Qui épaulera Bastareaud ?

Si Bastareaud est assuré de démarrer contre Lyon, qui accompagnera l’international tricolore au centre de l’attaque toulonnaise ? Alain Carbonel, centre légendaire du RCT, nous décrit les forces en présence.

Si le XV « type » du RCT s’est dessiné au gré des formes, des blessures et des arrivées de nouveaux joueurs, une ultime incertitude demeure à cinq jours du barrage contre Lyon : quel joueur accompagnera Mathieu Bastareaud au centre de l’attaque toulonnaise ? Ma’a Nonu (35 ans, 103 sélections) parfois irrégulier en cours de saison, mais toujours irréprochable dans les grands rendez-vous, ou Malakai Fekitoa (26 ans, 24 sélections) arrivé en octobre, exceptionnel dans un premier temps, mais qui a baissé de régime à l’arrivée de l’hiver ? « On peut retourner le problème dans tous les sens : Toulon a trois centres de calibre international, au profil ultra-puissant, qui font peser un danger constant sur les défenses, louait Alain Carbonel, centre à succès du club varois dans les années80-90. Et s’il semble aujourd’hui évident d’affirmer que Mathieu Bastareaud marche sur l’eau et s’est imposé comme indiscutable, le staff doit penser à la complémentarité de son attaque. La capacité du collectif à bien jouer ensemble primera, dans les matchs couperets, sur le talent des individualités. »

Nonu et « Le choix du roi »

Fabien Galthié devra donc choisir s’il préfère démarrer avec Ma’a Nonu, qui paraît moins électrique, mais meilleur « gestionnaire » ou Malakai Fekitoa, plus tranchant et capable d’aller davantage chercher les largeurs, mais globalement moins précis, en attaque comme en défense. En somme : privilégier l’expérience de la paire Nonu-Bastareaud ou l’explosivité et l’aspect plus spectaculaire de la paire Fekitoa-Bastareaud. « Ne nous trompons pas : c’est le choix du roi. Quel entraîneur n’aimerait pas se retrouver face à ce dilemme ? Maintenant, je pense qu’avec le talent qui compose la ligne de trois-quarts toulonnaise, notamment sur le triangle arrière, le collectif a certainement davantage besoin de la maturité de Nonu. D’autant que le jeu proposé est très construit, que les centres doivent suivre des schémas ultra-précis. Il y a peu de place pour l’improvisation, et je pense qu’en ce sens, le côté électron libre de Fekitoa peut jouer en sa défaveur. » Enfin Ma’a Nonu - qui soufflera sa 36e bougie lundi prochain - est d’autant plus précieux au XV de départ varois qu’il est le seul joueur capable de suppléer la charnière pour les sorties de camps.

« Ça peut être un cauchemar pour les Lyonnais »

Par ailleurs, alors qu’il semble déjà accuser un temps de retard sur son compatriote, Malakai Fekitoa est en plus sous le coup d’une suspension. En effet, cité par le commissaire de Pau-Toulon pour un raffut coude en-avant sur Julien Fumat, le centre néo-zélandais passera en commission de discipline mercredi. Le staff varois ne saura ainsi pas s’il pourra compter sur l’ancien des Highlanders jusqu’à… deux jours du barrage (!). « S’il est évident que le collectif est rôdé, et qu’on ne fait qu’apporter des ajustements à ce moment de la saison, le staff doit forcément envisager de perdre Fekitoa face au Lou. Alors bien sûr, quelle qu’elle soit, la paire de centres ne manquera pas de repères… Mais il est plus simple de préparer un plan de jeu avec deux joueurs qui seront au rendez-vous. Puis, en cas de non-suspension, Malakai Fekitoa pourrait en plus se muer en parfait impact player. » Une hypothèse d’autant plus plausible que s’il excelle en deuxième centre, Fekitoa est le seul trois-quart toulonnais capable de dépanner à trois autres postes (11, 12 et 14). « Imaginez, les défenseurs ayant subi les charges de Nonu et Bastareaud, mais également Tuisova et Radradra une heure durant, qui verront entrer Fekitoa… Il est puissant, imprévisible et peut dynamiter n’importe quelle défense. À ce moment, il peut devenir diabolique. Ça peut être un cauchemar pour les Lyonnais. »

Quoi qu’il en soit, le staff annoncera en début de semaine (lundi ou mardi) à l’un des deux champions du monde all black qu’il démarrera sur le banc… tout en croisant les doigts pour que la commission de discipline soit clémente, mercredi.