"L’essentiel, c’est l’espoir laissé par le quart de finale"

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Yoann Huget - Ailier international (62 sélections) S’il n’a battu les Gallois que deux fois en sept confrontations entre 2011 et 2019, il veut croire que le match de samedi sera celui de la revanche et du tournant pour les Bleus.

Vous avez affronté les Gallois à sept reprises. Combien de fois les avez-vous battus ?

Deux. En 2011 (28-9), après la première défaite de l’équipe de France en Italie, ils sont venus chercher le Grand Chelem à Paris et on les avait battus. Puis en 2017 (20-18), après plus de cent minutes de jeu (rires). C’était un match totalement fou, un souvenir qui restera gravé. Cela prouve combien il faut s’employer pour gagner contre eux. Face à cette équipe, cela peut virer au dépassement de soi inimaginable.

Comment expliquer que, depuis 2011, les Bleus aient tant de mal face à eux ?

J’ai le sentiment de les avoir souvent affrontés quand ils n’étaient pas très bien. Je me souviens d’un match où ils sortaient de huit défaites d’affilée (en 2013, N.D.L.R.). On nous parlait d’une équipe en méforme, en manque de confiance… Mais elle est venue se refaire la cerise au Stade de France ! Il faut être méfiant avec les Gallois, qui possèdent des joueurs de classe mondiale et surtout un collectif impressionnant. Ils rattrapent tout le temps les coups quand ils se font percer. Ils ne lâchent rien, il y en a toujours un qui revient en travers, un autre pour faire tomber le ballon. Ils ont des troisième ligne qui courent partout, comme Navidi ou Wainwright maintenant. Leur travail est colossal.

Quel goût laisse le dernier revers, en quart du Mondial, après avoir dominé pendant une heure ?

Les Gallois sortaient du Grand Chelem, étaient dans le top 3 mondial et figuraient parmi les favoris de la compétition. Cela ne nous a pas empêchés de prendre le dessus. La frustration est grande mais l’essentiel, c’est l’espoir laissé par ce match. Celui de remettre la France en haut du classement World Rugby, d’aller gagner chez eux cette année et peut-être de faire un Grand Chelem. Le rendez-vous de samedi, c’est celui de la revanche mais surtout de l’espoir. Je crois que cela peut créer un engouement autour de cette équipe.

Pensez-vous que les joueurs vont s’appuyer sur ce match pour préparer celui de samedi ?

Oui. On se sentait physiquement au-dessus. Après le carton rouge (de Vahaamahina, N.D.L.R.), j’ai regardé Max (Médard) et lui ai dit : "On s’en fout, on ne peut pas le perdre celui-là." Il y avait une forme d’insouciance et de sérénité sur le terrain. J’avais l’impression qu’il ne pouvait rien nous arriver, même à quatorze. Je les voyais buter sur notre ligne à dix minutes de la fin et on repartait chez eux. J’étais sûr qu’on allait gagner. J’avais tort et il aurait peut-être fallu être encore plus vigilant mais il y a une logique dans le sport. On ne peut pas débarquer comme ça et tout casser face à une formation régulière pendant quatre ans, avec des convictions fortes. Les Gallois ne se sont jamais affolés, c’est remarquable. Mais on peut s’appuyer sur ce match, d’autant que l’ancien entraîneur de la défense galloise est arrivé.

Que peut apporter Shaun Edwards ?

On connaît ses compétences. Il a évolué à l’intérieur du groupe gallois, connaît donc les secteurs défaillants et ce sera un atout. Je crois que ce match peut être le tournant pour nous de ce Tournoi, et même pour les années futures.

Vous n’avez évolué qu’une fois au Millennium de Cardiff, en 2014. Est-ce si fort ?

Ceux qui vont vivre leur premier Millennium s’en souviendront à vie ! En 2014, ils nous avaient fait sortir dix minutes avant, avec les flammes qui giclaient à deux centimètres de nous. Ils en jouent. Après s’être bien fait désirer, les Gallois sont entrés comme des gladiateurs. Nous faire patienter sur le terrain, c’est parfaitement orchestré de leur part. J’avais moins d’expérience et, aujourd’hui, avec davantage de recul, je crois que j’emmagasinerais plus de colère durant ces moments d’attente pour les accueillir comme il se doit.

Ils n’ont plus le droit de laisser l’adversaire seul au centre du terrain…

Ils trouveront un autre stratagème pour nous faire douter ! J’espère que nous saurons répondre d’entrée, comme c’est le cas depuis l’arrivée de Fabien (Galthié), avec des entames toujours réussies. Il faudra leur sauter à la gorge.

Le toit fermé change-t-il vraiment quelque chose ?

On oublie vite. C’est comme au Racing désormais. Tous les joueurs français ont évolué à l’Arena, donc connaissent ce contexte. Ce n’est pas tant le toit fermé qui change quoi que ce soit au Millennium, c’est davantage l’ambiance que mettent les supporters. Il y a une ferveur incroyable dans ce stade. Quand on sort du couloir, on est dans le noir et on ne voit même pas nos pieds. Mais on entend le bruit…

Jérémy FADAT
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