Les arbitres au grand air

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Publié le , mis à jour

Les arbitres d’élite organisaient leur stage de rentrée à Guzet-Neige pour se mettre au diapason des dernières innovations, et se régaler de décrypter quelques cas d’école.

Le mot et la chose. Assister au stage des arbitres, c’est d’abord découvrir un festival de vocabulaire. Les images décortiquées le sont avec des mots variés, riches, précis, mais rarement savants, complexes ou pédants. Joel Dumé, le « patron » et ses cinq mousquetaires professionnels (Gaüzère, Poite, Raynal, Garcès et Ruiz) manient le langage comme des orfèvres. Les défenseurs de la langue française apprécieront que la complexité des situations du rugby exige cet effort de limpidité. Joël Dumé en est conscient : « Oui c’est important. Le langage doit être simple, mais précis car parfois la frontière est ténue entre les situations de jeu. Mais nous ne sommes pas des techniciens du jeu en fait. Notre langage doit être simple car notre communication doit être abordable. Et puis, une discussion discutable, si elle est présentée sous une forme pédagogique, elle apparaîtra comme du bon sens. » 

Mercredi et jeudi, les arbitres de Top 14 et de Pro D2 étaient en stage à Guzet-Neige, la station de sports d’hiver de l’Ariège. (Henri Nayrou ancien redacteur en chef de Midi Olympique et président du CD de l’Ariège les a invités à manger mardi soir). Ils étaient presque cinquante si l’on compte les préposés à la vidéo, dont deux petits nouveaux (lire ci-contre) et un « promu » en Top 14, Vincent Blasco-Baqué. 

On a d’abord beaucoup réfléchi aux recommandations de World Rugby sur le jeu au sol et les plaquages dangereux avec le souci de la « sanction standard » et des « facteurs aggravants ou atténuants » pour osciller entre les cartons jaunes et rouges. Mais on a aussi beaucoup évité ces dernières mesures si commentées ces dernières semaines : le carton bleu relatif aux commotions et de la multiplications des remplacements. Les deux nouvelles mesures ont été examinées mardi, sans que cela n’apparaisse finalement comme une contrainte. À notre grande surprise d’ailleurs tant on en demande aux arbitres… Comme si le législateur chargeait toujours plus la barque.

Les douze remplacements ? Pas si terrible

Joel Dumé reprend. « Nous ne sommes pas sous pression, ce carton bleu n’est que la matérialisation d’une règle qui existe depuis longtemps. Il est normal que les arbitres soient impliqués. Ce ne sera pas une charge supplémentaire… Mais on veut éviter qu’un joueur victime d’une commotion avérée, qui titube, reste sur le terrain. Après, l’arbitre s’en remettra à l’avis médical. » On s’attendait à des soupirs de lassitude au sujet de la nouvelle règle des remplacements. Douze, a priori, ça fait peur. « Non, en fait c’est la possibilité de faire entrer un remplacement de plus. L’idée que les équipes ne maintiennent pas sur le terrain un jouer blessé. Après, on reste à 23 joueurs sur la feuille de match. Il faut se dire que quatre joueurs sortis tactiquement peuvent revenir en jeu pour suppléer une blessure. Ca n’est pas si terrible au fond. Au contraire, on a l’impression qu’ils le vivent comme une simplification. Car il n’est plus question de la spécificité des postes. »

L’arbitrage français vit un âge d’or avec ses cinq arbitres internationaux. Aucune nation ne peut en dire autant. Sans doute aussi que l’exigence et l’opulence du Top 14 y est pour quelque-chose. Mais il faut aussi mesurer l’exigence des réunions techniques. Si les gueulards planqués dans les tribunes avaient pu suivre la réunion technique de mercredi matin… Des actions décortiquées à l’extrême, toutes fraîches issues de la dernière journée de Pro D2. Un deuxième ligne de Colomiers par exemple, est loin de se douter des débats qu’il a pu susciter sur un déblayage discutable ; un défenseur de Nevers aussi, quand il fit un turn-over contre Biarritz, il ne s’imaginait pas qu’il fournirait un cas d’école aux arbitres, car la percussion des Biarrots était illégale, mais il fit un en-avant en suivant. Que faire ? Revenir à la faute ou siffler son en-avant ? Le cas était Byzantin et les palabres passionnées. 

Le piège de la vidéo

Mais la discussion la plus captivante concerna les conditions de l’appel à la vidéo. On comprit clairement combien ce recours peut se transformer en piège pour les arbitres. Il fut question d’un superbe essai d’une équipe de Pro D2, entâché c’est vrai d’un « écran » illégal, mais très loin du ballon, sans influence sur la conclusion de l’essai et sans influence de la mauvaise défense de l’équipe qui l’a encaissé. « Attention dans ce cas, appeler la vidéo, c’est s’obliger à refuser l’essai. » Le message fut clair, pas la peine d’aller contre l’« esprit du jeu » et la beauté d’un mouvement pour si peu. Toujours le dilemme entre « l’esprit » et la règle. C’est curieux, on le pensait dépassé depuis le passage au professionnalisme et la conversion à une certaine rigueur anglo-sxonne. Mais non, il est toujours là, un peu mieux caché, mais toujours aussi utile. La vidéo aussi a ses ambiguïtés. Parfaite pour traquer les brutalités ou le jeu déloyal, elle doit-être manipulée avec précaution pour les faits dit « techniques ». « Quand on repasse des images, on trouve toujours une faute », glisse malicieusement un arbitre dans l’assistance, en se préparant pour les activités de plein air pour souder la famille : luge, randonnée, VTT dans la quiétude des montagnes, avant de se replonger dans les chaudrons du week end où il faudra parfois affronter des montagnes de… mauvaise-foi. 

Un stage des arbitres, c’est d’abord un acte de contrition pour ceux qui ont la critique facile depuis leur fauteuil.

Jérôme Prévot
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