• L’autre aspect du rugby "NZ"
    L’autre aspect du rugby "NZ"
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Compétitions

L’autre aspect du rugby "NZ"

TRIBUNE - À l’aube de la Coupe du monde 2019 au Japon, nous sommes repartis pour une nouvelle saison. J’espère qu’elle va se révéler porteuse d’espoirs pour le XV de France en quête d’un jeu où il s’agit bien de sortir des schémas classiques d’affrontement direct qui ne suffisent plus pour gagner et plaire.

Les résultats, depuis pas mal d’années, imposaient une autre manière de penser le jeu et de réfléchir à comment y accéder. Cela n’a pas été suivi des effets appropriés. Cela vaut logiquement pour les clubs français dans les compétitions nationales et européennes. Sur l’échiquier mondial, la Nouvelle-Zélande va semble-t-il continuer de déployer un rugby qui gagne et enchante. Rien de bien surprenant, son rugby s’enrichit régulièrement. Il s’appuie de plus en plus sur la gestion spontanée du jeu. Celui-ci devient toujours plus imprévisible, puisque ce collectif trouve des réponses aux systèmes défensifs les plus sophistiqués que leur proposent leurs adversaires. Ces derniers sont plus focalisés sur la construction élaborée d’un rugby plus ordonné et programmé. Tous les adversaires des All Blacks savent qu’il ne faut pas leur rendre des ballons. L’Australie, malgré une conservation efficace et beaucoup d’intentions, n’a réussi que rarement à générer des déséquilibres favorables. Ainsi toutes les balles rendues au pied ou récupérées sur turn-overs deviennent source de franchissements possibles. La vitesse d’exploitation du ballon rendant difficile le replacement défensif adverse. C’est dans ce rapport de force global et dans la multitude et la variété des situations rencontrées, là où le jeu développe toute sa complexité, que les Néo-Zélandais excellent ; un jeu qui pour le moment les rend "maîtres du monde".

Pourtant, curieusement, tout ne semble pas parfait dans le rugby néo-zélandais et tout ne fonctionne pas aussi régulièrement que les planètes tournent autour du soleil. Lee Smith, illustre penseur du jeu et technicien de ce pays, m’a récemment fait part de sa réflexion sur les déficiences actuelles du rugby néo-zélandais. La réussite du moment, traduction de la dominance des Blacks derrière la force d’une culture et d’une formation enviée par tous n’est pas aussi flagrante ; entre autres, la carence dans la formation des plus jeunes joueurs (nos écoles de rugby) est surtout assurée par les parents sans réelles compétences ni qualification (il n’y a pas de contraintes fédérales). L’objectif de leur implication, c’est de voir à terme leur enfant réussir une carrière de pro. Au sein des lycées (écoles privées), le système de formation scolaire et rugbystique est exclusivement élitiste. Les meilleurs sont recrutés dans les écoles hors de leur zone et… dans les îles du Pacific.

Le programme rugby est très bien financé mais là aussi est souligné les carences des enseignants-entraîneurs. Une place majeure est donnée au travail physique, ce qui a un impact sur « comment » le jeu est joué. Ces derniers sont plus préoccupés par les résultats de la compétition inter-écoles que par un développement optimal de joueurs "complets" à même de les guider et construire leur avenir vers le meilleur niveau jeunes et vers une carrière professionnel construite. Quand ils quittent l’école, très peu sont recrutés dans les académies de Super Rugby et souvent ils se retrouvent en échec scolaire. Sans ressources et sans contrat, ils cherchent une solution dans les clubs de l’hémisphère Nord prêts à les accueillir avec de meilleures conditions financières. "Il y a plus de joueurs professionnels outre-mer qu’en Nouvelle-Zélande. La NZ en rugby c’est le Brésil du football (LS)." En conséquence, beaucoup abandonnent. Peu intègrent les clubs amateurs où il y a très peu d’équipes jeunes qui sont en outre de faible niveau… Les insulaires rentrent chez eux dans un environnement rugbystique "pauvre" comparativement à ce qu’ils ont connu dans les écoles d’élite. Dans ce cadre, la priorité ce sont les All Blacks, vitrine incontournable, qui bénéficie de tous les avantages sportifs et économiques, les franchises du Super Rugby sont de moindre intérêt pour le système. La compétition provinciale qui était une compétition référence il n’y a pas si longtemps ne passionne aujourd’hui que peu de spectateurs plus enclins à regarder la télévision. Et pourtant, j’aurais tendance à dire que derrière cette remise en cause et dérives alarmistes, le jeu "NZ" gagne avec la manière et le plus souvent aussi avec les équipes jeunes, les féminines et le VII ; ce qui semble valider la fiabilité de la filière de formation des plus jeunes au plus haut niveau. Mieux, le jeu produit dans les diverses compétitions y compris jeunes me semble significatif, en termes d’intentions et de formes du jeu en phase avec le jeu d’excellence recherché et produit par les All Blacks.

Il en coûte quelquefois de trop gagner ! Mais je n’ai pas encore trop d’inquiétudes pour le rugby en "NZ", il n’est pas près de rentrer dans le rang.

Par Pierre Villepreux

 

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