Kayser : « J’ai l’œil d’un jeune retraité »

  • Benjamin Kayser
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Publié le / Mis à jour le

L’ancien talonneur international est la grande révélation de ce début de Coupe du monde. Précis, concis, technique et pertinent, il a formé un duo performant avec François Trillo.

Comment cette expérience a-t-elle commencé ?

François Trillo, que je connais depuis dix ans, m’a appelé le 1er juillet. Il m’a dit qu’il cherchait à faire quelque chose de qualitatif et de sympa pour commenter avec lui sur TF1 et que ça pouvait peut-être marcher.

Que lui avez-vous répondu ?

Que certes, je me sentais à l’aise dans les médias, mais que je n’avais jamais fait ça précisément. Il m’a rétorqué que ce n’était pas si grave et qu’on allait s’entraîner. J’ai un peu réfléchi, j’en ai parlé à mon épouse, et je l’ai rappelé cinq secondes après. Tout s’est fait très vite ensuite. Le fait de travailler en studio, sans avoir besoin de passer deux mois au Japon, a joué, car j’ai deux jeunes enfants, même si je suis très heureux de me rendre au Japon à partir des quarts de finale, bien sûr.

Après plusieurs rencontres du premier tour commentées en direct, quelles sont vos premières impressions ?

Ça répond à toutes mes attentes. On s’est d’abord entraîné à blanc, puis on a eu la chance de commencer par des matchs extraordinaires qui rendent l’événement beaucoup plus simple. Tout s’est enchaîné. François Trillo voulait jouer sur l’œil du jeune retraité, du quasi-joueur que je suis. Il voulait donc que je reste nature et positif, mais ça, je crois l’être naturellement.

Quand vous commentez, avez-vous des fiches ou des documents devant vous ?

Oui, bien sûr. Mais il faut comprendre que François Trillo me mâche le travail. Le vrai boulot de journaliste, c’est lui qui le fait. D’ailleurs des gars m’ont dit : "C’est bien, tu sais toujours quand t’arrêter. Quand ouvrir et fermer tes phrases." Je leur réponds, oui, parce que je prends plein de coups de coude de François Trillo. Il m’indique quand je dois stopper, quand je dois continuer. C’est un vrai chef d’orchestre. 60 % du commentaire, c’est lui. Et je le remercie encore d’être venu me chercher. C’est lui qui a donné mon nom. On me dit que ça marche, alors aujourd’hui, c’est facile d’en parler. Mais rien n’était acquis quand il a eu l’idée.

Vous donne-t-on des consignes ?

Je pense qu’il vaut mieux être positif, mais c’est ma nature, je vois toujours le verre à moitié plein. Je sais aussi que c’est du grand public, donc il ne faut pas être trop technique non plus car on peut être suivi par une dame qui vient de zapper et qui ne connaît rien au rugby.

Quel est le secret pour ne pas parler en même temps que son partenaire ?

Déjà, ne pas se vexer quand on se fait couper la parole, c’est la règle d’or. La première chose que m’a apprise François. Ensuite, oui, pendant un match, on se touche, on s’attrape, on se lance des regards.

Nous trouvons que l’apport décisif de vos commentaires, ce sont les règles. Vous décryptez très bien, les explications de l’arbitre…

Quand on a fait les deux matchs amicaux de l’EDF, on les a vécus comme de vrais entraînements dirigés. On s’est posé la question. Quand dois-je intervenir ? Clairement, là où je suis le meilleur. Ça signifie deux domaines : l’émotion des joueurs et les règles. On s’est dit : le rugby est un vrai foutoir, personne n’y comprend rien. Mais ma position de talonneur m’a toujours amené à passer du temps à discuter avec les arbitres pour écouter les décisions et les comprendre. En plus, mon atout numéro un a toujours été d’être bilingue. Donc je n’ai pas de problème quand l’arbitre s’exprime en anglais.

On vous sent à l’aise sur les rucks, un secteur où il faut avoir un sacré coup d’œil…

Évidemment qu’il faut pouvoir voir ça… Mais avec tous les angles vidéos, il n’y a pas grand-chose qui puisse nous échapper. Mais attention, je répète que je viens juste d’arrêter ma carrière, ça joue beaucoup. Je pense que si je continue, dans cinq ou six ans, j’aurai besoin de faire des réunions avec les arbitres et les entraîneurs car les choses auront changé. Plein de nuances seront différentes aussi bien dans les rucks que dans les mêlées. Déjà entre ce qu’il se passait il y a quatre ou cinq ans et aujourd’hui, c’est un autre monde. Après, si je veux rester pointu, je devrais étudier par moi-même chaque changement de règle et il y en a tous les ans.

Quand vous nous expliquez que le pilier droit prend le meilleur sur le pilier gauche en mêlée, on peut vous croire sur parole, non ?

Vous savez, je vois quelques signes clés, mais je dois avoir l’honnêteté de dire que, parfois, je ne comprends pas ce qui est en train de se produire. Même à l’entraînement dans mon club, je n’étais pas toujours capable de voir ce qui s’était passé sur une mêlée.

Qu’est ce qui vous impressionne le plus avec un regard extérieur ?

L’intensité des contacts sans aucun doute. Me dire, que j’ai pu être au milieu de tout ça, toutes proportions gardées, avec l’enchaînement des tâches, la répétition des impacts. C’est plus impressionnant vu de l’extérieur que ce qu’on ressent quand on est sur le terrain.

Quel est le match qui vous a le plus marqué ?

Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud incontestablement, déjà parce que c’était le premier. C’était du ultra haut niveau, j’ai été bluffé et j’ai pris énormément de plaisir à commenter ça.

Un moment nous a marqués. Vous parlez du Samoan Nanaï Williams, le réalisateur zoome soudain sur son épouse dans les tribunes. Et paf ! Vous expliquez qui elle est en donnant son prénom.

C’est justement là où ma qualité de jeune retraité peut apporter quelque chose. Je commente des matchs où jouent des gars qui étaient mes partenaires il y a encore quelques mois. Mais dans ce cas précis, le hasard a vraiment bien fait les choses car avec mon épouse nos sommes très proches de ce couple. Cette image est vraiment bien tombée.

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