• Jordan Larmour a été l’un des Irlandais les plus dangereux.
    Jordan Larmour a été l’un des Irlandais les plus dangereux. Icon Sport / Icon Sport
Publié le / Modifié le
Champions Cup

Pris au collet

Les Irlandais ont manqué le coche autour de la pause. Ils ont fini piégés après un match pourtant superbe.

C’est un éternel plaisir que de refaire les matchs quand on les a perdus. Les joueurs du Leinster ont peut-être payé cher de ne pas avoir joué cyniquement avec le chronomètre. À la 40e minute, le demi de mêlée Luke McGrath aurait pu envoyer directement le ballon en touche pour assurer le 10-3 à la pause. 10-0 même à la 38e minute, avant ce très gros plaquage de Kruis sur Sexton et cette pénalité pour les Saracens, 10-3. Oui, McGrath aurait pu expédier le ballon dans les tribunes, il se sentit obligé de taper par-dessus pour une offrande à Billy Vunipola passage par le sol rapide et Kearney traîne : enchaînement fatal. Retour dans les 22 mètres irlandais et essai hyperdécisif de Maitland. 10-10, personne n’aime revenir au vestiaire dans un tel contexte. « C’est clair, nous avons fait des erreurs en termes de possession de balle » reconnut sobrement James Ryan, le deuxième ligne qui n’en finit pas de monter. Évidemment, ce genre de rapport de cause à effet est toujours sujet à caution. Les Dublinois se sentaient forts après un parcours magnifique et un premier acte d’une beauté poignante. Kearney avait trouvé l’une des rares ouvertures en finesse, sur un petit crochet intérieur. Un entrechat presque d’un autre temps qui généra toute une dynamique vers l’essai de Furlong. Le Leinster semblait alors si fort… « Oui, tout le monde va parler de ces moments de part et d’autre de la mi-temps : un problème de gestion avant, et des occasions loupées après quand nous avons stationné dans leurs 22 entre la 40e et la 50e. Après, nous savions combien c’est dur de bouger les Saracens quand ils prennent le score, nous savons combien ils savent étouffer leurs adversaires. Les gens ne se rendent pas compte de la pression défensive qu’ils sont capables d’exercer » analysait Leo Cullen.

Des Irlandais impuissants


L’entraîneur irlandais enchaîna sur une déclaration un rien complexée : « Vous avez vu leurs gabarits. Quand on s’est retrouvé à côté d’eux dans le tunnel, on a pris conscience de leur force. Nous n’avions pas le même type de joueurs. Et en plus, leurs remplaçants leur ont beaucoup apporté. Ce fut un autre facteur décisif. » Après la démonstration des Irlandais en demie contre Toulouse, on ne pensait pas entendre ce genre de constat dans la bouche de leur coach. « Que voulez-vous que je vous dise ? Aujourd’hui, c’était le niveau d’un match international. À partir d’un certain moment, nous avons commencé à reculer, de cinquante centimètres en cinquante centimètres… » avançait Jonny Sexton, dépité sans être abattu.
Il y avait de la tristesse à voir ces Irlandais confinés dans leurs trente mètres, à buter comme des mouches sur une vitre dans les cinq ou six dernières minutes. Le collectif huilé des tours précédents était grippé. Ils ressemblaient à des lapins pris au collet. Une agonie symbolique qui nous fit souffrir. Ce fut le seul moment où cette finale sembla jouée d’avance. Elle méritait encore mieux.