C'est Saint Thomas !

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    C'est Saint Thomas !
Publié le , mis à jour

Irrésistible et d’une facilité déconcertante à éliminer les défenseurs, l’ailier du Racing a prouvé une fois de plus qu’il est la menace numéro un du club francilien. Des performances qui s’expliquent par un travail effectué en amont …

Teddy Thomas est décidément un mec généreux. Vous savez ce qu’il a fait après être arrivé dans l’en-but à la 22e minute et fait passer la ligne de trois-quarts du Munster pour un vulgaire bande de juniors Balandrade ? Il a donné son ballon à son capitaine Maxime Machenaud, en clin d’œil au fait que le demi de mêlée jouait à domicile. « Il nous a fait peur en faisant cette passe dans l’en-but ! s’exclamait son entraîneur Laurent Labit, mais que voulez-vous… C’est Teddy. » Saint Thomas n’avait pas besoin d’inscrire un triplé ce dimanche. Ses statistiques parlaient d’elles-mêmes. à la mi-temps et en seulement cinq courses, l’ex-Biarrot affolait déjà les compteurs : 66 mètres gagnés, trois franchissements nets et six défenseurs envoyés au tapis. Il se passait quelque chose à chaque fois que le Tricolore touchait la balle. L’essai offert à Machenaud en était la parfaite illustration : alors que la défense irlandaise se replaçait sur les extérieurs, Thomas profitait de la seconde de retard pour semer la zizanie dans la ligne d’attaque du Munster. Feinte de passe sur l’extérieur, un de moins. Crochet intérieur, deuxième victime. Et pour finir, raffût autoritaire sur sa troisième victime qui n’était autre que le redoutable numéro 8 de l’Irlande, CJ Stander. Rien que ça. Comme à Saint-Denis avec le XV de France en novembre dernier, Thomas a accéléré et plus personne ne l’a vu. Alors au diable le triplé, ce nouvel exploit personnel méritait bien une offrande au capitaine du Racing qui, bien qu’étonné du geste de son fougueux partenaire, s’empressa de l’aplatir.

O’Mahony : « il nous a quand même surpris »

A l’issue de la rencontre, les adversaires de Thomas ne pouvaient que constater les dégâts, à commencer par le capitaine du Munster, le flanker irlandais Peter O’Mahony : « Teddy nous a sorti une sacrée performance aujourd’hui. Dès qu’on lui laisse un peu de temps ou un peu d’espace, il sait en profiter. Pas besoin de lui dire deux fois de prendre un intervalle… Ce n’est pas un hasard s’il figure parmi les meilleurs ailiers au monde. Nous le savions mais il nous a quand même surpris. »

Avec ces deux nouvelles réalisations, Thomas fait passer son compteur d’essais à neuf unités. Une première dans sa jeune carrière puisque son précédent record se situait à six réalisations. Le joueur des Hauts-de-Seine réalise sa saison aboutie. Ces chiffres voudraient-ils aussi dire qu’en dehors du terrain, Thomas a franchi un autre seuil ? Au vrai, on l’ignore. Mais on veut le croire. Et ses entraîneurs aussi. Dans leur interview exclusive accordée à Midi Olympique, ils voulaient y croire eux aussi, à commencer par Laurent Labit : « Ses épreuves et ses blessures lui ont beaucoup appris. Il est devenu plus sérieux dans son approche de son métier. »

L’heure de la maturité ?

« C’est aussi un joueur qui a un an de plus, tout simplement, reprend Laurent Travers. Il a mûri et réfléchi. Il a travaillé sur lui-même pour prendre conscience de certaines exigences. Mais il a encore besoin d’avancer sur ce point. De poursuivre sa prise de conscience en écoutant les gens qui l’entourent et qui sont bienveillants. » L’entourage. Nous y voilà. Voilà peut-être ce qui a changé chez lui : « Teddy est parfois entouré de personnes malveillantes mais il peut aussi compter sur beaucoup de gens qui ne lui veulent que du bien. Il doit prendre conscience de tout cela. » « On a aussi été aidés par quelques joueurs cadres qui l’entourent, le suivent et ne le lâchent pas, prolonge Labit. Yannick Nyanga et Rémi Tales, notamment. Teddy les écoute et ils sont de bons conseils pour lui. Ils ont joué un rôle très important, sur la partie de sa vie qui est invisible pour nous, managers. Nous ne sommes pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec les joueurs. Quand nous ne sommes pas là, d’autres prennent le relais et font le boulot à notre place. Avec cet entourage de qualité, Teddy a changé. » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la métamorphose est visible. Joe Rokocoko peut en attester : « Je ne suis pas surpris de son match ce soir. Mentalement, il est plus fort qu’avant et cela se voit sur le terrain. Nous l’encourageons tous à donner davantage, à ne pas se satisfaire de ce qu’il fait. Et il nous écoute. Cela se voit. »

L’ailier du XV de France va donc devoir relever un nouveau défi. Celui de la constance, son autre point faible : « Dès que ça allait mieux, Teddy avait tendance à s’égarer de nouveau, expliquait Laurent Labit. Nous sommes plutôt dans l’accompagnement le concernant. On discute beaucoup avec lui. Mais il faut lui dire la vérité, ne pas lui faire de cadeau quand son comportement n’est pas conforme aux attentes, sur ou en dehors du terrain. Teddy a tendance à se relâcher dès qu’il enchaîne quelques bonnes performances. Il faut lui réclamer plus d’intensité dans son travail à l’entraînement et ne pas seulement attendre les matchs. C’est un discours qu’on lui rabâche, un travail de tous les jours. Mais j’ai la sensation que cela prend. J’espère qu’on verra désormais le vrai Teddy Thomas. Et uniquement celui-là. » Celui-là même qui était à Chaban-Delmas dimanche, et qui a aidé son équipe à se hisser à une deuxième finale européenne.

Simon Valzer
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