• Laurent Marti (président de l'Union Bordeaux-Bègles)
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Top 14

Marti : « Ce club ne peut plus reposer que sur mes épaules »

Le patron du club girondien a accepté de dresser un bilan sur la saison qui vient de s’achever. Il explique aussi comment il voit l’avenir d’un club qui a besoin de nouveaux soutiens. Voici l'entretien dans sa version complète après celui paru dans la version papier de Midi Olympique.

Quel premier bilan faites-vous de cette saison ?

Laurent Marti : Oui, elle fut très décevante avec une fin très douloureuse. Mais il y a quelque chose de logique avec tous les dysfonctionnements que nous avons vécus. Mais je rappelle que nous avons passé quatorze journées sur 26 dans le Top 6, mais je savais que cette position était très fragile et qu'à la première défaite à domicile, ça se gâterait. C'est ce qui s'est passé.

Mais le 81-12 subi à La Rochelle, ça fait vraiment tâche, non ?

L.M. : Je l'avais vu venir. Ceci dit, nous avions ce jour-là une équipe assez remaniée et notre première mi-temps fut plutôt bonne. Mais le moment le plus dur reste la défaite à domicile contre Toulouse après avoir compté 31 points d'avance. Dans les minutes qui ont suivi, j'ai vraiment eu du mal à entrer sur la pelouse pour dire au-revoir aux partants comme c'est la tradition. Je pense que ce fut le moment le plus dur que j'ai vécu depuis que j'ai pris la présidence.

Quand vous parlez de dysfonctionnements, faites-vous allusion aux changements d'entraîneurs ?

L.M. : Oui, oui et c'est de ma faute. Le rôle du président, c'est de choisir un staff qui apporte de la stabilité et pour des raisons diverses et variées, nous avons connu pas mal de changements. Tout a commencé avec le départ de Jacques Brunel pour le XV de France et tout s'est enchaîné.

La saison a été marquée par le limogeage de Rory Teague en novembre. Il avait une personnalité forte. Elle aurait pu passer, elle n'est pas passée avec les joueurs, n'est ce pas ?

L.M. : Je voudrais rétablir une vérité. La raison de l'arrêt de la collaboration avec Rory Teague ne vient pas du fait que je trouvais qu'il était trop dur avec les joueurs. Au contraire, je l'avais choisi pour qu'il remette ce club sur le chemin du travail et de la rigueur. S'il est parti, c'est pour d'autres raisons sur lesquelles je ne veux pas m'étendre.

Mais après ce départ, l'équipe réussit une bonne série en gagnant à Castres et à Perpignan. Vous intégrez alors le Top 6. Ce n'était pas si mal....

L.M. : Le tournant, c'est notre match à Pau le 5 janvier (défaite 40 à 26). Nous avions fait un bon début de match, puis nous prenons un carton rouge sévère (Gorgadze, NDLR), il y a eu plusieurs erreurs d'arbitrage dans ce match. Mais ça fait partie d'une saison. Après cette rencontre, nous avons perdu le fil.

Quand on revoit les résultats de l'UBB cette saison, on se rend compte que l'équipe a vécu beaucoup de lourdes défaites à l'extérieur. On a coutume de dire que cette équipe n'a pas de mental.

L.M. : Ce n'est pas faux, mais tout ça, ça se construit avec nouveau staff d'expérience. Vous savez le staff qui a fini la saison, je ne lui ai rien demandé. Il n'était sûrement pas prêt.

Est ce que le départ de Baptiste Serin est un tournant dans l'histoire du club ?

L.M. : Non. Chaque club peut perdre un bon joueur. J'ai compris le choix de Baptiste. Il avait envie d'aller voir ailleurs après dix ans au club. Il n' y a aucune embrouille et aucun problème entre nous.

Il n'a pas semblé dans son assiette en fin de saison...

L.M. : Comme tout le monde, le contexte n'était pas favorable. Je ne suis pas inquiet pour son avenir.

Sur la fin, on a eu le sentiment qu'il y avait un hiatus entre le jeu plutôt restrictif prôné par le staff et le rugby que voulaient pratiquer les joueurs

L.M. : Joe Worsley a fait ce qu'il a pu....

