L’art du contre-pied

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    L’art du contre-pied
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Très franchement, le rugby français nous étonnera toujours. Nous le pensions rangé, comme il se dit des choses et des personnes rattrapées par la norme, la force des habitudes ou le poids des convenances, mais tout s’écrit au quotidien dans la droite lignée d’une tradition française bien ancrée dans l’art du contre-pied, du sursaut d’orgueil et de la rébellion…

Autant de choses qui, disons-le, ont historiquement fait le charme et la grandeur de notre discipline. Qui n’est décidément jamais là où elle est attendue…

Pincez-vous ! On disait le Top 14 privé d’ambitions créatrices, ses dernières journées ont été de vrais feux d’artifice offensifs, tirés à point nommé pour nous faire oublier les meurtrissures de novembre, avec de Bleus ravagés par les absences et le doute… Voilà la France désormais portée par les élans formidables de Clermont et La Rochelle, tous deux éblouissants en Champions Cup le week-end dernier, au point de s’attirer les louanges des observateurs de la scène européenne. Il y aurait de quoi perdre la boussole si, répétons-le, le rugby français ne nous avait pas déjà-hélas-trop souvent (prière de rayer la mention inutile) habitué à de tels épisodes sportifs traversés au rythme des montagnes russes.

Finalement, le plus étonnant provient des coulisses où Bernard Laporte n’a pas tranché le destin de Novès. Dans la lignée du contraire, le président de la FFR donne ainsi tort à ceux qui dessinent à travers lui les contours d’un brillant instinctif peinant à refouler ses pulsions. Raté. « Bernie » s’offre le luxe du temps.

Ses détracteurs prétendent qu’il s’agit d’un stratagème pour avoir le temps d’attirer Jacques Brunel et de reprendre la main sur le sportif, quand bien même la rumeur d’un maintien de Novès pour le prochain Tournoi a filtré du CNR la semaine dernière.

Ses défenseurs, eux, y voient la prise de conscience d’une révolution culturelle à mener, que nous avons souvent appelée de nos vœux. Parce que la relance tricolore ne dépendra jamais du seul sélectionneur ; parce que l’éventuel successeur de Novès sera inévitablement confronté aux mêmes maux ; parce qu’il faudra des mois et des victoires pour que la sélection redevienne le Graal de joueurs qui ont déjà tout à leur portée en Top 14 : l’argent et la gloire…

S’il n’a pas encore sonné la paix des braves avec la Ligue, Laporte s’attache donc à trouver des solutions auprès des clubs et de ce monde pro qui a fait sa gloire. Pour sauver les Bleus, il a surtout remis en scène Serge Simon. Et la danse du contre-pied continue… D’un seul coup, le vice-président si clivant se retrouve au milieu de l’échiquier, à faire le lien avec certains de ses ennemis déclarés. Simon, à propos duquel Laporte confiait récemment en aparté, provocateur et amusé : « Je ne discute pas rugby avec Serge, il n’y comprend rien. » Ce qui n’est bien sûr pas vrai... La boutade ne cache pas la vérité : Simon joue ici le rôle du bouclier présidentiel.

C’est donc lui qui a reçu Novès, Bru et Dubois, mardi après-midi à Marcoussis. C’est lui qui a auditionné une trentaine de joueurs, d’entraîneurs et de présidents des clubs fournisseurs d’internationaux en quête de constats et d’idées. C’est enfin lui qui devra établir la synthèse avant de laisser Laporte annoncer SA décision, lundi prochain… Non, vous ne rêvez pas !

Alors, quoi de neuf Docteur ? Certainement des contre-pieds, comme toujours… Et d’ici là, un nouveau week-end européen complètement dingue avec la revanche annoncée du match France-Angleterre qui opposera Bath à Toulon, les Waps au Stade Rochelais et Clermont aux Saracens. Manquerait plus qu’un nouveau hat-trick pour que nous déboulions vers le Tournoi sans savoir qui croire…

Emmanuel Massicard
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