« En France, on ne travaille pas assez le plaquage »

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    « En France, on ne travaille pas assez le plaquage »
Publié le , mis à jour

David Ellis - Ancien entraîneur de la défense du XV de France

Comment avez-vous analysé, d’un point de vue technique, les images du plaquage qui s’est soldé par un K.-O. d’Ezeala ?

Le plaquage n’est pas bon car Samuel Ezeala a mis sa tête au mauvais endroit. S’il avait mis sa tête bien à droite, il aurait évité un choc frontal avec Vakatawa. Ce genre de plaquage ressemble à un accident de la route, avec une voiture qui se fracasse sur une autre arrêtée. Pour éviter ce genre de situation, il faut que le plaqueur soit actif pour « subir positivement » l’impact, et faire tomber l’adversaire sans mettre sa santé en danger. En fait, il faut adapter son plaquage en fonction de la situation : pour cela, il faut l’analyser rapidement et prendre des informations : qui est le porteur ? Est-il lancé ou non ? Où va-t-il ? Où suis-je ?

Et ensuite ?

Ensuite, le plaqueur va adapter sa cible et son plaquage en fonction de la vitesse de l’adversaire : en clair, plus le porteur est lancé, plus il faut le plaquer bas. Dans le cas contraire, on peut se permettre de plaquer haut un joueur qui n’a que peu de vitesse. Mais si il est lancé, il faut absolument se baisser. Le repère, c’est de faire comme si l’on s’asseyait avant de plaquer. Certes, il va subir l’avancée de son adversaire, mais il ne subira pas le choc. Il doit éloigner sa tête de l’épaule avec laquelle il va plaquer, et engager vers l’avant le pied côté épaule pour s’assurer un bon appui au sol. Cette coordination pied-épaule est très importante.

Faut-il éviter un choc frontal?

Pas forcément, car encore une fois si la position est bonne on est en sécurité. à condition de bien éloigner la tête de l’épaule. Après, il existe toujours la solution du plaquage à la poursuite, mais il faut être sûr de rattraper le porteur. C’est possible face à des joueurs plus lourds ou moins rapides. D’où, une fois encore, l’intérêt de prendre rapidement les informations sur la situation pour adapter le plaquage : qui est le porteur, est-il rapide, ou lancé, comment joue-t-il…

Comment placer ses appuis au sol ?

Comme je l’ai dit, il faut avancer le pied placé du côté de l’épaule qui plaque. Surtout, il faut travailler le plaquage des deux côtés : les joueurs doivent être parfaitement ambidextres. Souvent, j’ai vu des joueurs, même internationaux, qui ne plaquaient qu’avec une épaule. Or, plaquer avec la mauvaise épaule vous oblige à exposer votre tête à un choc, et ce peut être catastrophique.

Que préconisez-vous ?

On ne travaille pas suffisamment la technique de plaquage en France : ni assez, ni assez tôt. Depuis le mois de mai dernier, je ne cesse, avec Didier Retière, de solliciter la Fédération sur ce sujet qui est un vrai problème mais je n’ai jamais eu de réponse. Si l’on ne fait pas rapidement quelque chose, il risque d’y avoir des drames, comme cela s’est déjà produit en Angleterre. L’année dernière, des jeunes joueurs amateurs à XIII sont morts en raison d’une mauvaise technique de plaquage.

À quel niveau faut-il initier ce travail ?

Dès les plus jeunes. Bien sûr, il faut proposer du contenu adapté à leur jeune âge, et proposer un apprentissage progressif. Mais si je prends l’exemple de mon fils, il a commencé à apprendre à plaquer dès 4 ans. Aujourd’hui, il joue à XIII, et il est capable de plaquer partout en fonction de la situation et sans se blesser. Aux chevilles, aux genoux, aux hanches, à la poitrine… La Fédération doit mettre en place des ateliers dans les clubs, et ce dès l’école de rugby. C’est fondamental. On travaille la mêlée et la touche pendant des heures alors qu’il n’y a que huit mêlées et vingt touches dans un match. En comparaison, certaines rencontres peuvent compter jusqu’à plus de 300 plaquages… Or, ce geste n’a pas la place qu’il mérite dans la formation française.

Simon Valzer
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