• Allô la terre !
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Top 14

Allô la terre !

Sur un nuage depuis leur titre de champion de France il y a moins de trois mois, les Tarnais ont prouvé qu'ils avaient les épaules assez solides pour éviter toute décompression et assumer ce statut. Grâce à une émulation entretenue et même relancée.

maginez quand même que le destin, du côté de la Ligue Nationale de Rugby, est si bien fait qu’il avait concocté une rentrée des classes des plus marquantes pour le champion de France castrais. Moins de trois mois après avoir cassé la banque du Stade de France, il était difficile de ne pas le ramener constamment à sa nouvelle dimension en lui offrant un déplacement d’entrée à Montpellier, le même ogre qu’il avait terrassé à Saint-Denis. Pour le coup, impossible d’espérer quelconque discrétion… Non, le CO ne passerait pas inaperçu. De toute façon, ce n’était pas vraiment le thème de l’été. Le club, ses joueurs, son staff, ses supporters ont largement fêté le titre. Et, à l’heure de retrouver le Top 14, le manager Christophe Urios avait prévenu dans la semaine : "On a réussi à être champion, maintenant, il faut assumer. Si on l’est une fois par hasard, c’est qu’on n’est pas des champions." Une manière de vite remettre ses hommes sous pression. Entre l’annonce de son départ à l’issue de la saison en cours et la décompression inhérente à toute retombée émotionnelle (comme chacun a pu le constater avec les différents champions ces dernières saisons), le CO n’était évidemment pas à l’abri d’un brutal retour sur terre. Urios en est conscient : "C’est primordial de retourner au charbon et ce n’est pas toujours facile quand on a gagné, on le sait tous. Lorsqu’on a atteint un objectif qui est important pour soi et pour le club, ce qui guette, c’est la suffisance, le manque d’envie pour faire le travail qui est dur. C’est ça le risque." C’était celui de ce dimanche, qui plus est face à une équipe du MHR forcément revancharde. Surtout, aussi, que l’encadrement tarnais n’avait reconduit que cinq joueurs par rapport à la dernière finale victorieuse. Peut-être pas un hasard d’ailleurs.

Car, si Urios et ses adjoints avaient décidé d’injecter du sang neuf dans leur XV de départ, c’était en grande partie pour relancer toute de suite la concurrence, favoriser une émulation dans toutes les lignes et ainsi éviter que les héros de l’épopée des phases finales ne se sentent trop installés. "On a emmagasiné de l’expérience, et pourtant, on repart de zéro dans le sens où il faut regagner, partir au combat, remettre le bleu de chauffe, accepter de souffrir ensemble, insiste le manager du CO. C’est ça le plus important. Le jeu, les joueurs le connaissent, notre fonctionnement aussi."

Le symbole Spedding

Voilà pourquoi il a choisi de bousculer la hiérarchie établie dès la première journée. Et, en ce sens, les arrivants estivaux lui dont donné raison. Le meilleur exemple ? Il se nomme bien sûr Scott Spedding. L’arrière international, qui sort d’une saison galère à Clermont entre désillusions sportives et usure mentale avec son combat pour l’obtention du statut Jiff, a rejoint le Tarn pour donner un nouveau souffle à sa carrière. Pari déjà réussi. Au GGL Stadium, il était carrément intenable. Auteur du premier essai avant la pause, décisif sur le deuxième avant de s’offrir un doublé et même un sauvetage défensif exceptionnel à la 79e minute ! Ces récents mois, il a répété ne plus vouloir parler de sa lutte devant les différentes instances du rugby français et les institutions pour se concentrer sur le jeu. Et il a joint les actes à la parole. Outre son cas, Martin Laveau, plein d’envie sur chaque intervention, a prouvé qu’il faudrait compter sur lui à l’aile. Comme Taylor Paris, auteur d’une première année fantomatique à Castres mais très en vue ce dimanche. Et que dire alors du jeune troisième ligne Baptiste Delaporte ? Omniprésent face aux "Golgoths" héraultais, il a envoyé un message évident dans un secteur de jeu pourtant bien fourni. Alors, si quelqu’un avait encore un doute sur le danger de gonfler les têtes avant de montrer les muscles au Levezou, ceci derrière l’ivresse du Brennus, les partenaires de Rodrigo Capo Ortega ont apporté une cinglante réponse.

Jérémy Fadat
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