• Les Parisiens de Jules Plisson ont repris le chemin de l’entraînement lundi. Photo stade. fr
    Les Parisiens de Jules Plisson ont repris le chemin de l’entraînement lundi. Photo stade. fr
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Stade français : seul contre tous ?

Ces derniers temps, il ne se passe pas une semaine sans que le Stade français ne fasse parler de lui, le plus souvent en mal. Qu’en est-il réellement ? Pour le savoir, on a donné la parole aux supposés grands méchants loups de la capitale…

En quelques mois, des têtes sont tombées au Stade français. Ces dernières semaines, celles de Sergio Parisse, Djibril Camara et Ramiro Herrera ont d’ailleurs rejoint les bobines encore fumantes de Julien Dupuy, Robert Mohr ou d’autres encore (O’Connor, Cittadini, Martial…), qui avaient chu lors d’une intersaison 2018 déjà fort sanglante. Sur les réseaux sociaux, où l’on se complaît globalement à hurler avec les loups, la colère a flambé. Des anciens joueurs (Thomas Lombard, Pierre Rabadan…) sont montés au front, des supporters ont tiré à boulets rouges sur la nouvelle gouvernance, représentée à Paris par le manager Heyneke Meyer, le directeur exécutif Fabien Grobon, son bras droit Fabrice Landreau ou le très discret président, Hubert Patricot. Ces gens-là ont-ils mérité les coups qui leur ont été portés ? Pour certains, oui. Il va de soi que Parisse et Camara, sortis de l’effectif pour faire de la place dans le salary cap et homologuer, entre autres, le contrat de Pablo Matera, méritaient une tout autre sortie, un adieu un tantinet moins frigide. Pour connaître un peu l’univers du rugby français, on sait néanmoins qu’il n’a rien de manichéen, de binaire, ce serait bien trop simple…

À Paris, les porte-flingue du docteur Wild ont peut-être la gâchette facile. Mais de ce que l’on sait, les martyrs n’étaient pas non plus des oies blanches et mercredi soir, on a donc tenu à rencontrer Landreau et Grobon, silencieux depuis les événements, afin qu’ils livrent leur version du litige. Dans leur bureau du stade Jean-Bouin, les deux hommes ont pris le temps de répondre aux questions, à commencer par celle-ci : ne pensez-vous pas que les départs de Parisse et Camara ont définitivement écorné l’image du club ? Ce soir-là, c’est Fabien Grobon qui a commencé : "Djibril et Sergio sont de grands joueurs qui ont contribué à construire ce club. Personne ne l’oubliera jamais. Mais Hans-Peter Wild veut gagner et il ne gagnera pas en copiant ce qu’il s’est fait les dix dernières années, au cours desquelles nous n’avons connu le top 6 qu’à deux reprises. On ne va pas se mentir : à l’heure actuelle, le Stade français est une équipe moyenne et cela doit changer. À ceux qui nous accusent de galvauder l’identité du club, je vous rappelle aussi que plein de glorieux anciens sont très heureux chez nous, Pieter de Villiers, Fabrice Landreau, Alain Elias et Pascal Papé en font tous partie…" D’accord. Peut-on néanmoins détruire un monument comme Sergio Parisse, 138 sélections en équipe d’Italie et quinze ans de club, d’un simple coup de hache ? Grobon enchaîne : "Sergio Parisse est un monument, je suis d’accord. Mais le sujet, ce n’est pas le monument. C’est le club. À une époque, Sergio a fait progresser le club et maintenant, c’est à nous de le faire : c’est la raison pour laquelle nous nous sommes mis d’accord sur son départ." Et Camara, alors ? "Ce qui s’est passé entre Djibril et nous ne sortira pas du club. À l’instant T, nous n’étions pas d’accord sur le projet commun et avons pris la meilleure décision, et pour lui et pour nous. Djibril Camara réalisera de belles choses à Bayonne et si c’est le cas, je serai le premier à célébrer ça." Sérieux ? Champagne !

Le talent qui travaille, c’est mieux

Tournant le dos aux convenances, piétinant volontiers la bien-pensance, le Stade français continue donc son bonhomme de chemin, certain qu’une information en chasse une autre et que l’écume du moment ne sera plus qu’un mauvais souvenir, à l’instant où sera donné le coup d’envoi de la saison. De leurs côtés, Landreau et Grobon ont aussi appris à vivre avec l’idée d’incarner les nouveaux grands Satan du rugby français. "L’identité du club, assure le directeur général, ce n’est pas le rose. L’identité du club, c’est gagner en rose et pour gagner, il faut parfois prendre des décisions difficiles. À ce sujet, Heyneke Meyer a une formule que j’aime beaucoup : "Je n’ai pas la recette du succès mais j’ai la recette de la défaite. Cette recette, c’est d’essayer de vouloir plaire à tout le monde." Nous savons ce que nous faisons, nous l’assumons." À présent, Landreau monte au soutien : "Chez nous, soit tu montes dans le bus, soit tu restes en dehors. Aujourd’hui, 90 % des joueurs ont voulu monter dans le bus et quelques-uns ont émis un souhait différent. L’histoire, elle est aussi simple que cela." À Jean-Bouin, Fabien Grobon concluait ainsi la plaidoirie : "Nous ne sommes pas seuls, vous savez. On a aussi nos soutiens et les gens ne sont pas dupes. Le talent, la vista, c’est bien. Le talent qui travaille, c’est mieux." Et cette semaine, ceux qui ne le comprennent pas seront tous écartelés place de Grève. Non, on blague, hein…

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