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Edito

Qualité France

L'édito d'Emmanuel Massicard... Bernard Garcia, notre ancien photographe parti à la retraite l’été dernier, manie l’humour avec une bonne dose d’autodérision et, plus encore, de potacherie. De Maso à Ondarts en passant par Oueadrogo, Parra ou monsieur x, on ne compte plus les joueurs devenus les personnages principaux de blagues improbables, pas toujours drôles mais finalement comiques à force de répétition.

Rien de tel pour briser la glace avant une interview, l’ennui d’une conférence de presse à Marcoussis, la monotonie de l’autoroute ou le sérieux d’un bouclage quand les rotos s’activent et que les pages du "Jaune" restent à finaliser. "Le journal sortira toujours. " T’as raison, Bernard… Ce Garcia, si peu espagnol mais que l’on surnomme pourtant le "Gnol" aime donc les blagues, la table, le bon vin, les bagnoles, son laguiole et, plus généralement, les produits du terroir. "Qualité France, coco." Son slogan de campagne est devenu un cri de ralliement dans la rédaction.

Le credo de Bernard : nos producteurs ont du talent. Pardi ! Entre deux clichés, il y ajoute volontiers les entraîneurs qu’il a tant pratiqués sur le bord des terrains. On ne saurait lui donner tort, même si on a tendance à regretter la mutation d’une profession qui fait désormais la part belle aux managers plus qu’aux techniciens, aux gestionnaires davantage qu’aux créateurs. Rien d’étonnant, c’est la mode. Le rugby n’échappe pas à la société qui l’entoure. Ces dernières années, il a d’ailleurs tout fait pour gommer ses aspérités, particularismes régionaux et autres "richesses" culturelles devenues anachroniques sous le grand chapiteau du professionnalisme. En creux, la tendance est à dessiner un rugby formaté, lisse, mondialisé. Tout s’est accéléré avec le recrutement de techniciens (le plus souvent anglo-saxons, parfois argentins) à l’aura inégalée qui ont fait le miel de quelques présidents ambitieux et pressés. Les coachs d’ailleurs sont-ils plus forts que ceux d’ici ? Pas sûr, du tout.

Certains sont surcotés ? On le jurerait au regard de leurs bilans sportifs et plus encore humains. Mais qu’importe, beaucoup surfent sur la légitimité des grands titres remportés par leurs compatriotes. Ces titres qui manquent tant au rugby français, creusent son déficit de confiance et renforcent la défiance à l’égard des techniciens du cru. Bernard a pourtant raison, ils ne sont pas mauvais nos entraîneurs, même si l’équipe de France met sacrément à mal leur réputation. Il n’y a qu’à lire le palmarès de Novès ! Sans parler de Laporte, Skrela, Villepreux, Lagisquet, Bru ou même Galthié…

Et il suffit de regarder jouer les Clermont (Azéma), Racing (Travers/Labit), Toulouse (Mola/Sonnes), Lyon (Mignoni) ou La Rochelle qu’a brillamment relancé Xavier Garbajosa pour savoir que le concept de "Qualité France" a encore de l’avenir si on leur accorde un tant soit peu de crédit. À Bordeaux, Laurent Marti ne s’y est pas trompé en recrutant Christophe Urios. Dans sa quête de titres pour l’UBB, en plus de l’autorité et du charisme, il a ainsi choisi de renouer un lien fort avec le terroir qui l’entoure, avec l’histoire aussi. À Toulon, Mourad Boudjellal ne cherche pas autre chose depuis qu’il a enrôlé Patrice Colazzo l’été dernier. Puissent-ils avoir du temps pour toucher au but… Puissent-ils, tous les autres, avoir toujours plus de confiance, accordée par les présidents et leurs joueurs, pour donner raison à Bernard. On peut même parier qu’un jour ou l’autre l’équipe de France en sortira elle aussi grandie.

Emmanuel Massicard
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