• Mako Vunipola (Saracens).
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Premiership

Grandes manœuvres aux «Sarries»

Très impliqué depuis 2012 aux côtés des Saracens, et engagé par contrat jusqu’en 2021, l’assureur allemand Allianz a fait savoir en fin de semaine dernière qu’il mettra un terme à son sponsoring de façon anticipée, en juin prochain, quand la relégation des Londoniens sera effective. Un retrait qui touche toutes les strates du partenariat, y compris le naming du stade. "Allianz restera toutefois impliqué auprès de la fondation Saracens Sports, qui effectue un excellent travail en local", précise le communiqué d’Allianz. Un pansement sur une plaie béante. La contribution de l’assureur était estimée à 2 millions d’euros par saison.

Cet épisode, le dernier en date, est un pas de plus dans le démantèlement des Saracens où les grandes manœuvres se poursuivent, imposées par la relégation administrative prononcée mi-janvier par Premiership rugby. Très vite, la question de l’éparpillement de l’effectif pléthorique des Nord-Londoniens s’est posée. Dès les premiers jours, des contacts avaient été annoncés dans la presse anglaise entre Maro Itoje, Owen Farrell, Billy Vunipola et le Lou. Vite démentis par les responsables lyonnais, Pierre Mignoni en tête : "Ce sont des conneries. Il n’y a rien, aucun contact. On ne nous les a même pas proposés et leur cas n’a jamais été évoqué."

Une chose est sûre, il y aura des départs. Assis sur le plus bel effectif d’Europe, peut-être du monde, les Londoniens peuvent se permettre de laisser filer quelques grands noms tout en gardant une ossature de premier plan. État des lieux des dernières tendances.

Ils devraient partir : la Rochelle veut Skelton

Au rayon des départs, quelques cas sont déjà réglés comme celui de l’arrière gallois Liam Williams, qui rentrera aux Scarlets à l’issue de cette saison. Autre joueur qui pourrait quitter les Saracens au plus vite : le deuxième ligne Will Skelton (en photo). Le géant wallaby (18 sélections) était arrivé dans la banlieue londonienne en décembre 2016, en qualité de joker médical. Avant de prolonger son aventure. En contrat jusqu’en 2021, il devrait faire les frais de l’opération dégraissage en cours et faire ses bagages au plus vite. Qui pour l’accueillir ? Très vite, le Stade rochelais a fait savoir son intérêt.

C’est toujours d’actualité. Une opération à deux bandes, toutefois : en même temps qu’il essaie de s’attacher sans attendre les services de Skelton, pour densifier son pack avant le sprint de la fin de saison, le club rochelais cherche une porte de sortie à Thomas Jolmes. Présenté comme un grand espoir du rugby français au poste de deuxième ligne, qui plus est en numéro 5 où le réservoir est faible, l’ancien Grenoblois est aujourd’hui en froid avec sa direction sportive. Parmi les cadres de la saison dernière (26 matchs, 19 titularisations), il n’a porté le maillot rochelais qu’à trois reprises cette saison. Et le club du président Merling ne serait pas contre une libération avec effet immédiat, justement pour faire de la place à Skelton. Problème, de taille : Jolmes, qui poursuit des études à La Rochelle en parallèle de sa carrière, souhaite terminer son année scolaire et n’envisage donc pas de départ immédiat.

Autres joueurs annoncés sur le départ dans la presse anglaise, toujours au rayon des étrangers : le Sud-Africain Vincent Koch intéresse Sale mais n’exclut pas un retour au pays ; Sean Maitland est courtisé en Écosse et en Nouvelle-Zélande, son pays d’origine, qui souhaiterait le remettre dans le bain du Super rugby ; Nick Tompkins et Rhys Carré, nouveaux internationaux gallois, suscitent de l’intérêt aux Cardiff Blues ; l’Argentin Juan Figallo est disponible et peut être libéré de façon anticipée si besoin. Ben Spencer, Duncan Taylor et Jack Singleton pourraient également voguer vers de nouveaux horizons. George Kruis, enfin, avait déjà laissé entendre un possible départ au Japon, bien avant l’explosion de « l’affaire Saracens ».

Ils devraient rester : les stars anglaises fidèles

Si leurs étrangers et leurs joueurs émergents pourraient être poussés vers la sortie en juin prochain, c’est beaucoup moins évident concernant les stars de l’effectif. Et elles sont nombreuses, qui pourraient rester au club. Selon le Daily Mail, Owen Farrell devrait demeurer aux Saracens la saison prochaine, et ce malgré la relégation. « En conservant son statut de marquee player, il devrait maintenir son salaire de 750 000 £ par an (900 000 €). […] Farrell aurait également la confirmation d’Eddie Jones qu’il continuera d’être appelé et conservera son capitanat avec l’Angleterre. » Capitaine de son club et de sa sélection, Farrell serait loin d’être le seul à opter pour un statu quo.

Comme lui, les principales stars de l’immense effectif des Sarries pourraient rester au club cet été, malgré la relégation. On parle ici de Jamie George, Maro Itoje, Mako et Billy Vunipola, Elliot Daly, Ben Earle ou Alex Goode, pour ne citer qu’eux. Une escouade de premier plan mondial… en deuxième division.

Statut international : une année quasi sabbatique

Qu’est-ce qui pourrait donc contraindre un tel contingent à accepter d’évoluer en Championship ? La situation du marché, déjà. Tous les joueurs précités sont des stars du rugby anglais, avec des salaires en conséquence. Or, alors que la relégation a été prononcée tardivement (mi-janvier), la majorité des clubs européens a déjà bouclé le plus gros de son recrutement pour 2020-2021 et ne dispose plus que d’une enveloppe serrée pour investir, principalement sur des joueurs de « complément ». Peu de liquidités disponibles, donc, pour attirer des stars. Le talonneur du XV de la Rose Jamie George (29 ans, 49 sélections) confiait aussi, cette semaine, une explication plus affective : « Depuis le début de notre aventure, on dit dans ce club qu’on veut faire quelque chose encore jamais vu ailleurs. C’est une belle opportunité, non ? J’aime ce club, je suis engagé à ses côtés.

Depuis mes 17 ans, Nigel Wray (ex-président des Saracens, N.D.L.R.) a investi tellement de temps et d’amour pour m’accompagner dans ma carrière que je lui serai éternellement reconnaissant. Il est temps pour nous, joueurs, de rendre à ce club tout ce qu’il nous a donné. C’est de notre responsabilité d’aider les Saracens dans cette période difficile, de faire repartir le club de l’avant. » Moins romantique, plus réaliste, les stars anglaises des Saracens pourraient profiter de cette période d’instabilité pour s’offrir une saison relativement calme, alors que se profile la tournée des Lions en Afrique du Sud (2021) sur les terres du récent champion du monde. Jamie George poursuit : « Rester au club, même en deuxième division, ce serait aussi l’opportunité d’une saison un peu plus reposante avant des échéances majeures.

Un confort qui ne se présente pas souvent, à cette étape de nos carrières. » Des discussions sont en cours, outre-Manche, par valider un tel scénario. Si les joueurs obtenaient la garantie de rester éligibles à leur sélection et aux Lions malgré le fait qu’ils évoluent en Championship (2e division), ils pourraient donc choisir de rester et profiter d’une saison aux allures d’année sabbatique. Un scénario que Dan Carter, Richie McCaw ou Kieran Read ont expérimenté par le passé, en Nouvelle-Zélande. Et qui leur avait profité.

Léo FAURE (avec V. B.)
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