Kolbe l’effet bœuf !

  • Cheslin Kolbe lors de la présentation des joueurs
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Absent de la demi-finale face au pays de Galles, Cheslin Kolbe, l’insaisissable ailier sud-africain du Stade toulousain tiendra bien sa place face au XV de la Rose. Auteur jusqu’ici d’une excellente campagne mondiale, il sera l’une des attractions de la rencontre et, pour le XV d’Angleterre d’Eddie Jones, la menace numéro 1.

Il a fêté ses 26 ans lundi dernier. Il espère s’offrir un très beau cadeau ce samedi à Yokohama, même si cette année 2019 restera à jamais un moment important dans sa carrière, quoi qu’il arrive en finale de la Coupe du monde. Cheslin Kolbe a déjà gagné : un titre bien sûr avec le Stade toulousain, mais aussi une reconnaissance dont il a longtemps été privé. Trop petit, trop léger, l’ailier ou arrière du Stade toulousain a longtemps dû essuyer les critiques, vu les portes se fermer avant de quitter son pays à seulement 23 ans, comprenant qu’il ne serait pas prophète en son pays réputé pour ses trois-quarts charpentés comme des troisième ligne. Lors de son arrivée à Toulouse, il en était le premier désolé : "Sur mon cas, il y a toujours eu des pour et des contre. On m’a dit que j’étais trop léger pour les Springboks. Je n’ai pas écouté et j’ai travaillé plus que les autres. Peu importe que tu mesures 1,50 m ou que tu pèses moins de 50 kg. En match, nous sommes tous des êtres humains, entre les quatre mêmes lignes blanches."

Une fantaisie dont les boks ont besoin

Deux ans après avoir choisi l’exil, la mort dans l’âme après une énième désillusion lors d’un stage avec les Springboks où le sélectionneur d’alors, Allister Coetzee, lui conseillait de devenir demi de mêlée s’il voulait rêver à un avenir international, et alors que le Mondial s’apprête à livrer son verdict, Cheslin Kolbe compte désormais parmi les meilleurs joueurs de la planète. S’il venait à soulever le trophée Webb-Ellis, il serait alors en lice pour succéder à l’Irlandais Jonathan Sexton au titre individuel suprême. Pourquoi ? Parce que si les Boks venaient à l’emporter, il y a fort à parier que la fusée Kolbe aura joué un grand rôle. Clairement, les Sud-Africains n’ont pas la même force de frappe offensive quand il n’est pas là. Une évidence que personne ne peut nier, surtout après la victoire étriquée face aux Gallois, en demi-finales où son absence a rappelé au monde entier que les Springboks sont avant tout des démolisseurs suivant un plan simple, sans fantaisie. Celle-là même qui anime Cheslin Kolbe, amenant ainsi aux Boks des solutions inédites. Son forfait avait d’ailleurs inquiété Rassie Erasmus avant le choc face aux Gallois : "C’est un gros coup dur car je pense que tout le monde reconnaît les qualités et l’importance de ce joueur." International depuis seulement un an, le paria est devenu le principal atout de son pays.

Créateur plus que finisseur

Cheslin Kolbe n’est pas seulement un finisseur, il est un créateur. Ses statistiques en équipe nationale sont d’ailleurs assez paradoxales puisqu’il a inscrit sept essais en treize sélections, dont deux en trois matchs lors cette Coupe du monde. Une efficacité bien au-dessus de ses standards habituels puisqu’il n’a marqué que huit essais la saison dernière avec son club (six en Top 14 et deux en Coupe d’Europe) et dix lors de la précédente (neuf en Top 14 et un en Challenge Cup), terminant alors bien loin du Toulonnais Chris Ashton (26 essais toutes compétitions confondues). Kolbe n’a pas gagné ses galons ni ses sélections en étant un serial marqueur mais en faisant marquer les autres. Il bonifie tout un collectif, que ce soit en club ou chez les Boks et cela ne se traduit pas forcément à travers de simples statistiques. Surtout, Cheslin Kolbe est l’homme des grands rendez-vous, démontrant ainsi qu’il est un grand champion, au-delà de ses qualités extraordinaires de joueur. Son essai en demi-finale du Top 14 contre La Rochelle, sa performance à Bath ou chez les Wasps en Coupe d’Europe, ou encore son entrée en matière dans cette Coupe du monde lors du choc tant attendu face aux All Blacks sont là pour en témoigner. Face à une équipe d’Angleterre qui s’avance en favorite après sa démonstration face aux All Blacks, il est définitivement l’homme qui peut inverser la donne.

