Comment gagner la bataille des airs

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    Comment gagner la bataille des airs
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Les duels aériens furent l’une des clés de la victoire des Leinstermen face au Racing, qui a souvent été mis sous pression par ce biais. L’occasion pour nous de revenir sur les fondamentaux qui permettent de se mettre en position de les gagner. Lesquels sont loin d’être exclusivement individuels.

On peut possèder la meilleure défense du Top 14, et l’une des meilleures d’Europe, et trébucher sur la dernière marche qui mène au sacre continental. On peut possèder l’une des meilleures première ligne du Vieux Continent (et 100 % française, en plus, cocorico), assurer toutes ses mêlées, et ne pas être champion d’Europe. On peut dominer la touche, voler trois lancers adverses, et ne pas être champion d’Europe. On peut compter dans son équipe de redoutables gratteurs tels que Camille Chat, Donnacha Ryan ou Wenceslas Lauret, pourrir toutes les sorties de balles et empêcher l’adversaire de développer son jeu et ne pas être champion d’Europe. On peut compter dans son effectif celui qui figure aujourd’hui dans le top 5 des meilleurs joueurs du monde, le phénomène fidjien Leone Nakarawa, et ne pas être champion d’Europe. Vous l’aurez compris, ce Racing là avait toutes les cartes en main pour priver le Leinster d’un quatrième titre européen. Seulement voilà, les Racingmen ont failli dans un secteur. Les duels aériens. Bien sûr, on exclura la bourde de Teddy Thomas ou le coup de poker du drop de Rémi Tales dans les dernières secondes pour ramener le score à égalité qui, aussi dommageables furent-elles ne sont que des erreurs individuelles. En revanche, sur le plan collectif, les Racingmen ont clairement été dominés sur les duels aériens. Pourquoi collectivement alors qu’il ne s’agit que d’un duel direz-vous... Mais vous allez voir que l’issue de l’un de ces duels réside beaucoup dans sa mise en œuvre collective.

La clé du collectif

Comme nous l’expliquait l’arrière quadruple champion d’Europe Rob Kearney après le match, ce choix tactique s’imposait. Conscients du fait qu’ils allaient laisser trop d’énergie à tenter d’user le rideau défensif francilien, les Irlandais de Dublin ont rapidement opté pour le jeu au pied d’occupation, et bombardé le triangle arrière francilien composé par Louis Dupichot à l’arrière, Marc Andreu et Teddy Thomas aux ailes, lesquels se sont montrés en difficultés sous les chandelles tapées par les Sexton, McGrath ou Kearney. Pourquoi ? Tout d’abord parce que chacune de ces chandelles était savamment préparée, anticipée, et annoncée collectivement. à chaque fois que l’une d’entre elle s’élevait dans le ciel du pays basque, un ailier du Leinster, Larmour ou Nacewa ou l’arrière Kearney sprintaient jusqu’à la zone de retombée. Seulement, ils ne montaient jamais seuls mais accompagnés d’un centre comme Garry Ringrose ou Robbie Henshaw, ce dernier profitant de sa taille conséquente (il culmine à 1,93m) pour s’imposer sous les ballons hauts : « Il est vrai que dans notre système de jeu, il arrive régulièrement que je sois sollicité pour aller à la retombée du ballon, nous confirmait Henshaw à la fin du match, déjà parce que je suis un peu plus grand que les autres, mais aussi de par mon positionnement sur le terrain : comme c’est souvent Jonny (Sexton, N.D.L.R.) qui tape ces chandelles et que je suis juste à côté de lui, il apparaît logique que je monte au point de chute. Et là, le duel commence... »

Grâce à sa taille, Henshaw possède un avantage sur son adversaire. Mais là encore, celle-ci ne fait pas tout. Combien de fois l’on vit des joueurs plus petits tels que Brice Dulin ou Marc Andreu (pour ne citer que ces deux exemples franciliens) coiffer sur le poteau des adversaires nettement plus grands ? Si, cette fois, les Racingmen ont failli, c’est parce que ces chandelles furent admirablement tapées. Comment en reconnaître une ? « C’est simple, c’est quand la trajectoire tombe pile sur toi, et que tu ne peux pas prendre de course d’élan avant de sauter », nous confiait récemment l’ailier castrais Armand Batlle, « Dans ce cas, tu es cloué sur place, tu attends la retombée du ballon alors que tu sais pertinemment que les défenseurs sont en train de monter comme des balles. Forcément, ça handicape. » Les images du Leinster - Racing le confirment. Souvent, les joueurs du triangle arrière n’ont pas été en mesure de prendre l’élan nécessaire, ces fameux derniers appuis qui ressemblent à ceux d’un « sauteur en longueur », comme nous l’explique Rob Kearney ci-dessous pour s’imposer dans les airs. Dans ces conditions, il devient difficile de gagner le combat. Et de priver les maîtres de ce jeu d’occupation d’un quatrième titre européen.

Simon Valzer
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