Un neuf en cache un autre

Sébastien Bezy - Demi de mêlée de Toulouse. Si l’attention s’est portée sur le retour d’Antoine Dupont, son concurrent au poste, encore précieux samedi soir, a réussi un excellent début de saison. Gage de richesse et d’émulation pour la suite.

Au vu des conditions climatiques et de la pluie battante qui se déchaînait sur Ernest-Wallon, lesquelles ne favorisaient pas le spectacle, il a fallu trouver des attractions. La première fut évidente, avec l’entrée en jeu d’Antoine Dupont à la 60e minute après huit mois d’absence. "Je n’attendais que ça, avoue-t-il. J’ai fait ces vingt minutes et maintenant, il me tarde déjà le week-end prochain. Parfois, on se plaint qu’il y a trop de matchs mais, quand on revient de blessure, on aimerait jouer tous les trois jours (sourires)." Surtout, malgré la carence de repères, il a déjà offert quelques éclairs qui sont sa marque de fabrique. Ce que souligne Ugo Mola : "Son entrée est à l’image de ce qu’il nous avait laissé entrevoir la saison passée. Même s’il y a du boulot, de la spontanéité à retrouver, de la confiance aussi. Au moins, il s’est testé." Un retour qui était au centre des attentions ces derniers jours. Durant la semaine, le même Mola, après avoir annoncé sa présence dans le groupe pour la réception d’Agen, avait été interrogé sur le sujet et n’avait pas raté l’occasion de glisser un message : "Antoine manque logiquement de rythme. On espère compter sur lui dans les semaines à venir mais, au poste de numéro 9, je suis content de pouvoir actuellement compter sur un Sébastien Bezy à ce niveau."

Une façon, déjà, de préparer la suite et de garantir une cohabitation productive entre les deux hommes. Une manière, aussi, de faire comprendre que le talent de Dupont ne suffira pas à la sensation du début de saison passée pour récupérer d’office sa place dans la hiérarchie. Ceci parce que Bezy est effectivement en grande forme. Étincelant contre Castres malgré la défaite, il a encore été l’un des meilleurs Toulousains samedi soir, récompensé par son troisième essai de l’exercice. Dans un environnement peu propice à la mise en place du jeu stadiste, il a su parfaitement alterner, occuper ou dynamiser. "Il a fait une heure excellente dans ses choix, ses réalisations et il n’est encore pas loin de « breaker » sur pas grand-chose", apprécie Mola.

Sa prestation s’inscrit dans la lignée des précédentes. Chacun s’accorde d’ailleurs à dire que Bezy est de retour au rang qui était le sien avant le Tournoi des 6 Nations 2016, quand Guy Novès en avait fait le numéro un chez les Bleus.

Des profils complémentaires

Le joueur avait ensuite traversé une longue période de doutes, entre disparition des radars internationaux ou le douloureux épisode de sa transformation ratée contrée en face des poteaux à Brive. "J’ai rapidement compris que les choses vont très vite dans un sens mais aussi dans l’autre, nous confiait-il voilà quelques temps. J’ai appris à ne plus me prendre la tête, à avancer." Même quand le recrutement de Dupont, il y a un an, l’avait écarté du XV de départ toulousain. "Il a vécu un moment difficile et a travaillé pour revenir, explique son coéquipier François Cros. Cela n’a pas été facile pour lui car tout le monde lui est peu tombé dessus. Mais je crois qu’au fond, l’arrivée d’Antoine lui a fait du bien. Au début, il a eu peu de temps de jeu face à cette concurrence, donc il a rongé son frein. Mais malheureusement pour Antoine, lui s’est blessé et cela a permis à Seb de beaucoup jouer, ce qui l’a fait enchaîner les matchs. On sent qu’il clairement a gagné de la confiance et, sur le début de saison, personne n’a rien à lui reprocher." Impression confirmée par l’intéressé, qui apparaît de plus en plus mature dans son jeu : "C’est plus simple quand on joue davantage. Mais même avec le retour d’Antoine, je vais essayer de continuer à être performant et à aider l’équipe." Car, désormais, Toulouse devra composer avec le binôme. "Il faudra que le staff gère bien le retour d’Antoine et les bons matchs de Seb mais, si c’est le cas, cela ne peut qu’être positif pour nous, prévient Cros. C’est une richesse d’avoir deux numéros neuf de cette qualité." Qui plus est quand leurs profils sont si complémentaires : Bezy en éjecteur et accélérateur de jeu et Dupont, dans un registre plus athlétique, en danger permanent autour des rucks. Mola s’en réjouit : "On va chercher à les opposer mais c’est tellement bénéfique d’avoir deux garçons de ce calibre. Surtout qu’avec leurs différences, ils ne se marchent pas sur les pieds dans leur rugby. On aura besoin des deux tout au long de la saison."