Son expérience à l’arrière : plus de ballons, plus de frissons

Il avait dépanné trois fois au poste d’arrière lors de sa première saison en Top 14. Ugo Mola et son staff ont décidé d’aller plus loin la saison dernière. Contraints de l’utiliser en numéro 15 lors du Tournoi des 6 Nations puisque Maxime Médard et Thomas Ramos étaient retenus dans le groupe France, les entraîneurs stadistes ne l’ont plus changé de poste jusqu’au titre de champion de France remporté face à Clermont. Leur calcul a été simple. En occupant le poste d’arrière, Cheslin Kolbe avait plus de ballons à jouer, donc plus souvent l’occasion de créer des brèches dans les défenses adverses et ainsi faire profiter ses coéquipiers de ses prises d’intervalles.

Il peut surtout se balader où bon lui semble dans la ligne d’attaque, ce qui n’est jamais rassurant quand on se trouve en face. Un poste où il a rapidement rassuré ses entraîneurs sur sa capacité à gérer les bases du poste. Rien d’extraordinaire pour l’arrière de formation qu’il est. À la fin du Tournoi des 6 Nations, la décision a été prise de fixer Maxime Médard à une aile alors que Thomas Ramos a terminé la saison au poste d’ouvreur. Ce jeu des chaises musicales a été capital dans la saison toulousaine. Ce changement de poste a aussi traversé l’esprit du sélectionneur sud-africain Rassie Erasmus, conscient que Kolbe était sa meilleure arme offensive. Il a souvent dû s’expliquer sur le sujet pendant la Coupe du monde alors que Willie Le Roux ne réussit pas les meilleures performances de sa carrière. Mais la blessure à la cheville face à l’Italie n’a pas permis d’essayer cette option pendant la phase de poule.

Son mondial : un match dantesque face aux Blacks

C’était un des grands rendez-vous de la phase de poule et notamment du premier week-end de compétition. La confrontation entre les Boks et les Blacks devait donner le tempo de ce mondial. Cheslin Kolbe a été à la hauteur de l’événement en donnant le tournis aux Néo-Zélandais, permettant ainsi aux Springboks de rester au contact des doubles champions du monde. Avec 124mètres parcourus, trois franchissements et onze défenseurs battus, l’ailier toulousain a été éblouissant. Des statistiques impressionnantes et des courses diaboliques, même s’il n’a pas réussi à inscrire un essai ce jour-là, malgré deux percées monumentales où il était repris à cinq mètres de l’en-but adverse.

Face à l’Italie, il a été élu homme du match après avoir réussi un doublé au terme d’un match plein (trois franchissements, quatre défenseurs battus). Néanmoins, il terminait la rencontre en souffrant d’une entorse de la cheville. De retour sur le terrain pour le quart de finale contre le Japon, il a été bon dans le secteur offensif mais il a connu quelques difficultés en défense face à Kenki Fukuoka. Une performance moins aboutie expliquée par le sélectionneur Rassie Erasmus lors de l’annonce de son forfait pour la demi-finale : « Si on regarde sa performance le week-end dernier, moins bonne que ses précédentes, il était handicapé par sa cheville. On préfère avoir un joueur à 100 % » Rétabli, à lui maintenant de terminer cette Coupe du monde comme il l’avait commencée.

Les Anglais s’en méfient : il peut tout désorganiser 

Cette finale de Coupe du monde s’annonce comme celle de la maîtrise et de la précision entre deux équipes sûres de leurs systèmes. Dans ce bras de fer de titans, Cheslin Kolbe peut être le caillou dans les crampons des Anglais. Les joueurs du XV de la Rose en sont bien conscients et ils ont été prévenus par John Mitchell, leur entraîneur de la défense : « C’est un joueur fabuleux, que le public du monde entier adore, car à chaque fois qu’il touche le ballon, il donne des frissons. Quand vous préparez le dernier match d’une Coupe du monde, vous devez faire attention à ne pas changer trop de choses dans votre système défensif, donc on ne pourra pas vraiment tout changer s’il est là. Ce serait un peu tard. En revanche, on est parfaitement conscient de la menace qu’il représenterait pour nous. »