Au fait, Pierre Austruy aussi est parti. Vous l'aviez recruté comme directeur de la performance...

L.M. : Oui, mais je ne préfère pas en parler.

Si l'on parle de l'effectif et du recrutement de 2018. On peut estimer que hors blessure, Radradra a ps mal apporté, mais qu'on attendait mieux du All Black Seta Tamanivalu...

L.M. : C'est vrai, il est rare que les « Sudistes » donnent leur meilleur rendement dès la première année. Je le reconnais. Si vous voulez parler d'effectif, j'ajoute que nous avons perdu nos deux capitaines, Jefferson Poirot et Jandre Marais, absents pour une bonne partie de la saison. Ce n'est pas neutre.

Vous avez aussi libéré deux bons joueurs en cours de saison : l'Australien Luke Jones et le Néo-Zélandais Luke Braid. Avec le recul n'était ce pas une erreur  ? Ils auraient pu apporter lors de la dernière ligne droite.

L.M. : Oui, mais Luke Jones avait de mauvaises relations avec Rory Teague. C'était une chose difficile à gérer, c'est vrai. Jandre Marais aussi pensait à partir. Le cas de Luke Braid était plus personnel, il voulait revenir au pays.

Vous avez annoncé que le club terminait la saison avec un déficit non négligeable...

L.M. : Attention : tout le monde dit, l'UBB a des problèmes financiers. Il ne faut pas le voir comme ça. Ce déficit était prévu. Il était sous contrôle. Ce déficit, il est assumé. Il faut savoir d'où il vient. Simplement, après des années de Top 14 sans aucun souci financier, j'ai pris une décision en 2018. Dans un Top 14, qu'on pourrait appeler le CAC 14 tellement il devient riche, j'ai pris la décision d'investir dans la masse salariale pour ne pas rater le train. Dans le même temps, il y a eu moins de public, il n'y a plus eu la Champions Cup. Je savais qu'il aurait fallu une saison miraculeuse sur le plan sportif pour équilibrer nos comptes. Mais je le savais. Ce déficit correspond à un investissement que j'ai fait, le genre d'investissement qu'on doit faire à un moment donné dans nos clubs pour franchir un pallier. Depuis deux ans, j'estimais qu'on avait perdu en qualité et qu'il fallait reconstituer un club de qualité. J'ajoute que notre partenariat est en augmentation.

Mais ce déficit, il vous contraint à ouvrir le capital. Êtes-vous sur la défensive ?

L.M. : Non, ce déficit n’a rien à voir avec les questions d’actionnariat. Même si nous avions été en excédent, j’aurais pris la décision d’ouvrir le capital. Je ne peux pas lutter avec les présidents propriétaires qui ont plus de moyens que moi où les clubs adossés à de grandes entreprises comme Castres ou Clermont. Nous devons faire partie des clubs à actionnariat multiple, comme il en existe tant : La Rochelle, Pau, Toulouse… Même Toulon s’est diversifié. Je n’ai pas les moyens d’être un président-propriétaire, l’enjeu est trop important pour moi. Nous avons quand même le meilleur public de France, une formation magnifique, deuxième meilleur centre de formation du Top 14, un beau stade, un club de partenaires qui cartonne. Il n’y a qu’un truc qui cloche. Ce club ne peut plus reposer sur mes épaules.

En 2015, vous aviez tenté une expérience avec Louis-Vincent Gave…

L.M. : Oui, mais il a voulu vivre son aventure au BO. Il ne pouvait pas être dans deux clubs. Mais je ne fais pas un appel via les médias, j’ai fait un dossier. J’ai commencé à rencontrer des gens.

On imagine déjà quelques poids lourds girondins comme Fayat, Magrez…

L.M. : Non, je ne crois pas. Je vois plutôt un ancrage au local avec une pluralité de petits actionnaires.

On a l’impression qu’à Bordeaux, on est content de vous avoir, mais on ne vous aide pas beaucoup…
L.M. : Je n’aime pas trop en parler parce qu’on va dire, Marti, il se cherche des excuses. Quand je vois tout ce que je donne depuis douze ans, j’ai envie de répondre : Marti il se bat avec ses moyens, il perd beaucoup d’argent mais l’UBB avait encore la neuvième ou dixième masse salariale du Top 14. Mais c’est si difficile, on a beaucoup de petits et moyens sponsors mais on manque encore de gros partenaires par rapport aux autres, nous n’en avons que deux Arkea et UBB grand Crus. Nous avons moins de soutien des collectivités locales que les autres.

