Dupont, victime collatérale ?

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    Dupont, victime collatérale ?
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Dupont devait être associé à la charnière à Camille Lopez, lequel aurait pris les tirs au but. Lopez blessé, Dupont pourrait changer de costume.

Antoine Dupont est un joueur extrêmement talentueux, un phénomène physique bien au-delà des frontières du Top 14. À ce titre, autant que celui de son début de saison exceptionnel où il a, en grande partie, relancé un Stade toulousain moribond depuis plusieurs saisons, le jeune demi de mêlée devait débuter les test-matchs de novembre comme titulaire, à la poupe du pack bleu pour affronter les All Blacks. Rien de moins, pour une quatrième sélection et une première titularisation. Ce que le sélectionneur Guy Novès cachait à peine, il y a une semaine dans nos colonnes : « Personne ne passe entre les mailles du filet ! Nous n’avons pas attendu notre dernière réunion pour nous rendre compte des progrès de certains, de l’insuffisance d’autres et de la belle forme de quelques jeunes ». Lesquels, avec premier rang le demi de mêlée toulousain, auront donc leur chance en Bleu cet automne.

Mais il y a un « mais »…

Dupont a tous les attraits du joueur médiatique, qui peut plaire au grand public : il est jeune, Français, marque beaucoup et, plus encore, est extrêmement visible par sa qualité dans les duels. Il n’en reste pas moins un môme de 20 ans, certes doué mais encore extrêmement perfectible. « On commence à le connaître. On sait de quoi il est capable et son pouvoir de nuisance, autour des rucks. Il est surveillé et il parvient malgré tout à récidiver. C’est ce qui impressionne » disait de lui Franck Azéma il y a quelques mois. Avant de tempérer. « Mais il ne faut pas non plus aller trop vite avec lui. Il lui reste du chemin, du travail à effectuer dans le tri des ballons, pour nettoyer son jeu ». Les Anglo-saxons, pragmatiques en diable, ont coutume de rappeler que tout ce qui vient avant un « mais » est « bullshit » (traduisons par « inutile »). On retiendra donc que pour satisfaire aux standards internationaux, sa seule qualité dans les duels, aussi impressionnante soit-elle, ne suffira pas. Ce qu’on avait déjà pu vérifier lors de son entrée en jeu en juin dernier, en Afrique du sud lors du deuxième test-match où la troisième ligne Springbok ne lui avait fait aucun cadeau autour des rucks. « Antoine est jeune et la concurrence doit lui permettre d’élever encore son niveau, mais aussi de permettre aux joueurs autour de lui d’en faire de même. Ce soir, on peut dire que ça n’a pas forcément été le cas » regrettait Ugo Mola. Le « ce soir » renvoyait à la rencontre entre Toulouse et Cardiff, ce vendredi. Son premier match raté sous le maillot toulousain. Attendu et muselé autour des regroupements, Dupont n’a pas su trouver les armes pour sortir les siens du piège gallois.

Sacrifié pour les tirs au but ?

Malgré sa jeunesse et les excès qu’elle impose, Antoine Dupont devait bien tenir la barre du jeu bleu, dans trois semaines. Sauf qu’à 350km de Toulouse le samedi après-midi, un événement l’a indirectement impacté. Victime d’une grave blessure à la jambe gauche (fracture tibia-péroné), Camille Lopez faisait une croix sur les test-matchs de novembre (ainsi que le prochain Tournoi des 6Nations) en même temps qu’il quittait la pelouse sur civière, remerciant une dernière fois le public de Marcel-Michelin. Préservé cet été, le Clermontois devait être l’ouvreur associé à Dupont. Il devait surtout assumer le tir au but. Lopez out, deux solutions : lui trouver un remplaçant à l’ouverture, capable de prendre en charge cette responsabilité. Belleau et Trinh-Duc peuvent le faire, avec moins de garanties que pour le Clermontois. Deux option : « sacrifier » Dupont pour faire débuter Serin qui, lui, a déjà prouvé sa fiabilité dans l’exercice au niveau international.

Léo Faure
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