Facteurs X en cavale !

  • Santiago Cordero marque le dernier essai girondin. L’ailier argentin alivré un de ses meilleurs matchs sous le maillot de l’UBB.
    Santiago Cordero marque le dernier essai girondin. L’ailier argentin alivré un de ses meilleurs matchs sous le maillot de l’UBB. Justine Hamon
Publié le , mis à jour

Après soixante-dix minutes "ric-rac", les Girondins ont sorti leurs atouts décisifs, les fameux facteurs X qui font pencher la balance et offrent le miracle de ce succès bonifié.

Passé l’euphorie d’une sortie triomphante saluée par 33 000 spectateurs qui n’en demandaient pas tant, Christophe Urios a diagnostiqué assez simplement cette rencontre au sommet, en laissant sa phrase en suspension : "Sur l’ensemble, Lyon a fait un meilleur match que nous, mais quand même…" Le succès bordelais se trouve-t-il ragaillardi par ce constat limpide et laconique ? Oui, dans la mesure où il démontre que l’UBB peut s’imposer sur plusieurs terrains, y compris les chemins accidentés, non goudronnés, loin des autoroutes qui mènent facilement à la victoire. Tout était dans ce "mais quand même". Que sous-entendait-il ? L’entraîneur l’avait dit, en fait, auparavant : "On a marqué à des moments cruciaux. L’avantage que je vois à ces quatre-vingts minutes, c’est que même quand on ne contrôle pas le match, on ne s’affole pas, on reste disciplinés et on sait s’accrocher." C’est vrai, l’Union n’a pas ouvert les vannes en défense face aux offensives lyonnaises si bien construites ; mais elle n’a pas non plus gagné ce match en s’accrochant à un misérable point d’avance. Elle a su transformer un succès laborieux en triomphe bonifié face au leader du Top 14, venu pour créer du danger avec ses talents nommés Naikataci, Arnold, Ngatai, Mignot. Les Girondins les ont dégoûtés en décochant des flèches cruelles en tout début et en toute fin de deuxième période. "Dans les vingt dernières minutes, on a retrouvé de la vitesse et de l’allant et on a su retrouver notre agressivité notamment avec notre banc de touche. Cela fait partie des forces de l’équipe, on change souvent sept ou huit joueurs d’un match à l’autre et l’apport de notre banc est toujours décisif."

Cordero en feu dans les dix dernières minutes

Une idée forte dominait l’après-match. L’UBB se serait imposée grâce à ses facteurs X. L’expression courait dans les coulisses de Chaban-Delmas. Si l’on suit la logique du "banc de touche", alors il faut forcément parler de l’entrée de Maxime Lucu, entré pour le dernier quart d’heure. Il a donné un rythme terrible assorti d’une vision du jeu de rapace. Il a réussi une pénalité de 50 mètres, puis il a fait ce bijou de passe intérieure ultra-vive pour Cordero, lancé comme un frelon. Difficile de remettre en cause la décision de Galthié de le placer dans l’antichambre du XV de France.

Il faut aussi citer Seta Tamanivalu, auteur du troisième essai, une simple course d’accord. Mais on n’oublie pas un arrachage décisif quelques minutes plus tard et deux ou trois plaquages vigoureux. Il n’a plus été titulaire en Top 14 depuis le 9 novembre, et on a peu parlé de lui ses dernières semaines. Mais l’ancien All Black a encore son mot à dire : "Oui, on le connaît. C’est un joueur très agressif, mais c’est aussi un joueur de haut niveau. Quand il a vu l’équipe en difficulté, notamment sur les un contre un, il nous a amené cette agressivité saine qui nous a remis dans le sens de la marche. Il marque, il participe à l’essai suivant et il a pris deux ballons aériens avec autorité." Ceci dit, dans les conversations qui fusaient dans les travées et autour du paddock, l’expression facteurs X s’appliquait plutôt à deux autres individus, Santiago Cordero et Seti Radradra, deux talents offensifs éclatants, comme les clubs en auront toujours besoin, ou pour être les arbres qui cachent la forêt ou pour venir parfaire le labeur collectif. "Oui, ils ont fait leur boulot, ils ont fait ce qu’on leur demande. En même temps, si vous me le demandez, je ne sais pas si je serais capable de le faire. Oui, on a des fulgurances, des gars qui peuvent faire la différence à tout moment. C’est le signe des équipes de haut niveau. On veut dire qu’on peut gagner sans dominer outrageusement, mais en s’appuyant quand même sur une force collective."

Les 33 000 personnes sont reparties avec ce souvenir. Un Cordero, poids plume, en feu, dans le dernier quart d’heure. Quant à Radradra, il a marqué le premier essai comme on fait ses excuses sur son premier ballon "post-carton jaune" après un pilonnage de ses avants. Puis il a récidivé sur le contre de la 41e. Qui a autant de puissance près des lignes ? Qui peut sprinter comme lui sur cinquante mètres ? On notera que les deux fois, c’est le même homme qui lui fit la passe, Rémi Lamerat. D’abord une jolie offrande pour servir à la fois de leurre et de rampe de lancement, puis un service plein d’humilité pour un partenaire plus rapide que lui. Deux gestes de rugby qu’on peut trouver furtifs ou banals, deux gestes d’équipier au service des talents supérieurs. À la vidéo, il se trouvera bien quelqu’un pour les qualifier de "facteur X".

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