La présence de Cheslin Kolbe peut aussi avoir des répercussions sur la confiance des Anglais, même si ces derniers sortent d’une performance défensive exceptionnelle face aux All Blacks. En effet, les joueurs du XV de la Rose ont déjà croisé la route du feu follet sud-africain en Coupe d’Europe. L’ailier toulousain avait dynamité la défense de Bath pour envoyer Sofiane Guitoune à l’essai, puis celle des Wasps. Ce jour-là, il n’avait eu besoin de personne venant à hauteur après une touche toulousaine, il avait résisté à deux plaquages pour marquer après une course de soixante mètres. Les Anglais sont donc avertis à l’image d’Elliot Daly : « J’ai joué deux fois contre lui avec les Wasps en Coupe d’Europe la saison dernière et j’ai pu voir le très bon joueur, très rapide, qu’il est. Il est ce type de joueur capable d’être le facteur X de son équipe et on devra éviter le plus possible de lui donner des ballons. »

L’attraction du Top 14 : enfin du spectacle !

Dans un championnat critiqué à cause d’un jeu pratiqué souvent monotone, peu tourné vers l’offensive, sclérosé par un besoin de résultat et où les kilos ont longtemps été considérés comme un Graal rassurant par les techniciens, Cheslin Kolbe a permis au Top 14 de changer son image, démontrant qu’il pouvait être spectaculaire. C’est pour cette raison qu’il n’est pas incongru de dire que l’ailier sud-africain a été le meilleur joueur du dernier championnat, même si les distinctions officielles n’ont pas encore été attribuées. En tout cas, Kolbe est certainement l’homme qui peut réconcilier la grande famille du rugby. C’est en tout cas ce que pense son manager Ugo Mola : « Cheslin, c’est l’antinomie du rugby qu’on nous a vendu pendant des années. Il mesure 1,71 m et pèse 75 kg tout mouillé mais il a une telle capacité à gagner ses duels, à franchir et à être un redoutable défenseur, ce qu’on oublie souvent. Il ne laisse personne indifférent et c’est une merveilleuse nouvelle pour le rugby international et français, un exemple à montrer dans les écoles. »

Il est ce joueur libre d’aller où il veut sur le terrain et ses courses folles démontrent qu’il existe autre chose que le rentre-dedans pour marquer des essais, que la relance peut être une prise d’initiative et non une prise de risque, que le jeu d’évitement n’est pas encore enterré. Depuis, l’idée fait son chemin chez de nombreux techniciens.

Son histoire d’amour avec Toulouse : le pacte européen

En étant aussi spectaculaire que décisif, il n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour devenir le chouchou d’Ernest-Wallon. Il a d’ailleurs conquis tout le monde au Stade toulousain, à commencer par ses partenaires dont il est devenu la mascotte. Les supporters aussi ont vite succombé devant ce magicien sur le terrain qui est d’une gentillesse extrême en dehors. Et s’il n’est pas étranger aux bons résultats de la saison dernière, il est aussi un des arguments-massues des dirigeants auprès des partenaires comme d’un public retrouvé puisque le taux de remplissage d’Ernest-Wallon a grimpé en flèche depuis que les exploits de l’ailier springbok tournent en boucle sur internet. Sa présence sur le terrain est la garantie de frissons en tribunes.

Alors que n’importe quel club aurait voulu l’avoir dans ses rangs, Cheslin Kolbe a décidé de rester à Toulouse, s’engageant jusqu’en juin 2023 et confirmant ainsi qu’il était très attaché à ce maillot Rouge et Noir. Le Sud-Africain a choisi de privilégier un club qui a cru en lui avant tout le monde et un contexte où il a enfin pu s’épanouir, sans se focaliser sur son physique particulier. Cette confiance de la part du staff lui vaut d’avoir noué une relation privilégiée avec le manager Ugo Mola. Ce dernier aurait même conclu un pacte avec le phénomène sud-africain : s’il reste, c’est pour aider le Stade toulousain à gagner une Coupe d’Europe après le Brennus soulevé en juin dernier. 

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