Technique : S’organiser autour du jeu au pied

  • Romain Ntamack
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Depuis le début du Mondial, l’organisation autour du jeu au pied français, qu’il soit défensif ou offensif, pose question. La thématique devait être d’actualité face à l’Angleterre, elle sera encore face aux Gallois en quarts de finale du Mondial. Laurent Labit, l’adjoint du sélectionneur Jacques Brunel, a accepté de lever le voile sur une partie de la stratégie que le staff souhaite mettre en place.

Le plan avait été soigneusement élaboré, les séances de travail parfaitement orchestrée. Le XV de France ne voulait pas revivre le cauchemar de Twickenham. Le 10 février, à l’occasion du crunch, les joueurs du XV de France avait reçu une véritable rouste (44-8). La raison ? Les Bleus s’étaient fait balader au quatre coins du terrain. Un coup à gauche, un coup à droite. Un coup dans le fond, un coup juste derrière le premier rideau. Les coups de pied par-dessus, rasants ou encore en diagonale d’Owen Farrell, Henry Slade et autre Elliot Daly avaient ridiculisé les joueurs de Jacques Brunel, impuissants dans la dimension stratégique. Ce jour-là, Damian Penaud, Gaël Fickou et Yoann Huget, replacé à l’arrière, n’avaient jamais trouvé les solutions pour couvrir au mieux les espaces libres dans lesquels les Anglais s’étaient engouffrés avec gourmandise. Cinq des six essais du XV de la Rose avaient été inscrits à la suite d’un jeu au pied dans ces zones laissées à l’abandon.

Ne pas revivre cardiff 2016

Las, ce défaut d’organisation et de structure autour du jeu au pied, qu’il soit offensif ou défensif, est une récurrence. Et ce qui aurait été d’actualité le week-end dernier si World Rugby n’avait pas annulé la rencontre le sera encore dimanche à Oita face au pays de Galles. "Il y a beaucoup de similitudes, assure Laurent Labit, l’adjoint de Jacques Brunel. Les Anglais tapent en moyenne trente et un coups de pied par match, les Gallois n’en jouent que cinq de moins. Et eux non plus ne cherchent pas à sortir le ballon en touche, même lorsqu’ils tapent depuis leurs 22 mètres." Si les Gallois ne sont donc pas les Anglais, ils ont tout de même cette caractéristique commune de savoir déplacer le jeu avec le pied et de mettre l’adversaire sous pression par une stratégie bien huilée. Souvenez-vous. Tournoi 2016, le premier de l’ère Guy Novès. à Cardiff, le XV de France rivalise avec les Gallois. Le match est longtemps verrouillé mais la possession et l’occupation sont pour les joueurs de Warren Gatland. Leur stratégie est simple, basique, mais diablement efficace. Jean-Frédéric Dubois, alors entraîneur des trois-quarts, se souvient : "Ils ont beaucoup joué au pied depuis leur camp, surtout avec des chandelles de récupération. Nous avions travaillé en conséquence mais nous n’avons pas été bons dans les duels. Et à chaque fois, ils nous ont remis des séquences de jeu importantes en suivant. A contrario, quand nous avons usé du jeu au pied haut, nous n’avons pas récupéré les ballons. Ce fut pour moi le gros point noir de la première mi-temps." En clair, ce soir-là, le triangle du fond tricolore Vakatawa-Médard-Camara a souffert sous les chandelles de Dan Biggar. Face à eux, George North et Alex Cuthpert, les deux ailiers en format XXL, se sont goinfrés des ballons cueillis au dessus bien au-dessus des joueurs français.

Cette thématique est au cœur des discussions au sein du staff depuis le début du Mondial. Ni très efficace, ni foncièrement mauvais, le XV de France souffre tout de même de la comparaison dans ce secteur de jeu. Que l’adversaire soit anglais ou gallois… Une stratégie sur laquelle Laurent Labit a accepté de nous éclairer sans pour autant délivrer tous les détails du plan français. Il en a aussi profité pour répondre aux interrogations sur le jeu au pied offensif de son équipe (lire ci-dessous). Parfois séduisant et efficace, souvent lui aussi laissé à l’abandon…

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