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XV de France

Bernard Laporte, président de la FFR, en échecs

Sélectionneur retoqué vendredi par le référendum auprès des clubs amateurs sur la question d’un sélectionneur étranger, un sujet qu’il portait personnellement, Bernard Laporte doit revoir ses plans et abandonner la piste menant à Warren Gatland. l Marasme Cette fin de non-recevoir est un nouvel échec pour un président qui les accumule, depuis plusieurs mois. Avec une cote de popularité qui s’effrite, Laporte est déjà en difficulté. La campagne qui se profile s’annonce plus que jamais incertaine.

À la tombée des résultats, jeudi soir, Bernard Laporte a dû se demander quelle mouche l’avait piqué le jour où, en interview, il s’était avancé à promettre un référendum dans le cas où il mandaterait un sélectionneur étranger à la tête du XV de France. « Un référendum, c’est une excitation nationale où on met tout dans le pot. On pose une question, les gens s’en posent d’autres et viennent voter en fonction de raisons qui n’ont plus rien à voir avec la question » disait, à ce propos, Michel Rocard. En l’occurrence, les clubs amateurs du rugby français ont-ils seulement voté sur la question du sélectionneur étranger ou, entre les lignes, ont-ils utilisé ce temps démocratique pour faire montre de leur défiance vis-à-vis du président de la FFR ? Poser la question, c’est y répondre. Et ce référendum, sur un sujet porté et défendu par Laporte, sonne pour lui comme une défaite politique majeure.

Les raisons et motivations du vote, à court terme, importent finalement peu. La porte est désormais fermée et Laporte, qui s’était engagé dans des discussions déjà avancées avec Warren Gatland pour le faire venir au 1er janvier 2020, doit faire marche arrière. Qui serait le prochain sélectionneur du XV de France ? Il est désormais trop tôt pour le dire, Bernard Laporte n’ayant plus de cible privilégiée dans le viseur. Il devrait d’ailleurs, pour faire son choix, avoir désormais recours à une commission pour une décision collégiale.

Menaces sur les finances

Ce revers des urnes est venu ponctuer une période négative pour Bernard Laporte. En début de semaine, il avait vu Guy Novès remporter la bataille des prud’hommes contre la FFR. L’ancien sélectionneur a obtenu gain de cause sur le cœur du dossier, la rupture abusive de son contrat. Plus d’un million d’euros à la clé.

Avant cela, la FFRavait enregistré fin mars le retrait avec effet immédiat de BMW, partenaire depuis 2013, de son engagement aux côtés du XV de France. Un manque à gagner de 4 millions d’euros par an et que la FFR pensait compenser par le retour de Renault, partenaire historique des Bleus. Nouveau contretemps : empêtré dans les affaires de son ancien P.-D.G. Carlos Ghosn au Japon, la marque au losange tarde à finaliser son engagement. Si BMWa assuré une ligne financière à la FFRpour 2019, la venue de Renault est obligatoire à compter du premier janvier 2020. Sous peine de générer un nouveau trou dans le budget de la FFR, déjà déficitaire de 7,35 millions d’euros sur l’exercice 2017-2018.

Les galères du chantier bleu

Côté sportif, le bilan de l’actuel président fédéral n’est guère plus reluisant. Sa vitrine, le XV de France, est en miettes. Les licenciements de Guy Novès et ses adjoints (Yannick Bru et Jeff Dubois), que Laporte avait actés en décembre 2017, n’ont fait qu’empirer l’affaire. En plus de la perte financière (estimée à 2 millions d’euros) pour rompre les contrats, elle a généré une cassure que l’arrivée de Jacques Brunel n’a en rien cicatrisé. Seulement deux victoires dans le premier Tournoi des 6 Nations (2018), aucune en juin pour la tournée en Nouvelle-Zélande et un revers historique face aux Fidji, au Stade de France en novembre. La première année du mandat de Brunel à la tête des Bleus fut catastrophique. « Cette équipe de France va faire de grandes choses en 2019 », avait pourtant lancé, fin novembre 2018, un Bernard Laporte toujours en confiance. La suite n’a rien dit de tout cela. Indigents tout au long d’un Tournoi 2019 dont on retiendra pour seule satisfaction la première période face au pays de Galles, les Bleus ont sombré.

La force de ses convictions

Désormais lucide face à cette froide réalité, Laporte s’est finalement décidé à modifier l’actuel staff du XV de France. Mais le dossier, là aussi, traîne. Laporte a pourtant besoin d’actes forts, symboliques et rapides pour relancer un mandat qui s’enlise.

Est-il en danger dans l’optique d’une prochaine réélection, en décembre 2020 ? À instant T, oui, clairement. D’autant qu’une opposition se structure actuellement, autour de Jean-Claude Skrela, Florian Grill, Fabien Pelous, Jean-Marc Lhermet, Olivier Magne, Serge Blanco et en attendant Guy Novès.

Dans ce marasme, Bernard Laporte conserve pour lui un élément déterminant : un instinct de survie qui n’a que peu d’égal, une force de conviction et d’action que ses adversaires peuvent lui envier. Très vite, Laporte repartira en campagne, sur le terrain. Là où il excelle. Là où, en 2016, il avait comblé son retard sur le camp Camou pour l’emporter largement, dès le premier tour des élections. Là, sur le terrain, où il a également arraché « au mental » l’organisation de la Coupe du monde 2023, superbe augure pour le rugby français. C’est jusqu’ici, son succès majeur pour contrebalancer des difficultés nombreuses.

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