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Edito

La médaille et son revers

L'édito d'Emmanuel Massicard... Vous l’avez certainement remarqué, la saison vient à peine de débuter et le marché des transferts s’agite déjà frénétiquement depuis quelques semaines. Pour la majorité des clubs, il y a une forme d’urgence dans la préparation de la saison prochaine. La valse des contrats s’est ouverte autour des entraîneurs, elle a vite emporté les joueurs.

La semaine dernière, dans ces colonnes, nous vous dévoilions le désir d’ailleurs de Rémi Lamerat, proche de quitter Clermont pour Bordeaux ; l’affaire est actée. Si les internationaux sont toujours recherchés, la nouvelle mode ira à la jeunesse. Par la force des Jiff et la magie du titre remporté par les Bleuets en juin dernier, les champions du monde des moins de 20 ans sont très largement courtisés. On parle de Laporte (Agen), Carbonel (Toulon) ou de Woki (Bordeaux) pour ne citer qu’eux. La cote de ces gamins a flambé même si, pour certains, le montant des indemnités de formation à régler pour les enrôler risque de donner des sueurs froides aux présidents-recruteurs.

Ces sommes, parfois dignes du salaire annuel d’un international, peuvent représenter une manne précieuse pour les clubs formateurs, qui pourront ainsi valoriser leur savoir-faire en termes de détection et de formation. Si la tendance se confirme, les clubs ne regarderont plus leur école de rugby avec la même défiance et il faut s’en féliciter, à un moment de notre histoire où les difficultés sportives du XV de France se conjuguent avec une situation économique préoccupante.

Mais, comme souvent en rugby, la médaille a son revers. Le nouvel élan imprimé autour de cette carte jeune devenue notre atout majeur pour l’avenir est menacé par le recrutement de stars étrangères, qui ne manqueront pas de débarquer après le Mondial. En premier lieu, les Néo-Zélandais qui auront dépassé l’âge limite de conservation sous le maillot All Black après la Coupe du monde japonaise, en septembre prochain.

Les surfeurs d’argent se nomment Read, Whitelock, Dagg, Ben Smith, Sonny Bill Williams, Crotty, Moody, Franks, Tuipulotu, Savea, Coles, Harris, Squire -et même Beauden Barrett qui, malgré son jeune âge, est annoncé en Europe… Soit près d’une vingtaine de joueurs qui seraient titulaires dans n’importe quelle formation du Top 14 et qui, malgré leur amour du maillot à la fougère, ne manqueront pas de trouver tous les charmes du monde aux championnats français et anglais qui sont les grands argentiers du rugby mondial.

Dès le mois de juin dans ces colonnes, Steve Tew (directeur exécutif de la fédération néo-zélandaise) tirait la sonnette d’alarme face à l’exode annoncé, qui mettra inévitablement en difficulté les All Blacks, certes, mais surtout nos clubs. Depuis son bureau de Marcoussis, Bernard Laporte pourrait emprunter les patins du dirigeant néo-zélandais sans que cela nous gêne.

Le président de la FFR aurait d’ailleurs tout intérêt à monter au front pour défendre un XV de France en panne de résultats et en déficit de joueurs susceptibles de rivaliser avec les meilleurs, à l’échelle internationale. L’exemple du poste de troisième ligne centre est à ce titre édifiant : on compte les candidats sur les doigts d’une seule main et l’on se dit que Jordan Joseph, du haut de ses 18 ans, pourrait vite dépasser le statut d’espoir pour endosser le maillot tricolore. 

Parce que tous les clubs ne décrocheront pas leur Bleuet, certains ne manqueront pas de se tourner vers les Boks, les Pumas, les Wallabies ou les Blacks pour compter de nouvelles têtes d’affiche. Ils y dénicheront un bonheur éphémère qui risque bien d’obstruer l’horizon de ces jeunes aux allures de messies. Ce serait un caillou supplémentaire dans la chaussure d’un XV de France armé avec les moyens du bord par Top 14 qui, on l’a vu ce week-end encore, peine sacrément à changer de braquet au moment de répondre aux standards internationaux.

Emmanuel Massicard
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