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Edito

Laussucq malgré lui

L'édito d'Emmanuel Massicard... On serait prêt à parier notre chemise que Christophe Laussucq ne pense plus qu’à ça depuis quinze jours. Son obsession ? L’access match. Derrière cette appellation anglicisée pour devenir encore plus pompeuse, se cache le barrage qui décidera de l’avenir du 13e du Top 14 et du finaliste de Pro D2. Cette année, la guerre des mondes aura lieu le week-end du 11 mai 2019 et Laussucq sait bien qu’il pourrait en être, avec Mont-de-Marsan.

Mais la longue quête vers l’élite du coach montois pourrait virer au cauchemar s’il venait à retrouver Agen, lors de ce fameux barrage. Parce que Laussucq quittera Mont-de-Marsan en suivant pour rejoindre le SUA où il remplacera Reggiardo qui lui-même s’est engagé à Castres. L’affaire est pliée. Signée depuis quinze jours. Dès lors, quoi qu’il se passe le 11 mai prochain, l’ancien demi de mêlée n’aura pas tout gagné en cas de confrontation Mont-de-Marsan - Agen… Il pourrait même tout perdre si son équipe -actuelle- venait àl’emporter. Et, donc, à envoyer son -futur- club en D2. Vous suivez ? Tant mieux…

Par-delà l’incroyable situation et les sueurs froides promises à Christophe Laussucq, c’est tout le fonctionnement du marché des transferts qui déraille aujourd’hui avec des clubs qui construisent leurs prochains effectifs alors que la saison vient tout juste de débuter… Pas de place pour le présent, c’est l’avenir qui préside avec ces recrutements comme autant de fuites en avant qui déstabilisent les effectifs, jettent le trouble sur la morale d’une discipline qui a construit une bonne partie de sa réputation sur la fidélité, l’engagement et la cohésion des effectifs. Souvent même sur cet instinct grégaire qui faisait s’accrocher les hommes au clocher de leur village.

Laussucq n’est évidemment pas un cas isolé. Et certainement pas le premier, non plus, à se trouver ainsi chamboulé par un tel dilemme personnel. Il nous semblait d’ailleurs que la Ligue nationale de rugby avait légiféré, ces dernières années, en empêchant les contacts ou signatures prématurés. Un temps, il fut même interdit de communiquer sur le recrutement d’un joueur avant la fin du mois d’avril…

Ce scénario de dupes a vécu mais le problème reste entier. Et, à force de jouer avec les règlements pour toujours mieux les contourner (spécialité typiquement française), les clubs menacent l’équilibre général tout en renforçant leurs propres fondations pour ne pas subir la férocité de la course à l’armement.

À force, encore, de regarder du coin de l’œil le « mercato » (période officielle des transferts en dehors de laquelle les tractations et signatures ne sont pas autorisées) qui simplifie la vie des transferts au football en même temps qu’il offre aux clubs d’importantes ressources économiques, le rugby se complique sacrément la vie. Un jour ou l’autre, il devra pourtant trancher entre philosophie et pragmatisme réglementaire. Ce joyeux bordel peut bien avoir du charme, il n’en reste pas moins un boulet qui deviendra bientôt impossible à porter… Au propre comme au figuré.

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