Roumat : « J’aime les responsabilités »

  • Alexandre Roumat a été titulaire lors des quatre premiers matchs de l’UBB. Il a montré tout son savoir-faire, pas seulement en touche, mais aussi dans le jeu de mouvement.
    Alexandre Roumat a été titulaire lors des quatre premiers matchs de l’UBB. Il a montré tout son savoir-faire, pas seulement en touche, mais aussi dans le jeu de mouvement. Icon Sport - Icon Sport
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Il a été l’un des grands acteurs du début de saison magnifique des Bordelais. il nous a confié ses impressions sur l’équipe et sur son propre jeu.

Le début de saison de l’UBB est assez extraordinaire. Totalement réussi en tout cas. Quelle impression vous a-t-il laissée ?

De très bonnes impressions évidemment, car nous avons gagné nos deux premiers matchs contre Toulouse et Toulon, deux rencontres que nous avions ciblées, notamment celui de Toulouse par rapport au match de l’an passé, perdu après avoir eu 29 points d’avance à la mi-temps. Et puis, n’oubliez pas que nous avions terminé la saison passée par une large déroute à La Rochelle. Je retiens aussi le caractère que nous avons montré pour notre premier match à l’extérieur à Castres. Ceci dit, je relativise notre quatre sur quatre car nous avons joué trois fois à domicile.

Si vous ne deviez garder qu’une seule image de ce « quatre sur quatre », quelle serait-elle ?

Je dirais le dernier ballon porté à Castres. Nous avons su faire vingt mètres pour aller chercher un essai de pénalité alors que nous étions menés. C’est notre caractère et notre envie de gagner à l’extérieur qui a été représentée par cette action. C’était une sorte de bras de fer victorieux.

Nous avons en mémoire l’essai de Tabidze face au Stade français sur lequel vous faites une superbe passe décisive. Racontez-nous cette action éclatante.

Oui, le demi de mêlée parisien Arthur Coville que je connais bien, a tapé un coup de pied par-dessus. Je n’ai pas pu le contrer et nous avons même discuté pendant quelques secondes, il semblait plutôt satisfait de son geste… Et puis, tout d’un coup les planètes se sont alignées. Nans Ducuing est revenu vers nous avec ses courses chaloupées et tout s’est fait de manière instinctive. Dans ce genre de moments, on travaille en lecture. J’ai levé le bras pour que Nans puisse me voir, il a fixé deux défenseurs et m’a servi. Je ne me suis pas senti capable d’y aller seul, vu les gars qui revenaient sur moi. J’ai senti Lasha qui venait de faire une course de 50 mètres à mon intérieur. Alors, pourquoi je l’ai servi à une main ? Je ne saurais pas vous dire, tout allait trop vite, j’ai dû penser qu’à une main avec la taille de mon bras, j’allais passer plus facilement au-dessus des défenseurs.

Qu’est-ce qu’a changé Christophe Urios en termes de préparation de l’équipe ?

Christophe a amené une forme de sérénité, d’expérience, il traite beaucoup avec les hommes. Mais je crois qu’il apporte une vraie plus value stratégique. Nous attaquons l’adversaire en fonction de ses points forts et de ses points faibles alors que l’an passé, nous étions plus centrés sur nous-mêmes, avec un plan de jeu qu’on essayait de tenir à chaque fois. Cette saison, à chaque rencontre, nous avons une analyse précise de la façon dont joue l’adversaire. Nous travaillons sur ça toute la semaine et sur le terrain, normalement nous entrons avec nos bons repères.

L’an passé, nous avions le sentiment que l’effectif tournait moins. N’avez-vous pas payé une certaine usure en fin de saison ?

Je ne sais pas si c’est la cause principale, c’était un tout. Après, je reconnais qu’en troisième ligne par exemple, avec deux ou trois gars, nous avions enchaîné les matchs. Mais au-delà de l’usure physique, c’est peut-être l’émulation dans le groupe qui a manqué pour élever le niveau, ce sentiment de concurrence qui aurait maintenu le groupe jusqu’au bout.

Quand on pense à vous, à l’UBB, on vous voit tout de suite comme le capitaine de touche. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette fonction ?

Je ne suis pas le seul, il y a aussi Cameron Woki, Alexandre Flanquart et Cyril Cazeaux. Mais en ce moment c’est moi qui ai le rôle, donc j’annonce. Nous préparons ça en semaine à la vidéo avec Julien Laïle et ceux que je viens de citer. J’apprécie le fait d’avoir des responsabilités et de faire des choix importants sur le jeu et même sur la physionomie du jeu. C’est un poste exigeant car la touche est un élément dont on ne parle pas beaucoup, surtout, la touche défensive, mais  priver l’adversaire de munitions, c’est souvent décisif, surtout pour une équipe comme la nôtre. Nous avons des attaquants très rapides qui peuvent marquer sur ce genre de ballons récupérés.

