• Le Stade de France a fait le plein pour accueillir des supporters ravis d’assister au renouveau de l’équipe de France. Photo M. O. - Patrick Derewiany
    Le Stade de France a fait le plein pour accueillir des supporters ravis d’assister au renouveau de l’équipe de France. Photo M. O. - Patrick Derewiany
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XV de France

Le front populaire

En remportant ses deux premiers rendez-vous dans le Tournoi, l’équipe de France surfe jusque-là sur la vague du succès. Ibanez et Galthié sont des personnages publics et leurs joueurs, rajeunis et spectaculaires, séduisent malgré les imperfections dans le contenu. Le stade de France a fait le plein et le nombre de téléspectateurs est impressionnant sur France Télévisions. Le but est aussi, à terme, de se servir de cette notoriété naissante pour communiquer et attirer des sponsors.

Et si c’était la première victoire des Bleus ? Au-delà des succès - imparfaits dans le contenu - face aux Anglais et aux Italiens, l’équipe de France a réussi son premier pari : séduire son public. Un Stade de France plein à craquer, des audiences impressionnantes et, de manière générale, un enthousiasme aussi évident que viral. La preuve ? Ils étaient mille supporters présents à Marcoussis samedi pour l’entraînement ouvert. Total jamais atteint depuis 2007. Il ne s’agit pas, après une décennie marquée par les échecs et le désamour, de verser dans l’enflammade naïve et excessive. Tout bon amateur de rugby sait que ce XV de France doit, pour l’instant, son excellent départ davantage aux exploits individuels de ses talents qu’à une symphonie huilée. Mais les faits sont là : une première place provisoire dans le Tournoi des 6 Nations. Et il faut avouer qu’il est plus aisé de rassembler derrière soi quand on gagne.

N’empêche, il serait intéressant d’imaginer les réactions si cette sélection avait aligné les deux mêmes matchs avec les Guirado, Slimani, Lauret, Picamoles, Machenaud ou Huget dans leurs rangs plutôt que les Marchand, Haouas, Cros, Alldritt, Dupont, Bouthier et autres… Il y a même fort à parier que la ferveur serait bien moindre. Et il y a une forme de logique ici.

Le grand public avait besoin de renouveau, d’un véritable vent de fraîcheur. Il le réclamait de ses vœux et cela passait forcément par un renouvellement de l’effectif, autant que par son rajeunissement. Chacun en pensera ce qu’il veut mais des gamins sur le terrain, c’est à la fois populaire et vendeur. Voilà qui tombait à pic avec cette double génération dorée qui pointait le bout de son nez, championne du monde chez les moins de 20 ans en 2018 et 2019. Bamba et Ntamack étaient déjà retenus pour le Mondial. Barassi les avait rejoints au Japon. Vincent et Woki ont fait leurs premiers pas sur la scène internationale ces dernières semaines, quand Gros, Geraci et Carbonel ont pris la température du groupe. Et Tauzin va désormais en faire de même.

Joueurs spectaculaires et entraîneurs médiatiques

L’autre aubaine dans l’opération séduction, c’est le profil des hommes qui composent actuellement cette équipe. Comme cela fut encore évident devant le XV de la Rose ou les Transalpins, les Dupont, Ntamack, Fickou, Vakatawa, Thomas, Rattez, Serin, Jalibert, ou même les troisième ligne Ollivon et Alldritt, possèdent des profils de jeu spectaculaires. Des garçons capables, sur un appui ou une course, de faire des différences impressionnantes. Et, outre le fait d’être diablement efficace, cela a le mérite de plaire. Aux initiés, mais aussi et même peut-être surtout aux novices devant leur télévision. Bien évidemment, il est plus simple de bâtir une notoriété d’ampleur autour d’eux, et ainsi de remplir les stades, ce dont les responsables fédéraux ont conscience. Forcément, derrière, il y aura les recettes publicitaires qui en découleront dans un deuxième temps. Car il est également plus facile de communiquer et d’attirer des partenaires avec des mecs "bankables" selon l’expression à la mode. S’il est trop tôt pour tirer déjà des conclusions sur ce plan, l’espoir est en tout de mise. Et c’est une belle nouvelle…

Enfin, et ce n’est sûrement pas à minimiser, les gens peuvent aussi s’identifier aux membres du staff actuel. Pourquoi ? Essentiellement parce que le manager Raphaël Ibanez et le sélectionneur Fabien Galthié sont des personnages publics et médiatiques. Le fruit de leurs longues années de commentateurs pour France Télévisions sur les matchs de l’équipe de France justement. Ces deux-là avaient investi les salons aux quatre coins du pays et sont ainsi devenus des visages familiers. Alors, pour souligner cette cohésion nationale (au moins de passage), ce n’est pas un hasard si, forçant grossièrement le trait, Galthié avait parlé de "récompense pour les joueurs, le staff, le public mais aussi pour la Fédération, la Ligue, les clubs professionnels et ceux amateurs" après la victoire contre l’Angleterre. L’entrain, quitte à en faire des caisses, ça se cultive.

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