Chroniques de l'ordinaire

Ainsi va le rugby français. Loin de la sinistrose bleue enfin dernière nous et pour quelques mois, il aurait pu discuter toute la semaine de l’alléchant Racing-Toulouse qui se profile, du superbe La Rochelle-Toulouse de dimanche dernier ou du Lyon-Toulon de très bonne tenue qui l’avaient précédé. 

Il aurait pu étendre ses joies sur la passe au contact de Félix Lambey, la première victoire de l’Usap en terre catalane ou les neuf essais inscrits entre le Racing 92 et Bordeaux-Bègles sur la moquette de Nanterre. Ce sont finalement des polémiques souvent graveleuses, parfois indignes mais toujours portées par des acteurs loin du terrain qui ont rythmé sa semaine. Ainsi va le rugby français.
 
À Agen, bien sûr. Où, la semaine dernière, M. Raynal n’a certainement pas livré la plus belle prestation de sa carrière d’arbitre, international tout de même, ce qui éloigne les préjugés vite dits de « pipasse ». Cela méritait-il un tel allant pour se vautrer dans la fange ? Non. Insultés à leur sortie du terrain, insultés dans les couloirs d’Armandie, insultés à leur arrivée à la réception officielle d’après-match, Raynal et ses assistants ont quitté les lieux sans plus attendre. Triste spectacle qu’on aurait aimé circonscrit à la seule enceinte sportive. Elle a pourtant ruisselé loin, trop loin : jusqu’au sein des murs de la mairie agenaise, préfecture du Lot-et-Garonne.
 
Qu’un maire aime sa ville et sa vitrine sportive, tant mieux. Et bravo. Qu’il s’oblige à parler d’arbitrage « partisan », qu’il juge Mathieu Raynal inapte à se regarder dans un miroir, qu’il lui réclame des excuses officielles nous interroge, pour le moins. Une question, toute bête, à M. Jean Dionis, le maire en question : après de tels propos, comment les éducateurs sportifs de votre ville expliqueront demain, aux mômes qui viennent encore au rugby, que l’arbitre a toujours raison ? Merci pour eux. Merci surtout à Mauricio Reggiardo, qui aura eu la décence de défendre Mathieu Raynal au milieu de ces turpitudes. Le rugby, c’est toujours mieux quand ce sont ses acteurs qui en parlent.
 
Mais que les Agenais se rassurent, ce n’est pas mieux ailleurs. À Grenoble, où le club en difficultés sportives reçoit des courriers de ses « supporters » le sommant d’aller « tous se faire enc… ». Au Pays basque, où les communiqués de Bayonne répondent aux communiqués de Biarritz, arbitrés par des communiqués de la LNR. L’enjeu ? Il est immense et dénonce à juste titre tous ces chants homophobes qui fleurissent dans les stades. Ce n’est pas marginal ou anecdotique : c’est honteux. Ainsi va le rugby français.
 
Au milieu de tout cela, on a vu passer un drôle de truc, cette semaine : l’ancien talonneur du Stade français et entraîneur d’Agen Mathieu Blin lance un appel de fonds pour financer un projet de documentaire sous forme de réflexions sur le rugby, intitulé « à quoi on joue ? » Et voilà que surgit, soudain, le fond du problème : aussi sérieux, passionné et passionnant soit-il, le rugby n’est finalement qu’un jeu. Attention à ne pas trop l’oublier.