«Ces garçons ont montré qu’ils ne sont pas si loin que ça»

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    «Ces garçons ont montré qu’ils ne sont pas si loin que ça»
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Jacques BRUNEL - Sélectionneur de la France à l’heure du premier bilan, après quinze jours à la tête des bleus, Brunel fait face à la défaite et aux blessés avant d’aborder le déplacement en Ecosse. il reste confiant..

Quel bilan tirez-vous de vos quinze premiers jours passés à la tête de l’équipe de France, au-delà du simple résultat face à l’Irlande ?

Je pense que l’on a construit des bases qui sont assez solides : sur l’état d’esprit, la façon dont on a vécu pendant dix jours, sur l’implication des joueurs dans toute la construction que l’on a fait... La solidarité vue sur le terrain et l’état d’esprit général sont bons. On a voulu partir sur des bases simples pour ne pas compliquer les choses, ce qui fait que notre palette de jeu ne peut pas être comparable à celle de l’Irlande. C’est une équipe qui fonctionne depuis des années avec quasiment les mêmes joueurs, notamment la charnière qui anime le jeu. Donc, on ne peut pas comparer... Malgré ça, nous n’avons pas été en grande difficulté sur l’ensemble de la partie. Nous n’avons été franchis que deux ou trois fois. De notre côté, nous franchissons quatre fois (les statistiques officielles du match donnent deux franchissements français, N.D.L.R.). Donc, d’après moi, nous avons fait jeu égal. Je ne parle pas en termes de possession car le fonctionnement des Irlandais est bien particulier ; il est difficile de récupérer le ballon. Globalement, nous avons rivalisé tout en les empêchant de développer leur jeu quasiment sur l’ensemble de la partie. 

Vous vouliez laisser le ballon aux Irlandais?

Je peux vous assurer que ce n’était pas notre volonté. Nous ne voulions pas rester dans notre zone de pression trop longtemps et en sortir, oui. Mais nous ne voulions pas leur donner le ballon, car nous savions la faculté des Irlandais à le conserver. Et la difficulté pour leur reprendre... Il fallait que l’on puisse contester chaque ballon après un jeu au pied et tâcher de le récupérer.

Vous avez évoqué le manque de discipline de vos joueurs, pénalisés à dix reprises mais au regard de la possession irlandaise (68%) et du nombre de plaquages réalisés (250), n’est-ce pas finalement une bonne statistique ?

Effectivement, ce n’est pas énorme mais nous avons fait deux ou trois fautes stupides, faciles à éliminer : il n’y avait rien sur ces actions, nous n’étions pas pressés,pas en difficulté... Nous avons pris des pénalités alors qu’il n’y avait aucune situation d’urgence. 

Depuis votre premier contact avec le groupe, les joueurs parlent d’une certaine libération par rapport à ce qu’ils connaissaient jusqu’à maintenant...(Il coupe)

 Je ne veux pas juger de ce qu’il y avait avant. Je ne sais pas, je n’étais pas présent, donc je ne veux pas en parler. J’ai fonctionné comme il me semble bon de fonctionner avec un groupe, qu’il soit ici, à Bordeaux ou en Italie. C’est toujours pareil... J’aime bien partager les choses, et que les joueurs construisent leur fonctionnement, leur stratégie et la gestion d’un match. Ça plaît ou ça ne plaît pas. Je ne sais pas si c’est mieux ou si c’est plus mal, peu importe... L’essentiel, c’est que l’on se retrouve en mesure de battre l’Irlande. Nous ne l’avons pas fait, mais nous étions je crois en mesure de battre l’Irlande. 

Avez-vous ressenti quelque chose de particulier pour votre première au Stade de France à la tête des Bleus ?

Je n’avais pas de pression supplémentaire. Quand on fait partie d’un staff, même en tant qu’adjoint, l’implication est totale, le ressenti est le même. Le frustration et la joie sont les mêmes. Il n’y a pas de différence. Si ce n’est que le sélectionneur doit s’expliquer devant les médias alors que les adjoints n’ont pas à s’en préoccuper. C’était certes un peu particulier mais moi ça n’a pas changé grand chose parce que j’ai eu l’opportunité d’être impliqué dans tellement de matchs internationaux... Ce sont les circonstances qui ont fait que je me suis retrouvé là. Moi, je ne demandais rien. Je n’aspirais à rien et je ne veux battre aucun record. Rien du tout. Bref, je suis là mais il n’y a pas de sentiment particulier. J’y suis, je m’y investi mais je ne ressens pas de pression. 

