, c’est trop facile. Chacun a sa vérité, j’ai la mienne. Je ne voudrais pas qu’on mette tout le monde dans le même lot. On va associer des mecs qui n’ont rien à voir et ont été exemplaires pendant leur carrière, surtout leurs deux dernières années ici. Dusautoir, Steenkamp, McAlister ont été irréprochables, comme Poitrenaud, Clerc ou Millo-Chluski. J’en oublie mais ce sont les derniers qui avaient gagné au Stade toulousain. Ils ont une reconnaissance envers le club digne de ce nom. J’estime que certaines choses doivent se régler dans un vestiaire. J’ai été éduqué comme ça. On avait le maître en la matière pendant plus de vingt ans. J’ai voulu ouvrir le vestiaire car je ne peux pas fonctionner comme Guy Novès. Avec Fabien, cela nous a éclaté à la figure, sous prétexte qu’on ouvrait l’accès à une intimité qui s’est libérée.

Le rapport à l’ancienne génération, habituée durant des années à un autre fonctionnement, n’était-il pas biaisé ?

Ce qui l’a biaisé, ce sont les résultats. Quand on a commencé à perdre, staff, jeunes et anciens, devions nous remettre en question. Or, on s’est remis en cause les uns et les autres. Mon constat est simple : je suis arrivé avec un effectif vieillissant mais génial. Des mecs qui faisaient des trucs incroyables. Un Harinordoquy réalisait des choses que je n’ai vu chez aucun autre. McAlister, tu t’assoies et tu le regardes jouer. Mais combien de fois ont-ils été capables de le faire ? J’ai souhaité retrouver la manière dont j’ai été éduqué, en grande partie grâce à Guy, à savoir s’adapter aux circonstances et à l’adversaire. Pour ça, il faut beaucoup s’entraîner, beaucoup courir. Quand tu trouves des garçons qui couraient cinq kilomètres par semaine et qu’on passe à quinze ou vingt, c’est dur. Un, deux ou trois cas isolés, ce n’est pas grave. Quand il y en a beaucoup… Mais l’histoire des générations est un faux débat. On a voulu créer des clans qui n’étaient pas marqués alors que je souhaite un seul clan, celui du Stade toulousain. Avec les défaites, ils se sont exacerbés. Plutôt que chercher comment on allait se remettre en route, on a cherché pourquoi on en était là.

Vos convictions d’un jeu de mouvement sont profondes…

Heureusement que les Blacks ou Clermont sont champions, sinon je passerais pour un fou. En France, c’est dur, on est sur un rugby âpre. Il faut prendre en considération ce contexte et le rugby de défense, occupation et jeu au pied est peut-être plus efficace que celui ambitieux. Il amène à prendre des risques, faire tomber des ballons, s’exposer aux contres. Sur la dernière période de Tournoi, on aurait dû réduire la voilure. Contre Pau, on a 75 % d’occupation et de possession, on meurt six fois dans l’en-but mais on perd. Qu’est-ce qui empêche de marquer ? Le rugby d’avant ou la confiance ? Je crois que c’est la faculté à être six fois derrière la ligne qui compte. On est parmi les équipes qui jouent le plus debout, qui réalisent le plus de off-load, qui franchissent le plus. Mais notre manque d’efficacité et de fraîcheur nous a pénalisés. J’ose espérer que, quand tu passes de 33 ans à 26 ans de moyenne d’âge, ça changera dès lors que les mecs prendront conscience du talent qu’ils ont !

Didier Lacroix a succédé à René Bouscatel. Y avait-il besoin de renouveau ?

Didier a une énergie folle, va amener un élan. Mais j’ai passé deux ans avec René, qui a été critiqué… Il s’est coupé de nombreux milieux car il voyait le rugby partir dans la mauvaise direction mais il arrive ce qu’il avait prédit depuis dix ou quinze ans. Que le club ait besoin de passer à autre chose, c’est évident car c’était inéluctable. Mais quand j’ai vu des supporters l’insulter à la fin d’un match la saison passée, cela m’a affecté… C’est fou quand on parle du président le plus titré de notre sport.

Vous avez la charge des trois-quarts. Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Les journées sont plus longues (rires). ça va, on ne va pas à la mine. Quand, un lendemain de défaite, on me dit : « ça doit être éprouvant. » Les gars, on est entraîneur de rugby. Je me lève le matin, ne risque pas ma santé, ne vais pas à l’usine, ne fais pas sept ou huit heures de route par jour, ne bosse pas derrière un bar comme mes parents toute leur vie. Bien sûr, c’est parfois dur et ça fait plus de boulot de s’occuper des trois-quarts mais est-il difficile de prendre en mains les mecs de derrière ? Ils sont bourrés de talent, ont envie de jouer. Apparemment, ils n’arrivaient pas à se faire trois passes. On va voir s’ils y arrivent maintenant.

La génération actuelle a-t-elle perdu prise avec la réalité ?

Ce n’est pas une critique de la génération, chacune a apporté son évolution. Mais ce sont les premiers qui rêvent d’être pros depuis l’âge de douze ou treize ans. Avant, ça n’existait pas. Tu le devenais car à dix-huit ans, tu avais des qualités. Aujourd’hui, il est plus important d’avoir des followers, car les contrats commerciaux vont en dépendre, que d’aller dire bonjour à la buvette du club. Cette réalité n’est pas vraie pour tous mais l’immersion est essentielle. On doit retrouver cette proximité. La première chose dite par Didier aux joueurs : « Dimanche, allez au marché. » On a besoin de retrouver l’attachement aux joueurs, d’autant plus qu’avec les qualités et les personnalités au quotidien dont dispose notre groupe, les mecs passeraient à côté de plein de choses.

Interview à retrouver en intégralité dans l'édition du jour.

Jérémy Fadat
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?