Un succès de « monte-en-l’air »

Paris - Les Parisiens ont joué le match parfait sous la pluie avec une profusion de chandelles et de contests aériens gagnés. Mais sans une mêlée royale, ça n’aurait pas été possible.

À quel moment avons-nous compris que le Stade français réussirait son coup ? Dès la mi-temps sans doute. Jules Plisson venait de passer la pénalité du 9-0. On sentit bien que le CO, tout champion de France qu’il est, aurait du mal à combler ce déficit sous la pluie. Mais, à se repasser le film de ce match forcément fermé, une image revint à la surface : la première ou la deuxième mêlée du match. Le Stade français venait de subir devant sa ligne sans encaisser d’essai. De retour vers ses 40 mètres, son cinq de devant emporta son vis-à-vis pour parfaire cette impression de soulagement. Paul Alo-Emile, ce pilier droit australo-samoan méconnu avait clairement pris le meilleur sur Antoine Tichit… Il parut clair que cette supériorité collective allait peser sur le destin du match. La sortie à la pause du "gaucher" sud-africain Heinke Van der Merwe, aurait pu remettre ça en cause, mais non. Le Néo-Zélandais Siegfried Fisi’ihoi se mit tout de suite au diapason. Ces trois piliers sudistes ont obtenu directement cinq pénalités en faveur des Parisiens. Leur empreinte sur ce nouveau succès à l’extérieur fut donc énorme. "Oui, nos piliers ont fait un grand match", souffla Paul Gabrillagues… Remarquons aussi que Paul Alo-Emile a fait les 80 minutes puisque Heyneke Meyer n’a pas fait entrer son remplaçant, le Géorgien Giorgi Melikidze. C’est dire si l’ancien joueur des Melbourne Rebels a fait une partie… renversante.

Plisson contre nature

Reste que sous une pluie presque discontinue, il ne fallait pas se tromper dans l’utilisation des ballons. C’est là que Jules Plisson a joué sa carte maîtresse, celle des chandelles et de l’occupation, contre nature évidemment. Il l’a expliqué avec une franchise assez rafraîchissante : "Si je me suis éclaté, cet après-midi ? Franchement, non !" rétorqua-t-il à la première question. "Quand on joue ouvreur, on préfère faire des passes et de créer. Mais les conditions réclamaient de jouer comme je l’ai fait. L’an passé dans des conditions un peu similaires, nous étions venus ici pour faire du jeu de partout et on s’était pris quarante points."

Visiblement, le demi d’ouverture international savait ce qu’il avait à faire en entrant sur le terrain. Le staff l’avait bien mis au parfum quand il se confirma que l’averse se prolongerait : "Je ne sais pas si c’était un bon match, mais ça ressemblait au match parfait à l’extérieur dans des conditions compliquées. Nous étions forts en conquête et en plus, nous avons gagné les contests en l’air. Si dans un match fermé, riche en coups de pied, on s’impose dans les airs, en général on a pas mal de chances de gagner."

L’éclair de Delbouis

Les Parisiens se sont régalés sous les chandelles, ce fut une évidence. Ils ont même marqué un essai comme ça, après un "up and under" à gauche, récupérée magistralement et exploitée grand champ vers la droite : "Je n’ai pas fait beaucoup de passes, elles se comptent sur les doigts d’une main, mais ce qui est bien c’est que nous avons marqué sur le seul ballon que nous avons joué." Ce n’est pas le plus mince exploit des Parisiens, ils ont gratifié le public d’un essai déployé : passe de Plisson pour Hamdaoui dans la ligne et crochet (aux dépens de Tichit et de Ebersohn) puis percée de Julien Delbouis, ce jeune centre de 19 ans, qui n’avait encore été titularisé en Top 14. Heyneke Meyer n’a pas été économe d’éloges à son sujet : "Il est très fort dans sa tête, il croit en lui." Delbouis aurait pu se laisser griser par ce franchissement. Mais il leva la tête pour servir Arias d’un coup de pied rasant, ce fut l’éclair offensif d’un après-midi dédié au rugby de tranchée. C’était rare, donc c’était encore plus beau…