Un village gaulois

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Plouzané - Fédérale 3 Le club Breton s'est hissé à la première place du classement national de la fédérale 3 selon un modèle de développement vertueux.

Le succès à la dernière minute que les joueurs de Plouzané ont obtenu à domicile la semaine dernière aux dépens des Tourangeaux (14-13), a maintenu intacte leur invincibilité - quatorze succès consécutifs - dans leur championnat de Fédérale 3. Il les a aussi maintenus à la première du classement national de la division. Les Bretons l’occupent ex-æquo avec les Franciliens de Courbevoie. Et avec cette deuxième victoire acquise aux dépens des derniers finalistes du championnat - ils avaient surpris les Tourangeaux chez eux au mois d’octobre (14-16) - la possibilité de voir les Finistériens rejoindre les voisins de Rennes et du Rheu à l’étage supérieur a pris encore un peu d’épaisseur. Que cette accession en Fédérale 2 se produise ou pas, la réussite actuelle du club le plus excentré de l’hexagone dans l’univers fédéral, récompense un mode de développement vertueux.

L’artisan Kevin Sparks

Si la présence de Plouzané en Fédérale 3 est une vieille affaire - le club y évoluait déjà en 2000 - sa capacité à s’affirmer en leader de la division est une nouveauté. Elle a été acquise après six ans de travail collectif fourni autour de Kevin Sparks. Mi-Anglais mi-Ecossais, marié à une Française, exilé dans le Sud Ouest, le manager avait rejoint la région en répondant à une annonce des dirigeants de l’époque pour faire bouillir sa marmite. Le club venait de descendre en Honneur, il cherchait un nouveau souffle. Kevin Sparks a construit depuis son arrivée une ascension maîtrisée reposant sur la capacité à profiter d’un paradoxe. La difficulté de ce club de Plouzané situé sur la pointe de la France, est d’être ancrée dans une région totalement déserte de rugby, au milieu d’un océan de clubs de foot. C’est aussi son point fort. « On peut former, dit Sparks. Personne ne vient nous prendre nos joueurs. » Son équipe actuelle est composée pour moitié de jeunes qui ont fréquenté son école de rugby. On compte aussi trente pour cent de joueurs supplémentaires qui sont venus à partir des cadets. Il reste un tout petit pourcentage de joueurs venus de l’extérieur. Dans cette partie de l’effectif, une seule recrue arrivée à l’intersaison, le jeune tongien Palu (21 ans), venu rejoindre son oncle Autoo Fieao, lui-même joueur du club depuis plus de vingt ans. Lui a 45 ans et joue toujours en réserve. Le président Franck Lemeur aussi évolue un peu en réserve - « pour dépanner quand il le faut » - dans ce petit collectif réduit de cinquante seniors. On vit là-bas dans un entre soi indépassable, fabriqué de toutes pièces par une activité soutenue dans les écoles locales. Deux joueurs de la première, l’ouvreur Damien Coulon et Adrien Leroy, le seul de l’équipe qui a joué à Vannes un niveau supérieur à celui de la Fédérale 3, ont été embauchés pour entretenir cette action et alimenter les équipes. « Tout cet équilibre tient à peu de chose », relate Kevin Sparks. « Ça tient sur l’esprit famille que notre organisation développe », estime le président Lemeur, élu en 2016 à la tête de ce club qui est celui qui voyage le plus. Pour venir à Chinon ou à Tours, c’est une aventure de bus, de logis collectif loué pour le samedi soir, avec cuisine pour y faire la tambouille. Les déplacements consomment une part importante du budget pour les seniors, les deux équipes cadettes, et les deux équipes juniors. Quant à la rémunération des joueurs - 40 euros pour un match gagné en première, 25 en réserve, et rien en cas de défaite - elle paye les licences et les troisièmes mi-temps. Premier au national avec ça ? « Il nous a fallu quelques bons rebonds quand même. Ça tient vraiment à peu de chose », répète Kevin Sparks, dans un grand rire.

 

Par Guillaume Cyprien

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