Même pas la pression de vite retrouver la victoire avec cette nouvelle défaite des Bleus ?

Enlevons cette dernière action. Qu’est-ce que l’on dit ? Est-ce que cette dernière action change le contenu et l’état d’esprit que l’on a vus. Sans cette dernière action, on dit : ça y est l’équipe de France gagne, elle a été généreuse, brillante et tenace... Elle a montré du caractère, c’est bien. Sauf qu’il y a eu cette dernière action avec quarante temps de jeu, ce qui n’arrive jamais, Mais pour moi cela ne change rien au contenu et à l’état d’esprit. Bien sûr que l’on voulait gagner. ça aurait tout changé. Malheureusement, il faut faire sans... On va devoir repartir et se battre pour aller chercher cette victoire tant attendue. 

La cascade de blessure vous affecte-t-elle ?

Je m’attendais à devoir faire des modifications sur le Tournoi mais, franchement, je ne pensais pas que cela puisse arriver aussi rapidement, avec le besoin de changer aussi vite. Là, ça fait beaucoup. Je pensais que l’on pourrait davantage travailler dans la durée et ce n’est pas forcément le cas. 

Comment remonter le moral des troupes avant d’affronter l’Ecosse ?

Le moral, vous savez... On va quand même construire sur du positif, car il y a des choses positives à mes yeux, malgré ce résultat. Il y a toute cette partie livrée avant la 82e minute. La construction, le contenu, l’état d’esprit étaient bons. Les Irlandais, qui sont favoris du Tournoi, ont été contenus, sans être en mesure de marquer un essai, pas une seule fois. On est là quand même... Il y a des belles choses à retenir de cette partie et sur lesquelles nous allons pouvoir construire. Maintenant, j’aurai aimé que l’on puisse continuer au moins pendant deux ou trois matchs avec un groupe de joueurs qui reste identique. La référence à ce niveau, c’est l’Irlande qui arrive en étant troisième nation mondiale et dont on dit qu’elle va gagner le Tournoi. Nous, de notre côté, nous avons six joueurs à zéro sélection qui sont dans l’équipe. à la sortie, je me dis que ces garçons-là ont montré des qualités et qu’ils ne sont pas si loin que ça. Dans le temps, ils vont très vite grandir en étant confrontés au rythme de la compétition. Notre groupe est jeune, c’est intéressant car il se met quasiment à niveau de l’adversaire assez rapidement, presque d’entrée. Je retiens donc ce côté positif de cette rencontre. 

Allez-vous malgré tout procéder à des changements face à l’Ecosse ?

Il y avait huit joueurs qui n’étaient pas sur la feuille. Ils vont, bien sûr, être en concurrence et c’est très bien. Mais la problématique vient des joueurs qui vont devoir être changés et de ceux qui vont arriver (certains étaient en vacances la semaine dernière, N.D.L.R.). J’avais dit que sur les deux premiers matchs je garderaile même groupe pour voir la qualité de chacun, voir si tous allaient pouvoir se mettre à niveau et si tous apporteraient quelque chose à l’équipe...J’attendrai donc le match de l’Ecosse pour dresser un premier bilan humain. Pour autant, il faut que le groupe vive de l’intérieur. Il y aura donc quelques modifications, oui.

Vous n’annoncez votre équipe que tardivement même à vos joueurs. pourquoi ?

Pour que la concurrence perdure et, je le répète, pour que ça vive à l’intérieur. Si l’on fige trop vite l’équipe, il peut y avoir, non pas du découragement mais un peu moins d’investissement. On peut toujours situer une équipe ou sentir, même, ce qu’elle peut donnerà travers les phases de jeu organisées, mais il y en a très peu aujourd’hui. Regardez face à l’Irlande, il y a eu peu de mêlées et de touches. C’est donc plutôt dans le jeu courant qu’il faut montrer ses qualités. Dès lors, nous avons essayé de ne pas mettre trop d’organisation. Et, effectivement, il y a pas une seule équipe potentielle qui se dégage... Nous avons plusieurs possibilités.

Est-ce à dire que nous n’avons pas encore vu le jeu que vous voulez mettre en place ?

L’organisation, vous savez... Face à l’Irlande, il y a eu 44 ou 45 minutes de temps de jeu, dont seulement 4 ou 5 minutes pour les phases de conquêtes : mêlées, touches et renvois. Il y a donc quarante minutes de jeu ouvert. Est-ce qu’il faut passer beaucoup de temps sur les quatre minutes ou sur les quarante ? Moi je pense qu’il faut passer beaucoup de temps sur les quarante... 

Emmanuel Massicard
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