Peato, la mémoire dans la peau

  • Dans un contexte émotionnel difficile et sous une pluie battante, Peato Mauvaka a réussi à livrer une copie satisfaisante.
    Dans un contexte émotionnel difficile et sous une pluie battante, Peato Mauvaka a réussi à livrer une copie satisfaisante. Icon Sport / Manuel Blondeau / Icon Sport
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Il y a un an, Peato Mauvaka perdait brutalement son père et depuis, le néo-international dit ne jouer que pour lui. C’était le cas, plus que jamais, lors du succès à Armandie.

Voilà une semaine, Peato Mauvaka a posté sur son compte Instagram une photo de son papa, Souane-Patita, brutalement disparu dans sa Nouvelle-Calédonie natale un an plus tôt. "Je voulais lui rendre hommage, confiait-il dans les couloirs d’Armandie. Il me manque mais je ne peux pas revenir en arrière." Mi-décembre 2018, le talonneur toulousain, âgé de 21 ans, ne comptait alors aucune titularisation en Top 14. Comble du destin, il devait célébrer la première à Clermont, six jours après ce drame et avait demandé au staff d’être sur le terrain à Marcel-Michelin car son paternel — son "supporter numéro un" — aurait été si fier de lui. Ses dirigeants se sont organisés (les joueurs s’étaient aussi cotisés) pour qu’il effectue l’aller-retour à 17 000 km de la Ville rose et assiste aux funérailles. Le dimanche soir, il lançait définitivement sa fulgurante carrière en Auvergne. Forcément, la préparation de ce déplacement à Agen était donc chargée d’émotion : "J’y ai énormément pensé durant la semaine. Ça fait un an mais, même s’il n’est plus là physiquement, je sais qu’il est encore avec moi." Lui a désormais appris à appréhender cette lourde absence. "Avec le temps, je l’ai toujours en tête mais j’essaye de faire davantage abstraction de la tristesse. C’est toujours douloureux mais j’ai passé le plus dur. On doit avancer." Référence à ses proches, particulièrement sa maman. "Du moment qu’elle va bien à l’autre bout du monde, je vais bien. J’ai échangé avec toute ma famille ces derniers jours, surtout avec ma mère. J’ai parlé avec elle avant le match pour savoir comment elle se sentait. En Nouvelle-Calédonie, il y a eu beaucoup de messes en son honneur. J’ai essayé de les suivre sur Internet et on en a fait aussi de notre côté avec mon frère, qui vit à Toulouse."

"Il me donne une force incroyable"

Depuis la tragédie, Mauvaka a soulevé des montagnes. Propulsé sur le devant de la scène après les blessures de Marchand et Ghiraldini la saison passée, il s’est imposé comme une référence, fut champion de France et demi-finaliste de Champions Cup, avant de connaître sa première sélection avec les Bleus. "Quand on est en plein dedans, on ne se rend pas compte. Puis je me pose, j’en parle avec ceux que j’aime et je me dis que c’est dingue." Puis d’avouer ce feu intérieur qui le pousse : "J’aurais préféré que cela n’arrive jamais mais la perte de mon père m’a peut-être obligé à mûrir plus vite. Il me donne une force incroyable. Quand je rentre sur un terrain, je ne joue que pour lui. Avant, je pensais un peu à moi mais, depuis qu’il est parti, ce n’est que pour lui." Sous le déluge agenais, Mauvaka souhaitait magnifier sa mémoire en ce déchirant anniversaire. Sûrement la raison pour laquelle il était si dur avec lui-même après le match : "La victoire nous fait du bien mais je suis un peu agacé par ma performance. On avait dit qu’il fallait jouer sur les bases : touche et mêlée. Mais je n’ai envoyé que des pizzas." La faute à des conditions dantesques pour un talonneur. "C’est surtout la pluie qui me déstabilise. Heureusement, on a gagné, sinon j’aurais passé de mauvaises fêtes." Tout ça balancé dans un sourire gêné. Mauvaka est un garçon authentique et spontané. Malgré un contexte pesant, il a arraché quelques ricanements à son auditoire lorsqu’il a évoqué l’interruption due à la coupure d’électricité : "J’ai déjà vécu ça avec les moins de 20 ans mais il n’y avait pas de tempête, donc le temps paraissait moins long. […] Nous sommes rentrés aux vestiaires pour rester au chaud car il faisait froid mais j’aurais dû rester dehors. Quand je suis ressorti, j’avais des crampes ! […] à la mi-temps, on avait changé les maillots mais j’ai gardé le mien pour rester dans l’ambiance."

"Revenir du Japon sur blessure, ça m’a fait ch…"

Aujourd’hui, Mauvaka ne fait pas qu’avancer. Il fonce à une allure folle, même si le Mondial, durant lequel il n’a pu disputer la moindre minute en raison d’un problème au psoas qui l’a contraint à quitter l’aventure prématurément, demeure une autre cicatrice chez lui. Sportive celle-ci, moins grave mais toujours présente : "Revenir du Japon sur blessure, ça m’a fait ch… Jusqu’à la fin de la compétition et le retour des autres, c’était dur pour moi. Voir les messages sur les groupes de discussions que j’avais avec des mecs dont je suis proche, les imaginer se rejoindre sans moi, ça me faisait mal. J’ai voulu rester jusqu’au bout car je pensais que ce n’était qu’un petit souci physique mais cela a finalement duré presque un mois." Ce goût d’inachevé, nouveau moteur pour lui qui, en mai dernier, nous assurait : "Mon rêve, c’est de remporter le Brennus et de le dédier à mon père." Il y est parvenu. Dorénavant, l’intéressé, qui a décidé de prolonger son contrat au Stade toulousain pour trois saisons même si cela n’a pas encore été officialisé, étend les songes à l’international : "Je n’ai porté qu’une fois le maillot de l’équipe de France (contre l’écosse en match de préparation, N.D.L.R.) et j’aurais tant aimé l’avoir sur les épaules à la Coupe du monde. J’espère y retourner." Au nom du père.

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