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Compétitions

À contre-courant

C’est l’histoire d’un club qui s’est perdu en chemin. L’UBB, longtemps, était la belle aventure du rugby français. Un projet de jeu enthousiasmant, frais et offensif.

Une adhésion populaire exponentielle jusqu’à l’exceptionnel, avec les affluences moyennes au stade les plus élevées au monde, pendant plusieurs saisons. Un club formateur, équilibré, travailleur, humble et ouvert. Et un parcours sportif ascendant, de l’accession surprise au Top 14 (2011) jusqu’à la Coupe d’Europe, la vraie, la grande, en quatre ans seulement.

Une certaine classe présidentielle, aussi. Laurent Marti, longtemps, a incarné un rugby de mesure, au milieu des bagarres de récréation qui animent les réunions de présidents. À Bordeaux, on parlait de construction. On s’évitait la polémique inutile autant qu’on apaisait les plus légitimes. Quel autre président, d’ailleurs, a eu l’élégance ces dernières années d’éconduire officieusement un entraîneur en difficulté sportive (Raphaël Ibanez) tout en le laissant officiellement en poste, pour lui éviter la gêne d’un licenciement public ? Aucun, sans doute, dans ce rugby où tout va plus vite, sans ménager les hommes. Laurent Marti était cela. Et puis ? Tout semble aujourd’hui s’effriter, depuis plus d’un an.

Les contes de fées ont une fin. À Bordeaux, c’est l’incapacité à sauter dans le wagon des phases finales, pourtant si souvent touché du doigt, qui a fini par générer une impatience grandissante. Jusqu’à devenir vénéneuse. Et d’imposer une révolution de fond, presque épidermique. En même temps qu’elle libérait Jacques Brunel pour le XV de France, l’UBB entamait une mue soudainement moins sympathique. En commençant par se couper de ses historiques, qui faisaient son identité.

Il y a les joueurs, bien sûr. Si beaucoup ne sont finalement que de passage dans les structures professionnelles, la porte de sortie indiquée à Hugh Chalmers, Ole Avei ou Julien Rey, tous fidèles au club depuis le Pro D2, interrogeait déjà franchement. Il y a les entraîneurs, aussi, dont l’UBB a accéléré la consommation ces dernières années, de Marc Delpoux à Raphaël Ibanez en passant par Vincent Etcheto, Tom Palmer et Emile Ntamack.

Mais plus que tout, c’est le départ de Ludovic Loustau qui a rempli la coupe. Préparateur physique du club pendant neuf saisons, dont deux saisons en Pro D2, il en était un fidèle parmi les fidèles. Un travailleur de l’ombre, réputé et respecté dans son domaine qui plus est, bien au-delà des murs du seul club girondin. Lassé comme d’autres avant lui, Loustau est finalement parti faire le bonheur d’un autre. Et l’UBB, à l’arrêt sportivement, n’a jamais autant donné la sensation d’avancer à contre-courant de son histoire.

Léo Faure
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