Aurélien Rougerie : "cette fois, c'est ma der"

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    Aurélien Rougerie : "cette fois, c'est ma der"
Publié le , mis à jour

Aurélien Rougerie raccrochera définitivement à la fin de la saison. Il s'est confié sur sa longue carrière et sa succession qu'il a pris soin de bien préparer.

À bientôt 37 ans, qu’est-ce qui fait encore courir Aurélien Rougerie ?

Bonne question ! On ne se la pose pas souvent comme ça. La passion, j’imagine. Tant qu’elle est là, tant qu’il y a du plaisir à aller à l’entraînement, c’est sûrement qu’on peut encore continuer.

L’appétit sportif vous tiendrait encore, après une carrière professionnelle longue de 18 ans ?

Il y a toujours des challenges qui vous excitent et ce n’est pas seulement sportif. Il y a cette idée de transmettre à la nouvelle génération qui me plaît. Il y a l’envie de rencontrer d’autres cultures, aussi, qui m’anime. La mixité des profils et des origines est une richesse de notre sport. Pouvoir aller à la rencontre des cultures argentine, géorgienne, fidjienne ou néo-zélandaise, le tout dans un seul et même vestiaire, est une chance inouïe ! Dans ma carrière, j’ai eu la chance de côtoyer de longues années Dato Zirakashvili, qui est un puits de science. Je ne sais pas si sa culture générale est infinie, mais je n’en ai toujours pas trouvé les limites. Je me dis qu’il y a peut-être un autre Dato qui va arriver et qu’il serait dommage de le rater.

Cette saison sera la dernière, c’est une certitude ?

Oui, cette fois, c’est sûr. C’est ma « der ». Il faut savoir s’arrêter et faire de la place aux autres. Je ne vais pas m’accrocher comme une moule au rocher.

Conseilleriez-vous à vos enfants, bientôt adolescents, d’embrasser une carrière de rugbyman professionnel  ?

C’est délicat. Bien sûr qu’on veut toujours leur bien et je sais que le rugby est aujourd’hui un sport traumatisant physiquement. S’ils le souhaitent, je ne leur interdirai pas. On ne peut de toute façon pas les brider, les mettre sous cloche pour les préserver. Ce n’est pas leur rendre service. Que ce soit dans le rugby ou un autre secteur professionnel, ils seront confrontés à des difficultés ou des risques. S’ils choisissaient le rugby, je serais en revanche vigilant aux structures du club, à l’aspect médical et à leur suivi.

Damian Penaud, justement, limite les risques en pratiquant un rugby plutôt basé sur sa vitesse. C’est le sens de la question sur la responsabilité des joueurs et entraîneurs…

Le rugby restera toujours un sport de contact. Vous pouvez y mettre de l’évitement, de la passe, de la vitesse ou tout ce que vous voulez, à la fin, il y aura toujours une dose importante d’opposition physique. Et Damian, comme les autres, ne sera pas épargné par les chocs à la tête, les traumatismes aux articulations et tout le reste. Il faut l’accepter. Et l’encadrer.

Le concernant, est-il vrai que vous êtes allé personnellement conseiller à Franck Azéma de le titulariser à votre place, en demi-finale de Top 14 ?

Je ne vais pas me vanter de ça. Ce n’était que la finalité logique de la saison. Je voyais Damian qui trépignait à l’entraînement. Je voyais que ce gamin était prêt. À la suite de ma carrière, on va me demander au club d’être capable d’avoir un regard extérieur sur les joueurs et les besoins de l’équipe (Rougerie deviendra recruteur de l’ASMCA, N.D.L.R.).

C’est-à-dire ?

Les qualités de Damian sautent aux yeux. Ensuite, par expérience, je sais qu’après une désillusion, il faut du changement. À Édimbourg en finale de Coupe d’Europe, nous n’avons pas existé. Les Saracens nous ont été supérieurs. Il n’empêche que la désillusion a été grande. Pour repartir, il fallait insuffler des changements en une semaine. La solution était toute trouvée. Lancer Damian d’entrée, comme d’autres, était une évidence pour moi. J’ai simplement partagé ce constat avec Franck.

Il se dit que vous avez été dur avec lui, à ses débuts… 

J’ai même été très dur. Je l’assume, je persiste et je signe. J’ai été dur avec Damian (Penaud) comme on l’a été avec moi, à mes débuts en professionnel. Si les anciens ne sont pas là pour recadrer les jeunes, à quoi servent-ils ? J’ai été dur parce que le rugby professionnel est un monde dur. Les faibles n’y ont pas leur place. Je ne lui ai pas fait de cadeau parce qu’il doit comprendre que tout au long de sa carrière, personne ne lui en fera. Un autre viendra après lui qui sera peut-être plus fort, plus jeune et plus talentueux. S’il ne travaille pas deux fois plus, il perdra sa place. Une carrière, c’est cela.

Vous reconnaissez-vous en lui ?

Oui parce qu’il avait ce côté « branleur » que j’avais aussi à mes débuts. Avec du talent supplémentaire, certes, mais il se foutait de tout. Il ne comprenait pas qu’il y avait déjà, dans la balance, ses quinze prochaines années. Surtout, un groupe de rugby, ce sont quarante mecs qui passent leurs journées ensemble. Le moindre du respect des uns envers les autres, c’est d’être à l’heure le matin et de ne pas faire les choses à moitié à l’entraînement. Il n’y avait pas de méchanceté le concernant, j’ai été comme lui. Mais j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il saisisse mieux ses obligations vis-à-vis de ses coéquipiers.

Pour votre dernière saison, l’objectif sera comme toujours « un titre au moins ». Et si vous étiez définitivement poussé hors du groupe pour ce dernier sacre ?

Ça ne m’est encore jamais arrivé en phases finales. La boucle serait bouclée ! Je ne lâcherai rien, on verra comment se dérouleront les dix prochains mois. Mais si ça devait arriver, c’est que les jeunes l’auraient mérité. Et que la transition serait désormais pleinement actée.

Léo Faure
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