Arrête-moi si tu peux !

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Publié le , mis à jour

Montpellier, leader du Top 14 durant 21 journées sur 26 possibles, apparaît à l’aube de ces demi-finales du Top 14 comme le favori absolu dans la quête du Brennus. Friable dans certains secteurs, le MHR compense par sa faculté à maîtriser une large palette de jeux. Passage au contrôle technique.

« J’aimerais que Montpellier soit craint », espérait, en plein mois d’août, Louis Picamoles, de retour au sein de son club formateur, huit ans après son départ. Neuf mois plus tard, le troisième ligne centre international peut être satisfait. Le parcours de son équipe inspire le respect mais surtout effraie tous ses concurrents. Jusque-là, le MHR avait été cantonné par Jake White à un jeu basé sur le fameux triptyque conquête-défense-jeu au pied. Un style minimaliste pour un échec retentissant. à peine arrivé dans l’Hérault, le sorcier kiwi Vern Cotter a évidemment souhaité poser sa griffe. « On veut se tourner vers un rugby positif et non vers un rugby qui casse, déclarait-il avant le début de saison. C’est bien de pouvoir mettre de l’allant dans le jeu, avec des joueurs comme Nadolo, Tomane, Nagusa ou Fall. » Et de préciser, comme pour mieux souligner qu’il espérait compter sur une équipe tout-terrain. « Mais, si on ne peut pas, on jouera en glissant le ballon sous le maillot (rires). Ce groupe dense a plein de puissance, on ne va pas l’oublier non plus. »

D’emblée, Montpellier a démontré son appétence pour l’attaque. Au cours des quatre premières journées de la saison, matérialisées par autant de victoires, ce sont les trois points de bonus offensifs, dont l’un contre le RC Toulon, qui ont interpellé. In fine, avec 98 essais, Montpellier est l’équipe qui a été la plus efficace au cours de la saison régulière. Soit 3,7 essais inscrits par match. Un chiffre exempt de toute ambiguïté. En moyenne, les équipes du Top 6 ont encaissé entre trente et trente-cinq points lorsqu’elles sont venues à l’Altrad Stadium.

Paradoxalement, les joueurs de Vern Cotter sont loin de maîtriser totalement leur rugby. Certaines statistiques interrogent. Comment une équipe affichant seulement la quatrième meilleure touche du Top 14 avec 87,2 % de réussite sur ses lancers, la huitième équipe en mêlée (87 % de réussite sur ses introductions) et seulement la cinquième en matière de franchissements (214) a-t-elle pu écraser autant le championnat ? Les statistiques ne sont jamais qu’une vision de ce jeu…

Nadolo : zone faible en défense ?

Toutefois, quelques couacs sont intervenus durant la saison. Par deux fois, les Héraultais se sont inclinés lourdement en déplacement (Bordeaux et Racing 92). Ils ont même été méconnaissables parfois. Ce fut le cas à Paris face au Stade français. Ce jour-là, les Stadistes avaient clairement visé la zone de Nadolo, jugé friable en défense. Bingo. Deux essais marqués en jouant dans cet espace… Globalement, il n’est pas impossible de trouver des failles dans la défense montpelliéraine. Seulement 87 % de plaquages réussis, un chiffre qui place le MHR au septième rang du championnat… Là encore, on ne joue pas au rugby avec des statistiques. Mais quand même…

En revanche, Vern Cotter a probablement réussi son pari. Montpellier est une équipe caméléon. Picamoles et ses partenaires ont une palette de jeux très large. D’abord, à son arrivée l’ancien sélectionneur du XV d’Ecosse a eu l’intelligence de ne pas vouloir faire table rase du passé. Au contraire. La puissance de son équipe, il l’a utilisée à bon escient. La densité physique a été optimisée tout au long de la saison pour continuellement jouer dans l’avancée. Du jeu à zéro ou une passe répété à l’envi jusqu’à écœurer les défenses adverses et ouvrir des espaces sur les extérieurs. Evidemment, avec une charnière Pienaar-Cruden à la baguette, chaque opportunité est exploitée ou presque. Parce que le MHR, par-delà l’épaisse cuirasse de son effectif, possède une animation offensive efficace. Le danger peut venir de partout. Avec toujours un peu de puissance, mais pas sans finesse. Clairement, le jeu montpelliérain apparaît équilibré, basé également sur de l’alternance. La qualité du jeu au pied de François Steyn, d’Aaron Cruden ou encore de Ruan Pienaar n’est plus à démontrer. La précision de ce dernier face aux poteaux, non plus. Avec 80 % de réussite, le MHR sait qu’il peut aussi se reposer sur son buteur pour débloquer une situation.

Que peut-il donc arriver à Montpellier sur ces phases finales ? Les mauvaises langues répondront que jusqu’à présent le club de l’Hérault a souvent affiché un peu de fébrilité à l’instant de jouer les matchs couperets. Les défaites en demi-finale contre Castres (2014) et Toulon (2016) témoignent. Et puis, il y a ceux qui ironisent sur la réussite de Vern Cotter. Pour sûr, avec l’ASM Clermont-Auvergne, le technicien néo-zélandais avait atteint dès sa première année d’exercice la finale de Top 14 en 2007, mais avait été contraint d’attendre 2010 pour décrocher son premier titre…

Arnaud Beurdeley
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