• Trop, c'est pas trop
    Trop, c'est pas trop
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Top 14

Trop, c'est pas trop

Malgré dix-huit absents pour ce déplacement à Pau, les Stadistes sont parvenus à réduire la voilure pour s’imposer. Preuve de la flamme qui anime actuellement le groupe.

L’aveu teinté d’ironie est signé Ugo Mola après la rencontre : « L’effectif répond présent, comme au temps où les moins de 20 ans n’étaient pas nés. » Double référence subtile. D’abord de cette époque où le club le plus titré de France survolait le championnat à tel point que les doublons semblaient une simple formalité pour des seconds rôles qui ne l’auraient été nulle part ailleurs. Ensuite à cette génération dorée et symbolisée par Guillaume Marchand, Romain Ntamack, Lucas Tauzin et Matthis Lebel, sacrés champions du monde avec les Bleuets en juin dernier et alignés sur la feuille samedi. Grâce à ce succès acquis avec une équipe très largement remaniée, les Rouge et Noir ont même eu l’honneur de squatter la place de leader du Top 14, le temps d’une nuit, avant le rendez-vous dominical de Clermont. Rien d’anecdotique, même si Mola en sourit : « Il faut prendre la photo et l’encadrer. » Puis de reprendre son sérieux : « Cela nourrit l’ambition. Leader, le Stade toulousain l’a longtemps été. Ce n’est donc pas forcément quelque chose d’incroyable, si ce n’est au vu des conditions dans lesquelles on a joué depuis un mois et demi avec nos trois mecs suspendus, nos neuf internationaux, nos blessés. Les jeunes et ceux qui ont évolué à Pau ont perpétué ce qui fait notre culture et notre identité. » Car des garçons du calibre de Baille, Pointud, Marchand, Ghiraldini, Gray, Kaino, Dupont, Bezy, Fouyssac, Médard, Huget ou Kolbe étaient tout de même absents. 

Un groupe assez exceptionnel

Malgré un manque évident d’expérience pour certains ou de statut pour d’autres, qui étaient réduits au rang de doublures en début de saison, ce Toulouse-là est en pleine confiance. Et le relais des Castets, Madaule, Axtens, Pagès, Guitoune, Bonneval et consorts s’avère extrêmement efficace. « Quand la dernière mêlée, qui nous permet de l’emporter, se dispute avec Rodrigue Neti, Guillaume Marchand qui n’a même pas 20 ans et Maks Van Dyk à qui on a trouvé tous les défauts du monde il n’y a pas si longtemps, c’est génial, clame Mola. Quand on voit un fond du terrain qui jouait en espoirs il y a encore peu, un Romain Ntamack qui prend la main au poste d’ouvreur avec succès à l’heure de jeu, aux côtés d’un Pierre Pagès qui évoluait en Fédérale 1 l’an dernier… » Et d’ajouter astucieusement : « Il paraît que les absents ont toujours tort. En interne, dans la vie du groupe et du club, cela fait du bien de voir ce plaisir au quotidien, aux entraînements, avec notamment des joueurs qui ont peu de temps de jeu au haut niveau. Cela nous conforte dans l’idée d’avoir un groupe assez exceptionnel. À nous de faire les bons choix. » Ceci dès la semaine prochaine, avec le retour des internationaux. « Cela permettra de ménager les organismes des uns et des autres, se réjouit Mola. Sur les deux mois à venir, on a le Stade français, Toulon, Clermont, les Wasps, Bath et Leinster au programme. Je serai peut-être moins positif dans quelques temps mais nous nous sommes offerts le droit d’exister sur les deux tableaux. » Surtout que son effectif n’a pas uniquement grandi dans sa composition. Mais aussi dans sa maîtrise collective et sa gestion globale. 

Savoir gagner un peu vilain

Au Hameau, les Stadistes sont loin d’avoir rendu leur meilleure copie. Cette formation, si enthousiaste et séduisante d’ordinaire, a su resserrer le jeu pour assurer les quatre points. En clair, elle s’est adaptée au contexte, notamment en se consommant très peu dans les rucks. « On ne va pas claironner, explique le technicien. Contre un adversaire qui est dans le doute, la confiance nous a permis de l’emporter. Grâce à une bonne alternance entre le jeu autour et au large, on a réussi à contenir Pau. C’est une des formations qui, sur le plan de la redistribution offensive, pose le plus de problèmes aux défenses. Nous avons réussi à aller les chercher haut, à les empêcher de produire leur rugby. J’ai en tête quelques images défensives remarquables. À la mi-temps, je sentais que nous n’étions pas dans la rencontre de manière totale. J’ai dit : « Tant pis si, parfois, il faut gagner un peu vilain. » C’est ce qu’on a fait. Mais on doit retenir que ce groupe, même jeune alors qu’il a morflé il y a peu de temps, est capable de faire un résultat sur le terrain d’une équipe en besoin de victoire. Même si, sur la manière, on aura du boulot ce lundi lors de l’analyse. »

Jérémy Fadat
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