• « En Champions Cup, je ne crois pas aux équipes surprises »
    « En Champions Cup, je ne crois pas aux équipes surprises »
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Champions Cup

« En Champions Cup, je ne crois pas aux équipes surprises »

Absent cette année de la « grande » Coupe d’Europe avec CLermont, Franck Azéma en connaît pourtant l’exigence et toutes les subtilités. L'entraîneur de l'ASM décrypte ici les forces en présence.

Peut-on expliquer rationnellement l’absence de club français sacré, depuis trois ans ?

Il y a plusieurs facteurs. Le premier, c’est l’accumulation de nos compétitions : Top 14, Champions Cup voire équipe de France, ce sont deux à trois combats à mener de front. C’est beaucoup et c’est usant. Pour qu’un club français aille au bout, il lui faut un maximum de réussite sur son parcours. Notamment en ce qui concerne les blessures.

N’est-ce pas pareil pour les Anglais et les Celtes ?

Une province comme le Leinster n’a pas les mêmes contraintes. Déjà, ils n’ont presque pas le souci de se qualifier pour la saison suivante. Ils savent, avant même de débuter, qu’ils en seront. Ça leur permet de gérer en championnat. Ensuite, le titre national a moins de valeur à leurs yeux. Ils mettent tout leur focus sur la Coupe d’Europe.

Et les Anglais ?

Leur modèle se rapproche plus du nôtre. Avec un constat finalement assez similaire, exception faite des Saracens. Les concernant, il y a un effectif d’immense qualité, un jeu en place depuis plusieurs saisons qui justifie leur statut.

On constate, aussi, un investissement inégal des clubs français en Coupe d’Europe…

Oui, il y a une question d’envie. Tous les clubs ne la partagent pas. Les équipes françaises n’ont pris goût à la Coupe d’Europe que récemment.

Comprenez-vous ces clubs français ?

Là encore, il faut considérer plusieurs facteurs. Déjà, cela montre la force du Bouclier de Brennus. Toutes les équipes françaises ont été nourries de cette quête du Graal, c’est notre culture. La Coupe d’Europe n’a pas toujours autant de résonance qu’à l’étranger. Même si je trouve que cela évolue, avec une plus grande médiatisation. Mais c’est encore inégal. Ensuite, il faut considérer les profondeurs d’effectif. À Clermont, nous avions fait depuis longtemps le choix de nous investir à fond dans la Coupe d’Europe. Mais il faut aussi être honnête, j’avais à ma disposition l’effectif nécessaire. Quand ce n’est pas le cas, je peux comprendre qu’il faille faire des choix. La Champions Cup, c’est usant à mener de front avec un Top 14 toujours plus dense. Il faut avoir la capacité de le faire. Donc avoir dans ses rangs suffisamment de joueurs de haut niveau.

Vos joueurs étaient-ils vraiment plus mâchés les lendemains d’un match de Champions Cup ?

Oui, clairement. Et ce n’est pas qu’une usure physique, liée aux impacts. Il y a une vitesse et des temps de jeu supérieurs. Mais il y a surtout l’usure nerveuse. La Champions Cup impose une immense discipline. Il faut être propre et précis dans tout ce que vous entreprenez. Sinon, vous n’existez pas. Cette exigence, cette précision demandent une concentration hors norme. Nerveusement, c’est très coûteux.

Vous parlez du rythme des matchs et des temps de jeu, supérieurs en Coupe d’Europe. Mais ils le sont aussi en Ligue celte et en Premiership anglaise, par rapport au Top 14. Par répercussion, cela les prépare-t-il mieux aux joutes européennes ?

Oui, bien sûr. Notamment pour les Celtes, c’est une construction logique. Ils veulent bien préparer leurs joueurs pour l’équipe nationale. C’est leur finalité. Ils ont donc besoin que ces joueurs fassent bonne figure en Coupe d’Europe, la compétition dont le niveau se rapproche le plus de l’international. En championnat, ils ont donc adapté leur arbitrage et la philosophie de jeu de leurs provinces, pour se préparer au mieux. Ce n’est pas toujours notre cas.

Faut-il le regretter ?

Peut-être, même si je trouve que les choses évoluent bien en Top 14. Depuis plusieurs saisons, on voit émerger des philosophies de jeu plus positives. Mais il faut du temps pour aboutir. Surtout, il faut que tout le monde s’investisse en ce sens: les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et les dirigeants.

Malgré ces handicaps, quel club français voyez-vous le mieux placé pour détrôner le Leinster ?

S’il passe entre les gouttes en termes de blessures et qu’il dispose de tout son effectif au bon moment, le Racing 92 me semble prêt. Il a acquis l’expérience nécessaire dans cette compétition. Toulouse, à l’inverse, aura de la fraîcheur à proposer. Cela peut être un atout. Mais pour aller au bout, il faut l’expérience de ces grands rendez-vous. Le renouveau imposé à son effectif depuis plusieurs saisons peut être un facteur limitant.

Et les autres ?

Il faut aussi suivre Montpellier et Toulon, dont les parcours semblent plus ouverts. Ils ont de gros effectifs et des joueurs expérimentés. Mais encore une fois, le paramètre principal, c’est l’état des troupes aux moments décisifs. En Champions Cup, les blessures de joueurs majeurs pèsent énormément dans la balance.

Chez les étrangers, le Leinster et les Saracens sont les favoris. Quelle autre équipe vous impressionne ?

Exeter. Sans hésitation. Ils sont sur un projet de fond, pensé sur la durée. Une philosophie et une identité de club très fortes. Leur rugby est costaud, construit. Pour moi, ils sont des prétendants légitimes au titre.

Qui d’autre ?

Difficile à dire… Globalement, en Champions Cup, je ne crois pas au « one-shot », aux équipes surprises et que personne n’avait vues venir. Dans les trois championnats domestiques, ça peut arriver. Mais la Coupe d’Europe me semble trop exigeante. Il faut un projet construit, un effectif très conséquent, une grande expérience. Un champion d’Europe est presque toujours un habitué des phases finales, avec une équipe programmée pour aller au bout. Généralement, la logique est respectée et le meilleur l’emporte.

Léo Faure
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