Tolofua : « Ç'a été un ascenseur émotionnel »

  • Top 14 - Christopher Tolofua (Toulon), face à Lyon.
    Top 14 - Christopher Tolofua (Toulon), face à Lyon. Icon Sport / Icon Sport
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Appelé pour remplacer Peato Mauvaka en cours de Coupe du monde Christopher Tolofua est revenu, début novembre, à Toulon. Son appel, son rôle au sein d'un groupe qui avait vécu plus de trois mois ensemble et son avenir en Bleu, le talonneur toulonnais s'est longuement confié.

Christopher, arrivé à l'intersaison au RCT, vous avez finalement rejoint le XV de France au Japon, suite à la blessure de Mauvaka...

Je ne m'y attendais absolument pas. Le premier sentiment ? La fierté, car c'est le XV de France. Mais sincèrement je pensais qu'il y avait une hiérarchie, et je ne pensais pas être appelé. D'ailleurs je ne savais même pas qu'il y avait une incertitude. Puis quand on m'a donné le nom de celui qui devait quitter la compétition, j'étais dégoûté. Peato, je l'ai vu grandir, je le connais très bien et c'est comme un petit cousin pour moi. Alors j'étais aussi fier de sa fin de saison, que triste pour sa blessure. Avant même de penser à mon intérêt personnel. J'essaye de me mettre à sa place, et se préparer comme ça pour ne pas jouer et devoir quitter un groupe comme celui présent au Japon ça doit être extrêmement frustrant. J'ai eu l'occasion de l'avoir au téléphone, il va de mieux en mieux...

Dans quel état d'esprit êtes-vous arrivé ?

Pour moi ç'a été un tremplin. Mais pour être honnête, je n'étais pas du tout prêt. J'ai reçu un coup de fil de Patrice (Collazo N.D.L.R.) le mercredi, qui m'a annoncé que je partais le jeudi. Alors j'étais heureux, et en même temps j'avais une femme enceinte, avec deux petits en bas-âge. Donc c'était une nouvelle de dingue, et en même temps il a fallu gérer rapidement ces quelques questions. Ç'a été un ascenseur émotionnel.
Comment s'est passée votre intégration ?

J'ai rejoint un groupe qui avait trois mois de vécu commun. C'était particulier. Ils avaient des automatismes, et une solidarité forte. Ça sautait aux yeux. Donc j'ai immédiatement dû coller à l'esprit d'équipe, à la physionomie engagée par le staff. Les mecs étaient sur des haut-standards, tous affutés, prêts mentalement et il a fallu cravacher. Personnellement j'avais la chance de connaître pas mal de mecs sur place. Alors même si ça a été intense en émotions, je dirais que l'intégration a été la partie la moins dure.

Comment fait-on pour apprendre en quelques jours un système de jeu mis en place depuis trois mois ?

C'est une Coupe du monde, alors tu es dans des dispositions pour apprendre plus vite... Puis lors de telles compétitions, les staffs des différentes nations tendent vers des choses simples et claires. La différence s'effectue sur la répétition, la réalisation et la perfection des mêmes lancements. Alors quand tu arrives en cours du route, tu tentes de vite connaître sur le bout des doigts chaque option de jeu. Et je pense que j'ai su assimiler les attentes.

À votre poste la hiérarchie était particulièrement établie. Avez-vous envisagé de jouer ou vous étiez conscient que vous étiez appelé en cas de nouveau pépin ?

Quand tu arrives à ce stade de la compétition, tu te dis surtout que tu retrouves des mecs qui se préparent et sont loin de leur famille depuis trois mois. Alors ce n'est pas en arrivant en cours de route que tu dois te dire "je vais faire jouer la concurrence". Il faut être le plus compétitif possible aux entraînements, montrer qu'on peut compter sur toi, mais être lucide. Tu dois coller à l'état d'esprit de l'équipe, sinon le reste de la compétition peut être très long. Si tu joues la carte de la frustration... ça n'a aucun sens.

Et comment avez-vous vécu l'élimination ?

Ça fait mal de finir comme ça. Car même si je suis arrivé sur le fil, j'ai vite pris conscience que les mecs avaient bien bossé et qu'ils méritaient autre chose. J'en ai un peu souffert également, de l'extérieur. J'ai eu le sentiment que c'était vraiment injuste.

À titre personnel, vous n'aviez plus été appelé depuis le Tournoi 2018, et vous semblez finalement être 4e dans la hiérarchie. Guirado ayant annoncé sa retraite internationale, avez-vous le sentiment d'avoir une longueur d'avance sur les autres talonneurs qui pourraient postuler à l'avenir ?

On repart sur un nouveau cycle, avec un nouveau staff et je pense qu'il y a une super dynamique. Le groupe est jeune, et c'est en train de prendre. Et même s'il va falloir que les choses se mettent en place, le XV de France a de grosses ambitions. Personnellement, me dire que j'ai un temps d'avance serait présomptueux. D'ailleurs, avant de vouloir postuler avec le XV de France il faut que je sois le meilleur en club. Si je ne deviens pas indispensable à Toulon, je ne pense pas aspirer à quoi que ce soit en sélection. Mais c'est bien sûr un objectif. J'aimerais jouer pour les Bleus.

Comment s'est passé votre retour à Toulon ?

Très bien, j'ai retrouvé ma famille que je n'avais pas vu depuis un mois. C'est trois fois moins que les autres, mais quand même. En étant plus pragmatique, il a fallu reprendre les habitudes, retrouver le chemin de Berg, remettre un réveil le matin... Mais ça va, on n'est pas à la mine non plus, il faut savoir être raisonné. Le plus compliqué, c'est de basculer sur une compétition, puis une autre pour finalement revenir à la première. Heureusement avoir Charles (n.d.l.r. Ollivon), Emerick (Setiano) et Baptiste (Serin) qui vivent la même chose, ça aide. On rebascule tous ensemble. Désormais nous sommes focus sur le RCT. Je pense avoir des choses à reprouver. Les mecs ont fait le boulot en notre absence et il faut montrer qu'on peut apporter quelque chose au collectif.

Vous n'avez pas joué depuis fin septembre. Comment vous sentez-vous ?

C'est bien dans ce but que j'ai essayé de faire monter les curseurs la semaine passée (sourire). Je veux revenir au meilleur niveau possible... Rentrer du mondial et me blesser au mollet ç'a été un coup dur pour moi. J'aurais aimé reprendre de suite, comme a pu le faire Charles. Mais ce sont les aléas du rugby. Maintenant, comme toutes les phases de de reprise, tu es forcément un peu hors-rythme. Donc c'est éprouvant de retrouver ses standards. Puis courir alors que les mecs jouent au ballon, ce n'est pas évident. Mais là je reviens, et je retrouve un groupe bien classé en Top14. Il va falloir continuer à se retrousser les manches. Mais je suis très optimiste pour le club. Les automatismes vont finir de se créer maintenant que nous sommes presque au complet.

Pierrick Ilic-Ruffinatti
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