La touche a vraiment bien marché contre le Stade français, non ?

Oui, même si j’ai eu l’impression que notre adversaire a manqué des lancers sur lesquels nous n’avions pas mis spécialement la pression. Disons qu’il n’était pas dans un grand jour. Mais nous avons réussi au moins trois beaux contres. Mon ambition, c’est que nous soyons capables de mettre la pression sur quasiment cent pour cent des lancers adverses, même si c’est très dur. Ce que j’aime, c’est que la touche, c’est une perpétuelle remise en question et qu’il faut synchroniser huit gars  en même temps. En tant qu’annonceur, arriver à accorder tout le monde au même moment, c’est passionnant.

Quand vous êtes arrivés à Bordeaux en 2017, on vous voyait comme un pur sauteur, mais vous avez montré qu’en termes de déplacement et de maniement vous aviez votre mot à dire. Est-ce une satisfaction ?

Oui, je parlerais plutôt d’épanouissement. Mais j’ai toujours eu cette culture de la passe et du mouvement, surtout depuis mon passage au pôle espoirs de Bayonne. Alors, c’est sûr que quand je suis arrivé en Top 14, on m’a expliqué qu’un troisième ligne devait aussi soutenir tous les coups de pied de pression. Alors je m’acquitte de ces tâches indispensables au haut niveau. Mais je le reconnais, j’ai une certaine conception du rugby et je pense que je serais toujours plus utile en prenant un espace qu’en fonçant dans un mur. Ceci dit, je ne me sens pas non plus en difficulté sur chaque collision, même si j’espère m’améliorer aussi dans ce secteur.

Suivez-vous une préparation spécifique pour vous étoffer ?

Non, je vous rassure personne ne m’a imposé de soulever 130 kg dans six mois et peser 108, 4 kilos. Je pense que je prendrai de la masse avec l’âge. Mes séances de musculation n’ont rien de spécifique.

N’est-ce pas difficile d’être parfois renvoyé à la carrière de votre père ?

Non, pas du tout. C’est même un atout par les conseils qu’il me donne.

Avez-vous eu le sentiment d’avoir été programmé très tôt pour le haut niveau ?

Non, j’ai commencé par la pelote basque. Je n’ai commencé le rugby à 12 ans à Hossegor pour retrouver des copains. J’étais programmé pour jouer un jour au rugby avec ma culture familiale,  bien sûr, mais le haut niveau n’est devenu un but que quand j’ai été pris au Pole Espoirs de Bayonne.

En plus, vous avez fait des études assez consistantes…

J’ai eu un bac S, j’ai commencé une école d’ingénieurs du bâtiment à Anglet. Mais ce n’était pas compatible avec une carrière, surtout si je devais quitter la région, car cette formation n’existait qu’à Anglet. Je suis passé sur un BTS bâtiment où j’ai pu bénéficier des acquis de l’école d’ingénieurs  et j’ai complété avec une formation en promotion immobilière.

Pour le futur proche, Christophe Urios a-t-il fixé des échéances ?

Non, nous visons le top 6, on ne va pas se cacher, puisque le club ne l’a jamais connu. Mais il n’y a pas de rendez-vous cochés particulièrement, mais l’accent sera mis sur les matchs à l’extérieur. Voilà ce qui nous a manqué les saisons passées. Gagner quatre ou cinq fois loin de nos bases et rester quasi invaincus chez nous. Là est notre défi.

Quels sont les entraîneurs qui vous ont le plus marqué ?

Je pars du principe que tous les entraîneurs avec qui j'ai travaillé m'ont apporté quelque-chose même ceux avec qui je n'étais pas d'accord. Mais la personne qui m'a vraiment marqué, c'est Pierre Perez que j'ai côtoyé pendant trois ans au Pôle Espoirs de Bayonne. Hormis sa fonction d' entraîneur et d'éducateur, il nous a appris à devenir un homme, à moi et à ma génération avec des gars comme Lucas Rey, Antoine Hastoy ou Romain Buros. C'est l'une des seules personnes du pôle qu'on vouvoie, signe du respect qu'on a pour lui. Il m'a aussi marqué par sa philosophie de jeu.

Et quels sont les joueurs qui vous ont marqué ?

Il y en a eu pas mal. Mais Jefferson Poirot est un gars que j'ai envie de suivre. Par sa parole, il dégage quelque-chose, avec une forme d'autorité. Il est exemplaire par son engagement, même sur les entraînements et il dégage une envie énorme. A Biarritz, dans un style totalement différent, j'ai connu David Roumieu, dans le style vieux briscard à l'ancienne mais qui nous a apporté humainement énormément. Max Lucu, aussi, énorme leader de jeu, avec qui je suis très ami maintenant. A Bordeaux je citerais aussi Baptiste Serin avec qui je suis devenu très ami aussi et qui est un patron et dans le jeu, il est exceptionnel.

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