Le nouveau maire de Bordeaux, Nicolas Florian, est réputé proche du club, non ?

L.M. : C’est vrai, mais je me suis aperçu qu’en termes de moyenne des subventions des collectivités, nous sommes en dessous des autres. Si on compte, la mairie, le département, le département et la région, nous sommes derniers avec Castres.

Un mot sur Christophe Urios…

L.M. : Il aura un staff qu’il s’est choisi, c’est important. Quand il est arrivé, le recrutement était très avancé, il ne lui restait que deux postes à pourvoir. Il a pris Higginbotham et Flanquart ; À le côtoyer au quotidien, je comprends pourquoi Christophe a réussi partout. Il est rigoureux, travailleur, et on sent qu’il veut être en empathie avec les gens avec qui il travaille. Il est chaleureux et sur le plan du rugby, c’est un sacré technicien. Même s’il ne se vend pas comme ça.

Ce week end, les demi-finales du Top 14 ont lieu à Bordeaux. N' êtes vous pas jaloux de voir vos voisins rochelais dans le dernier carré ?

L.M. : Mais pas du tout. Ça me fait marrer cette idée. Vincent Merling est président depuis 28 ans, son club brille vraiment depuis deux ans. Vincent a eu des moments difficiles, il est descendu, il est remonté. Il a connu des hauts et des bas. Nous à l'UBB, nous avons été en Top 14 et même en Coupe d'Europe alors que La Rochelle était en Pro D2. Puis ce club est revenu dans l'Elite. Non seulement je ne suis pas jaloux, mais J'apprécie la réussite de ce club car il fonctionne sur un modèle qui me plaît. Et je me dis que Les Rochelais traversent une bonne période tant mieux pour eux et que peut-être dans deux ou trois ans, c'est nous qui vivrons ce genre de période.

Sur le plan de votre action de la LNR. Avez vous traité de dossiers importants ?

L.M. : La saison a été calme apr rapport aux précédentes. Mais je suis très fier de faire partie de ceux qui se battent pour le Salary cap pour la non-démarche des joueurs à qui il reste plus d'un an de contrat. Le Salary Cap est un dossier qui me tient à couer. Si on ne s'en occupe pas, on va tuer notre sport. A mon avis, il n'y a plus qu'un club qui triche allègrement. On sait tous qui c'est. A mon avis, il va tomber un jour ou l'autre.

Le budget de l'UBB va-t-il augmenter ?

L.M. : A vrai dire, la notion de budget ne veut pas dire grand-chose. Certains clubs ont monté des holdings pour traiter leurs boutiques, leur restauration et leur marketing à part. Donc le budget rugby qu'ils affichent est très bas. D'autres au contraire, intègrent dans leurs comptes une activité immobilière qui leur est propre, c'est le cas de Lyon. Mais le budget qu'ils affichent va être démesuré. Ce qui compte c'est la masse salariale. La niotre va augmenter de quatre pour cent.

On se souvient de vos propos dans les années 2015-2016-2017. Vous aviez identifié un Top 14 qui obligeait à pratiquer un certain type de jeu, plutôt restrictif. Est ce toujours d'actualité ?

L.M. : Non, ça s'est amélioré. C'est vrai qu'à l'époque, l'UBB attaquait beaucoup mais n'était pas payé en retour. Les équipes qui fermaient le jeu étaient récompensées. Il y a trois ans noamment, le Top 14 fut très tristounet. Mais nous avons vécu un Top 14 plus aéré,plus offensif. C'est à mon avis grâce à des techniciens français qui ont fait un travail de qualité, c'est aussi peut-être dû à une formation de plus en plus performante qui a su se remettre en question.

Pile au moment où l'UBB changeait de style en fait ...

L.M. : Et bien oui. On peut le dire. C'est assez frustrant, mais c'est vrai. L'UBB en a eu ras le bol et a voulu resserrer le jeu, et c'est alors que tout s'est ouvert.

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