Tirez les premiers

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Crunch. Tout juste soulagés par la victoire face à l’Italie, les Bleus s’attaquent aux anglais, ce samedi. Si Le défi sera immense, il est aussi de nature à faire enfin basculer cette équipe du bon côté de la barrière.Et si les Bleus venaient à l’emporter ? Il y a, finalement, matière à rêver.

Il y a toujours une vaste comédie qui entoure les France - Angleterre. Un théâtre de défiance excessive où les Anglais nous reprochent notre arrogance, quand on les renvoie à leur supériorité dédaigneuse - ce qui, au passage, revient sensiblement au même. Dans le style, Jeremy Guscott peut bien porter le Duffle coat en taille mannequin et s’exprimer dans un Anglais des plus chics, sa bonne éducation vacille soudainement, dès qu’on évoque le France - Angleterre à venir. « L’équipe qui a perdu en écosse aura l’occasion de réparer sa faute et de se faire pardonner aux yeux d’Eddie Jones. Elle devrait d’ailleurs y parvenir sans trop de peine, simplement parce que la France est tellement pauvre… […] Ce travail de réhabilitation ne pourra d’ailleurs pas se suffire d’une victoire en France, mais devra se poursuivre sur les prochains matchs ». Arrogant, vous dites ? Il y a bien sûr de cette tonalité. Mais que Guscott se rassure, quelques-uns de nos glorieux anciens lui rendent cette morgue au centuple.

La sortie de l’ancien pétale de l’attaque anglaise, habituellement si mesuré, en dit long sur la grande mesure des egos qui se joue, à chacun de ces « crunchs ». C’est une farandole de préjugés, une parade de clichés dont on se satisfait finalement : elles donnent tout leur sens aux rivalités plus ou moins saines du sport. Une détestation polie, dans les codes du rugby. Ce qui nous rend donc faussement vindicatifs et vraiment arrogants, lorsque sonne l’heure du Crunch. Ce sera samedi, à 17 h 45. Heure française, bien sûr. C’est déjà une bataille de gagnée.

Les agresser, les harceler et les étouffer

Celles qui suivront seront d’un tout autre bois. Le bilan des forces en présence, si on le rationalise, ne laisse pas grande perspective de victoire pour nos Bleus. Les Anglais sont plus forts devant, plus rapides derrière, pissent plus loin et n’ont aucune raison pragmatique de revivre à Saint-Denis la gifle encaissée il y a deux semaines, à Murrayfield. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On positive, pardi. Et en creusant, on se dit qu’il y a tout de même des raisons d’y croire. Nos chers amis anglais ont beau s’rigoler du nombril dilaté de Bastareaud, il a roulé sur chacun d’entre eux lors des cinq dernières campagnes de Coupe d’Europe. Récemment, Rabah Slimani a martyrisé Mako Vunipola en mêlée fermée, dans les confrontations de clubs et Chris Robshaw est certainement un chouette mec dans la vie, mais il n’a pas la moitié du gaz de Yacouba Camara.

C’est peu ? Oui, bien sûr. De toute façon, ces Bleus ne colleront pas trente points aux fiers gaillards d’Eddie Jones. Mais le coup est jouable, sincèrement, si tant est qu’on veuille bien les agresser, les harceler de coups réguliers, les étouffer de pression, jusqu’à les faire sortir de leur rugby. Ce n’est peut-être pas le plus brillant des scénarios. Et peu importe. Une victoire contre l’Angleterre s’affranchit clairement de cette manière qui était réclamée - en vain - face à l’Italie.

Léo Faure
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